SCÈNE VII
rait-cepar hasard... la passion... que vous uc vouliez pas m'avouer ce malin ?
- Giino.
Juste, c'est elle! (.\ ]>»t\.) Elle ne croit pas si bien deviner. (Haut.) Oui, ma chère Marianne, c'est là cette femme charmante, dont le bon ton, la grâce et les manières distinguées. . . Ahl... qu'est-ce qu'elle fait donc là?
(Il se retourne et aperçoit Minette, qui s'est approchée tout doucement de lu table, trempant ses doi(its dans la crème, et les portant A sa bouche comme les clials.) MINETTE, .'i l>urt.
' Dieux ! que c'est bon de la crème ! MARIANNE, In voyant et se ri?crianl.
Oh! voyez donc, monsieur!
OL'IDO, bas à Mmetle.
Quelle distraction ! Minette !
MARIANNE, avec ironie.
C'est probablement un usage d'Angleterre. GL'IDO, avec humeur.
Oui, oui... dans ce pays-là... on ne mange
pas comme... (Voulant détourner la conversation et repardanlla table.) Mais quel déjeuner, Marianne ! toi qui n'avai.s pas d'argent... comment as-tu fait?
MARIANNE , avcc humeur.
Comment j'ai fait! il l'a bien fallu... J'ai vendu notre chatte pour trois florins.
GUIUO.
Par exsmple ! sans me consulter.
MARIANNE
Ah! bien oui. (Kegardant Minette.) Vous avez maintenant bien d'autres choses à penser!... Je l'ai vendue à la fenmie du gouverneur... une femme très sensible... qui aime beaucoup les chats.
-MINETTE, il part.
Me vendre ! c'est drôle !
MARIANNE
C'est pour amuser son fils... un jeune homme de dix-huit ans, de la plus belle espérance.
MINETTE, à pari.
Et à un jeune homme encore I
GUI DO, avec colère d'abord.
Comment !... (Se calmant.) Eh bien, àla bonne heure, puisquo le fils du gouverneur l'a achetée... qu'il vienne la prendre (.V part.) s'il peut la reconnaître !
Marianne, à elle-même.
Moi qui croyais que çn allait le désoler... quelle insensibilité !
GLIDO, A Mimtte.
Allons, chère amie, déjeunons.
(Il lui fait signe de s'asseoir vis-à vis de lui. Il lui
verse de la crème, et lui montre comment il faut
tremper son pain, re qu« Minette imite gauchement
et maladroitemont.^
TKIO.
Ensemble.
GUIDO et MINETTE.
Repas charmant, plaisir extrême, Se trouver là tous deuil tous deuil Pouvoir se dire ici : je l'aime I Avec les yeux I MARIANNE, les regardant et mangeant son morceau de pain.
Pauvre Minette! ô peine extrême t Il faut nous séparer tous deux, Ft pour toi l'ingrat n'a pas même De larme aux yeux.
MINETTE, qui a versé son lait dans son asiietta et le buvant.
C'est bon! merci.
MARIANNE
Dans son assiette !
Quoi , Milady !
GUIDO, bas, lui faisant signa.
Hé mais... Minette, Non ! |>as ainsi.
(Il lui montra.) MINETTE, l'imitant.
C'est bien... merci.
MARIANNE, se moquant, C'est fort joli !
Quelles manières Singulières!
GL'IDO, à part.
Quel embarras!
MINETTE, faisant la moue de loin à Marianne. Hum I vieille prude !
GUIDO, à part.
Elle n'a pas Encore l'habilude De dîner à table.
(Bas à Marianne.) Attends donc !
(Haut.) Point de bon repas sans chanson.
(A Minette.) Sauriez-vous quelque polonaise?
Non!
GUIDO
Une gigue anglaiser MINETTE.
Mon Dieu non i
(Cherchaal.) Je me souvien D'un petit air indien.
GUIDO, rivemenl.
Nous l'écoutons... 1res bien!
CHAIflOlf.
MINETTE
Dans une pagode indienne,
Bayadère atix longs cheveux,
LA CHATTE
Aux cils noirs comme l'^iène, A l'œil lendre et langoureux, Doucement chantai 1 ainsi :
< 0 bel ami!
» 0 mon chéri!
» Quand la nuit couvre nos bois,
» Viens A ma voix
» Comme autrefois,
> Miaou ! miaou !
» N'enlends-lu pas ce cliant hunlou?
> Miaou ! miaou !
> Reviens à moi, bel Acajou! »
EnMCiuble.
MARIANNE
Miaou ! miaou !
Quel est donc ce chant hindou ?
GOIDO.
