‹ Le voyage d'Anacharsis; vaudeville en 3 actes et 5 tableauxChapitre 80 sur 429 · ACTE I, SCÈNE YI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE YI

LE MAROi'is, à part. Fllo n'a pas l'air trop Pauv;if;e! mais ;i q\il diablo re«eoiiil>lc-l-ello donc!

GORJU, ({ui a fait placer tout son vionile et (lune voix de Stentor. A table ! {Tous.) à lable!.. (On se met en mouvement.)

LK MAnoris. Tudieu !.. quelle noce de Gamaclic!.. (.1 Jacqueline.) Venez dans un coin, ma petite (leur des champs, nous causerons!..

GOtijr, allant a Jacqueline et voulant l'emmener ) Hé! cousine!., il y a encore une place pour vous !..

jACQUELiNi;. Merci! çavous gônerait...(i4 part.) Ht moi aussi!.. (Prenant une assiette^du jmin^ un couteau, et allant s'asseoir sur un banc à droite du public.) Je sorai lrè?-bion là!..

LK M.vngiis, l'imitant et prenant aussitaut ce qu'il lui faut. C'est ra , le dîner sur Iherbe!

conjD, voulant l'enlratner à la grande table. Oh! par exemple, vous, Monseigneur':*., je no souffrirai pas!..

LEMAiiQiis, bas. Tais-toi donc, nigaud!., je le laisse ta femme... (Avec unregardd'intelligence.) Lais^e-moi'..

Gonju, comprenant et avec son gros rire. Oh ! oh !

LESiAnouis, (fe même. Oh! oh! oh!..(// le pousse, GurjH va se remettre à table.)

JACQUELINE, à ;)arf (1). Décidément!., il veut m'en conter!., c'est délicieux! [Tout le monde s' asseoit ^mange et boit pendant le chœur suivatit.)

CHOEUR

t^"""'^ Air : Vivent les Porchcront.

^£n avant, découpons Poulardes et chapons!

Puisque la table est prête, Faisons fête Aux flacons!

Venez, joyeux lurons, Venez, jolis tendrons, Nous rirons, nous boirons!

Venez, venez, nous chanterons, Joyeux lurons.

Jolis tendrons.

Jusqu'à demain nous trinquerons.

{f.e marquis s'est assis près de Jacqueline; tout le monde est occupé. Les marmitons vont et viennent, apportent des plats , versent à boire. Tableau animé d'un repas et d'une noce champêtre. Dubois, la serviette sons le bras et debout , se dispose à servir son maître.) LE MARQUIS. Je Serai mieux que vous tous, imbéciles!

DUBOIS, au marquis, apportant une chaise. Je vous ai trouvé une chaise !

LE MARQUIS, le vepoussanl. Assieds-loi dessus, nigaud! (Se tournant vers Jacqueline.) 'Sons ^Visions, ma charmante!..

l Got, Gor. la mariée, le njarq. J.

conju,rfi; la grande table ^ au marquis et à Jacqueline. La petite table voul-ello du chou au lard?

LE MARQUIS, faisant un bond. Oh:., des choux au lard!..

JACQUELINE. Non!., plutôt dc l'oie farcie ?.. (.-lu marquis.) Vous verrez comme c'est bon!

LE MARQUIS, faitant la grimace. PlutAl do l'oio farcie?

GORju, envoiiant par] Dubois deux assiettées énormes. Voilà !.. pour deux !..

LE MARQUIS, recevant la sienne. Ventre do biche!., il faut manger tout ça?

JACQUELINE, coupunt un morceau de pain V'ià du pain. Monseigneur!

LE MARQUIS, le prenant. (Juel chiffon !.. merci, ma iieiiie ! c'est-il gentil do faire la dînette ensemble... sur ses genoux?..

GORJU, envoyant deux autres assiettées. Du dindon en daube!..

LE MARQUIS. Il nous bourrc !

JACQUELINE, le servant. Tenez, Monseigneur!.

LE MARQUIS. Pourquol me dis-lu toujours Mon seigneur?

JACQUELINE. Dame!., ça se voit tout do suite !.

LE MARQUIS. A un Certain parfum de noblesse n'esi-ce pas?..

JACQUELINE. Oui... VOUS seotcz bien bon!, comment donc que vous vous appelez ?.. faut mo dire la vérité !

LE MARQUIS. Je ne le confie qu'à loi.-.jo suis le chevalier Bonaventure de Sainl-.\udiol!..

JACQUELINE, « part. Menteur !

