GUIDO, MINETTE
GUIDO , à part.
.Vllons! nous voilh déjh en révolution! Joli" di'bul! (11 s'assied à droite du public.)
MINETTE, d'un air de triomphe.
Elle s'éloigne; tant mieux!... jusqu'à son retour nou.-^ serons tranciuilles, au moins! (A (iuido.) Eli bien! lu parais facile.
GUIDO
Venez ici, Minette, venez ici, mam'zelle! (Minette s'a[ipioclie.) Qu'est-ce quo VOUS avez fait là? Pourquoi avez-vous touché à ses serins de Canal ie? Elle aimo ses serins, cette femme.
MINETTE
Aussi, elle est trop difficile à vivre. (D'un ton caressant.) Et je suis bien sûre que vous ne voudrez pas me refuser la première grâce que je vous demande ? (Elle lui prend la main et lu caresse.) GUIDO , à part.
C'est ça... patte do velours!
MINETTE
Guido, mon ami, mon bon ami. dites-lui de s'en aller!
GCIOO.
S'en aller!.., cette bonne Marianne, qui vous a élevée!
MINETTE
Je l'aimerai toujours... mais loin d'ici. (Elle passe plusieurs fois la main par-dessus son oreille. ) GCIUO, a part.
Allons!... nous allons avoir de l'orage ! (D'un air piqué.) Minette, vous n'avez pas réfléchi à ce que vous demandez!
MINETTE, le câlinant avec sa main.
Mon ami I
GCIDO, avec dignité.
Minette, vous me faites de la peine I
MINETTE
Vous me refusez... allez , je ne vous aime plus!
(Elle lui donne un coup de griffe sur la main.) GUIDO.
Dieu! que c'est traître! (A iiart.) Ah çà! elle a conservé de singulières manières ! Il faudra là-dessus que je lui fasse la morale... ou du moins que je lui fasse les ongles. ( Haut. ) Ma chère, vous m'avez fait mal.
MINETTE, s'éloignant.
Laissez-moi , monsieur , ne me parlez plus, puisque vous reconnaissez si mal la tendresse que l'on a pour vous.
GUIDO, secouant In tète.
Ah !.. . vot re tendresse I . . .
LA CHATTE
Comment I monsieur, vous en doutez? C'est affreux ! Car enfin, lorsque je pense aux caresses que je vous prodiguais autrefois, j'en rougis. C'était d'instinct; mais cet instinct, je le sens bien, a aussi subi sa métamorphose... et maintenant c'est de l'amour.
f.UlDO, à part.
Dieu! si je me croyais... après un pareil aveu... (Se reprenant froidement.) Permette'/ , Minette , je veux croire que vous m'aimez, j'ai besoin de le croire! Mais ce n'est pas tout : je pouvais passer à ma chatte bien des choses que je ne passerai pas à ma femme, et, si, avec cette figure charmante, vous aviez conservé les goûts et les penchants de voire ancien état... j'ai déjà remarqué tout à l'heure un certain décousu dans vos manières...
MINETTE, pleurant.
Il n'est pas encore content!... Eh bien , je te promets de veiller sur moi... de vaincre le naturel qui te déplaît.
GUIDO à ses genoux.
Et moi... je te promets, en revanche, de n'aimer que toi , de n'avoir désormais d'autre volonté que la tienne... et...
MINETTE, roreille au guet.
Chut!
GUIDO
Hein?
MINETTE
N'entends-tu pas du bruit?
GUIDO, continuant.
Qu'est-ce que ça fait? Songe donc, quel bonheur d'être sans cesse occupés l'un de l'autre!...
MINETTE , écoutant.
C'en est une ! . . .
GUIDO, de même.
Et , quand je te peindrai mon amour , mon émotion, quel plaisir de t' entendre me dire... MINETTE, s'avançant doucement.
Tais-toi!... tais-toi...
GUIDO
Eh bien, où vas-tu donc?
MINETTE
Bien sûr, c'en est une! Entends-tu?
GUIDO
Comment! c'en est une? (Minette s'avance à pas comptés vers l'armoire à gauche , puis s'élance tout à coup comme un chat.) Qu'est-ce que c'est? Minette, voulez vous bien finir?
MINETTE
Là, c'est toi qui lui as fait peur!.., elle s'enfuit... C'est insupportable !... c'est si gentil!
GUIDO
Il n'y a pas moyen, avec elle, d'être en tête à tête... On se croit seuls, et il y a là... du
monde dans les armoires. (Huui.) Minette! Minette! ici tout de suitf)!
MINETTE, se révoltant et se sauvant de côté. Je ne veux pas !
Qu'entends-je?... Je neveux pas! Hier, Minette... vous étiez soumise, obéissante... vous n'aviez pas de volonté...
MINETTE
Oui... mais aujourd'hui je suis femme.
GUIDO
Eh bien! c'est là que je vous prends... si vous êtes femme, raison de plus pour ne plus avoir de pareilles distractions!... On ne court pas ainsi après... les gens!... ça n'est pas convenable!... Avec des manières comme celleslà. Minette, je ne pourrai jamais vous présenter dans la société... et quand je sortirai, je serai obligé de vous laisser ici en pénitence.
MINETTE
Eh bien ! par exemple ! le beau plaisir d'être femme, pour être en esclavage!... J'aurais donc perdu au change! car autrefois j'étais libre, j'étais ma maîtresse... je pouvais sortir et rentrer sans permission, et j'entends bien qu'il en soit toujours ainsi.
GUIDO
Et que deviendrait ma dignité de maître?
MINETTE
Elle deviendra ce qu'elle pourra... je défendrai mes droits, et, pour commencer, je vous déclare, monsieur, que je veux sortir à l'instant même.
GUIDO, vivement.
Et moi, je ne le veux pas... qu'est-ce que c'est donc que ces idées de rébellion ! (Il la fait passer à droite.)