Miaou I miaou !
C'est la langue de Vischnou !
(Aui mots de miaou, Marianne regarde de tous côtés, comme si elle entendait un chat et paraît fort étonnée, Guido fait des signes désespérés à Minette, puis se remet h sourire à Marianne, comme pour lui donner le change.)
MINETTE, continuant.
« Je le vois, ton âme oublie » Tes serments et mon bonheur,
> Les accents de ton amie
> N'arrivent plus à ton cœur !
> Une autre te plaît donc mieux !
> Soyez heureux
> Loin de mes yeux. » Mais si tu te repentais,
> Je te plaindrais » Et te dirais :
> Miaou ! miaou !
» N'entends-tu pas ce chant hindou ?
> Miaou ! miaou !
> Reviens à moi, bel Acajou ! >
Reprise de l'ensemble.
GUIDO, applaudissant et regardant Marianne. Elle chante très gentiment !
MARIANNE, ironiquement.
Oui.
GUIDO, à Minette.
C'est charmant !
HAAIANNE, à Minette.
Ohl... oui... charmant.
GUIDO, voyant Minette lécher son assiette. Que fait-elle? oh! là là!
MARIANNE, la montrant à Guido.
Mais voyez donc!
GUIDO, désolé.
Nous y voilà.
MARIANNE
Encore I
MINETTE, avec impatience.
Ah !*
GUIDO, avec colère.
Ah!
TOCS TROIS.
Ah!
Ensemble , très vif.
MARIANNE
C'est épouvantable.
C'est abominable.
Ça me fait souffrir (^onime un vrai martyr.
Une jeune fille, Qui toujours sautille, Frétille, Sautille, Frétille, Sautille, Je n'y puis tenir, J'aime mieux partir.
MINETTE
C'est insupportable.
C'est abominable; Oui, c'est trop souffrir Comme un vrai martyr.
Une vieille fille.
Qui toujours babille.
Babille, Babille, Babille, Babille, Je n'y puis tenir, Vous pouvez sortir.
GUIDO
C'est insupportable.
Je me donne au diable, Ah! c'est trop souffrir Comme un vrai martyr.
Chacune babille.
Tout mon sang pétille.
Pétille, Pétille, Pétille, Pétille, Je n'y puis tenir, C'est peur en mourir.
MARIANNE, avec colère et ironie.
Oui... je craindrais d'être indiscrète, Je sors...
(Cherchant des yeux.) Mais où donc est Minette?
MINETTE, se levant étourdiment.
Me voici!
MARIANNE, se retournant.
Hein?
GUIDO, bas et relonaiil Min«lte.
Cil ut !
SCKNK Mil
MARIANNE
Pl;ill-il?
(itiuo, lui moiilrant le fomi.
Je (lis «pie je l/i vois d'ici.
.MARIA>MÎ.
Où doue? dan.-; mua puiiier?
(Elle prend sou pauier à ouvru^'e qui l'entérine des pelotes de luinu et de coton.) GCIDO, à pari.
Oui, cherche! à raoin.-; d'ùtre sorcier! (Une pelote de Iniiie s'est écliappt'e du panier. Minette se lève, court après, et joue «ivec toutes les autres en les dL-vidant comme les chats.)
MAI\IA?i>E, criant et In poiirsnivonl.
Kh bien ! eh liien î mademoiselle !
MINETTE, se fAchanl.
laissez-moi !...
GUIPO, à Minette.
Finis donc ! MARIANNE.
Quelle liorrcur!
GUIDO, ^ Marianne.
Finis donc !
MINETTE, frappant du pied.
On ne peut pas s'amuser avec elle !
MARIANNE, r.imassanî ses pelotons.
Mes laines I mon coton!
(Minette s'approche de la cage et veut jouer avec les oiseau^i.) MINETTE, secouant la cage.
Oli ! ces petits ! * Qu'ils sont gentils!
(Elle renverse la cage, qui tombe à lerre.)
MARIANNE, v courant.
Miséricorde 1... et mon serin!
GUIDO
Autre querelle!...
MINETTE, frappant du pied.
On ne peut pas s'amuser avec -elle f MARIANNE, la menaçant.
Maudit lutin!
MINETTE, de même.
Esprit taquin!
GCIDO, furieux.
Ahl j'en perds la tète, à la (iii !
■eprictc de PeiiMcnible
MARIANNE
C'est épouvantable !
C'est abominable ! etc.
MINETTE
C'est insupportable !
C'est abominable! etc.
GCIDO.
C'est insupiiortable !
Je me doone au diable ! etc.
(Marianne M)rl en colère et entre dans sa chambre , à droite.)