‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 77 sur 429 · PHILIPPE. JACQUELINE · texte numérisé non relu

PHILIPPE. JACQUELINE

PHILIPPE, gaiement. Madame la marquise!., ça sonne bien !..

JACQUELINE, Irès-joycuse. Moa pauvre Philippe! mais embrasse-moi donc encore !..

PHILIPPE, l'embrassant. J'allais te le demander. (// l'embrasse.) Ah çà... belle marquise... est-ce que nous sommes au bal masqué?., ce coslume...

JACQUELINE. Non !.. unc fanUisio... un caprice! mais toi, d'abord, d'eu viens-tu?

PHILIPPE, gaiement.

Air : Adieu, je vous fuis, bois churmunt. De trente pays a la fois !...

J'arrivo d'Espagne... de Flandre...

Avec des balles., j'en ai trois!

Pour n'avoir pas voulu me rendre !

JACQUELINE

Blessé! toi, mon frère? 0 mou Dieu!

PHILIPPE, gaiement.

C'est fini, ne sois pas en peine !

On a mis sur mes eoups de feu Un bon brevet de capitaine!..

Ah!., pour guérir les coups de feu' Vive un brevet de capitaine !..

JACQUELINE. C'cst beau, cela!., mais comment ne m'as-tu pas écrit?

PHILIPPE, souriant. Tu sais que je n'ai jamais eu grand goût pour les sciences exactes!., d'ailleurs j'espérais toujours obtenir un congé du maréchal de Lovvendahl... mais enfin, je suis chargé de conduire ma compagnie à Paris, el au moyen d'un petit détour... {Changtant de ton.) Ah çà... tu vas me présenter à ion noble époux? c'est un bon vivant, n'est-ce pas ?

JACQUELINE, reprenant son air dolent. Ah!., je n'en sais rien !..

PHILIPPE, la raillant. Oh! ce ton de duchesse! Est-ce que je ne le verrai pas ?

JACQUELINE, dépitée. Je n'en sais rien!

PHILIPPE, intrigué. Singulières réponses!... Gomment en use-t-il avec toi ?

JACQUELINE , tombant dans ses bras. Ah ! Philippe! je suis bien malheureuse, va !..

PHILIPPE, frappé d'une idée subite. Il te bal , peut-être?..

JACQUELINE, éclatant. Plût au ciel! je le verrais, du moins!., mais, depuis un an... depuis le jour de la noce... il n'a pas reparu !..

PHILIPPE, étonné. Il t'a quittée... le lendemain?.. JACQUELINE. Le soir même !

PHILIPPE. A quelle heure ?

LA MARQUISE DE LA BRETÊCIIE

JACQUKLINE. Au retour de l'église, où il m'avait à peine regardée... Pendaiil que les convives se plaçaient, il nous dit sèchement :

Air : Eh ! ma mère, est-ce que je sais ça ?

« Pour affaire indispensable, « A Versailles, Ion m'attend! »

PHILIPPE, étonné.

Près de son épouse, b table.

Sans s'asseoir, même un instant?

JACQUELINE

Aussitôt dit, il s'envole!..

PHILIPPE

Quoi ! sans souper il partit !..

Il fallait, sur ma parole.

Qu'il eut bien peu... d'appétit !

JACQUELINE, nawement. C'était peut-être cela !.

PHILIPPE. Depuis un an !.. il n'est pas mon?., jusqu'à un certain point, ra pourrait l'excuser!..

JACQUELINE. Oh! il se porte très-bien!., car il ne cesse de demander de largi'ntau notaire!

PHILIPPE, attristé. Je comprends... pauvre sœur !..

JACQUELINE, vivement. Oh! mais j'espère qu'il se repentira... La dernière lettre que je lui ai écrite l'aura touché... j'attends sa réponse...

PHILIPPE. Hé mais... une réponse?.. Attends donc... on m'a remis à La Brelêche ceci pour loi. (// lui donne une lettre.)

JACQUELINE, ouec ;ot«. Justement, c'cst de lui!.. (Ouvrant la lettre.) Ah! il revient., il veut réparer ses torts!.. (Elle la parcourt.)

PHILIPPE, se calmant. A la bonne heure, s'il promet de s'amender... d'être plus sage...

JACQUELINE, ovec indignation. Ah! l'horreur!.,

PHILIPPE. Quoi donc"?

JACQUELINE. Lis... lis toi-même... je n'en ai pas la force!..

PHILIPPE, lisant. « Madame, puisque vous vous « obstinez à me donner des marques de souvenir, « il serait messéanl à moi de ne pas convenir « une bonne fois pour toutes de nos petits faits. « On nous a mariés, c'est un malheur! » (A luimême.) Hein ! • Vous cherchiez un nom qui re- « levât votre fortune, je cherchais une fortune « pour relever mon rang ; vous avez pris mon « nom , j'ai accepté votre dot, tout est dit entre « nous!

JACQUELINE , 5e récriant. Comment , tout est dit?..

PHILIPPE. Faquin !.. (Continuant.) c II ferait

• beau voir Alcindor , marquis de La Brelêche, « promener sous son bras demoiselle Benolle- « Jacqueline Boisseau ! aller dîner chez la tante

• Boi-seau ! chez tous les Boisseau de la terre !.. « il ne manquerait plus que d'aller me loger rue

• Guérin-Boisseau !..

JACQUELINE, houssont ks épauUs. C'st joli! PHILIPPE, continuant. • Il vaut mieux rester

t chacun dans notre élément; moi ,à la cour, « vous à la Halle aux draps, que vous affection- « nez...

JACQUELINE, avec colère. Vertudieu 1 monsieur le marquis... sahs la Halle aux draps vous seriez aujourd'hui fort mal étoffé !

PHILIPPE, coiUinuant. «Liberté, libertas!.. « c'est tout ce que j'ai retenu de mon latin !.. jo « vais faire un petit tour à Pondichéry, pour nc « pas rencontrer une femme charmante... qui ne « sera jamais la n)ienne... que de nom! »

JACQUELINE, outrée. Quelle indignité !..

PHILIPPE, faisant un mouvement. Morbleu !

JACQUELINE. OÙ vaS-tU ?

PHILIPPE. A Pondichéry... lui couper les oreilles!..

JACQUELINE (1). Vcux-lu rester!.. Mais enfin pourquoi ce dédain?., cet abandon?.. Voyons, Philippe... toi qui es un homme, lu dois l'y con- . naître ?.. est-ce que je suis laide ?

PHILIPPE, Non, pardieu!.. Irès-gen tille!

JACQUELINE , avec douceur. C'est ce que je mo dis tous les jours!., mais cherche bien... {Elle se tourne).

PHILIPPE. Eh! mort de ma vie, il n'y a pas besoin de chercher... il est clair qu'il ne t'a épousée que pour ta fortune... qu'il rougit de ion nom, de ton origine marchande.,, c'est un petit gentiliâlre qui veut singer les Noce, les Fronsac !.. qui n'a pris de la noblesse que le mauvais côté... et croit du dernier bon goût de ne pas reconnaître sa femme quand elle passe devant lui.., (.4vec force.) mais, corbleu !.. je m'adresserai au maréchal de Lowendahl !.. nousobtiendrons une bonne séparation !

JACQUELINE, avec humeur. Du toul!.. nous sommes bien assez séparés comme ça!..

PHILIPPE. Que veux-tu donc ?

JACQUELINE, frappant du pie J. Je veux... je veux que mon mari soit... mon mari... c'est mon droit !,,

PHILIPPE étonné. Comment!., ferais-tu la sottise de l'aimer.

JACQUELINE, baissant les yeux.ie crois que oui !

PHILIPPE. Sans le connaître!..

JACQUELINE. Maissi!.. lui m'a à peine entrevue, et ne se souvient sans doute plus de mes traits!., mais moi, je l'avais rencontré plusieurs fois à la promenade, à la comédie... et son air vif, gai, impertinent même, ne me déplaisait pas trop!

PHILIPPE, Oh! l'esprit féminin!., il ne perd jamais ses droits!., mais puisijue j'ai quelques heures à te donner.., retournons d'abord à ton château. (On entend le roulement d'une voiture au lointain.)

JAcQUELiNii. Une voilure... ce doit être la mienne!..

ACTK I, SCLNF. m.

niiMPpE. Klibien! partons; nous tiendrons un petit conseil de f;ucrre à non s deux [(Tout à coup on entend un choc très violent, puis un grand criau dehors.) Ah! (Voix confuses.) Maladroit!., au secours! (Toute la noce sort de la maison et court en désordre au fond.)

TOUS. Qu'csl-co donc?

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