LE MARQUIS. Et toi?.. (L'imitant.) Faut me dire la vérité ?

JACQUELINE. Naturellement... comme vous!., jo me nomme Guillcmpllp !..

LE MARQUIS. Oh ! le joli nom!., et comme il va bien à ce gracieux visage !.. qui m'endammel..

GORJU, envoyant toujours des assiettes. Des œufs à la neige... pour la petite table !

LE MARQUIS, à part. Ah ! mais, il nous prend pour un garde-manger... (Le marquis met tout ce qu'on lui apporte à côté de lui, et un paysan le prend pendant qu'il cause. De son côté, Jacqueline passe ses assiettes à un petit pâtre qui dévore.)

LE MARQUIS, haut. Et avons-nous papa et maman?

JACQUELINE. J'ai cncore papa Merludck.

LE MARQi;is. Ah ! tant pis !.. je voudrais (juc tu fusses privée de tout pour l'en tenir lieu!

JACQUELINE, rja»t. Ah bcnl., vous ne pourriez pas être ma mère...

LE MARQUIS. Non, mais...

JACQUELINE. Ni mou père!..

LE MARQUIS. Nou , Hiais... jc serais... aulra chose !..

JACQUELINE. Et quoldouc?

LE MARQUIS, souriant. Bédame ! lu ne devines I pas que cela \eut dire que jo l'adoro?. .

LA MAUQLUSE DE LA BRETÈCIÏE

JACQUELINE, jouanf l'étonnement. Vous n'Otes donc pas marié ?

LE MARQi is. Moi ?.. il n'y a pas d'homme si peu marié que moi !

JACQUELINE, (i part avec un soupir. Ça, c'csl vrai ! (Haut.) Ah ! ce n'est pas comme moi!.. LE MARQUIS. Comment, tu es mariée?..

JACQUELINE. Pas plus Que VOUS ! mais j'ai ben du chagrin , allez:., mes parents veulent me donner à Claude Pornick, le forgeron... que je déteste!..

LE MARQUIS. A un vilain forgeron, tout noir?., cette petite menotte, si blanchette!.. je ne le veux pas, téiebleue !..je lui passerais plutôt mon épée au travers du corps !..

JACQUELINE. Oh I que ça serait gentil à vous!., vous me le promettez?

LE MARQUIS. (Jue ces mille baisers sur ta jolie main soient les derniers!.. (// veut lui baiser la main. Ils se lèvent.)

JACQUELINE, lui dounonl des tapes sur les doigts. Ah! mais non!

LE MARQUIS. Ah! mais si î GORJU, se levant. Hé là-bas!., la petite table... des beignets!

LE MARQUIS, impatienté, à Dubois qui présente i'ossief/e. Que le diable l'emporte, toi et tesbeignets! JACQUELINE, lui échappant de côté et se moquant de lui. Ah ! ah ! ah ! ah !

LE MARQUIS, frappé, en la regardant. Oh!... ces petites fossettes!., j'y suis!., je sais qui c'est. JACQUELINE, à part. Ah! mon Dieu!., il m'a reconnue!

LE MARQUIS, appelant. Dubois!

DUBOIS. Monseigneur?

LE MARQUIS, à 77Ji-t'oix(1). J'ai trouvé... ce faux air... sais-tu à qui elle ressemble? c'est très-drôle ! (/îiant.)ània femme! Je savais bien que j'avais vu cette figure-là quelque part!

JACQUELINE, 7uiopr(?fe l'oreille, et à parf. L'impertinent !

DUBOIS, 6as, et mangeant les beignets. N'ayant pasl'avantage de connaître madame la marquise... LE MARQUIS, de même. Mais, celle-ci est cent fois mieux! l'autre est sotte, guindée, ridicule...

JACQUELINE, de même et s' approchant . J'ai une envie de lui arracher les yeux ! 3 LE MARQUIS. Tandis quc celle-ci...

DUBOIS. Voulez-vous du dessert ?

LK ytARQvis, s' emportant. Va te faire /a ?i /aire, bcl'ro !.. tu m'agaces, lu me gènes... (Dubois s'cli>!;pie et disparaît.) Je ne veux pour dessert qu'un {(Ciil baiser... {Il poursuit Jacqueline qui tourne derrière l'arbre.) JACQUELINE, sc sauvant. Ouiche !

TOUS LES CONVIVES, levcrre à la main. A la sanlé des mariés! (On entend à gauche la musique de la danse; — on enlève tes tables.)

1 D. le marq- Jacq.

GORJU. V'ià les ménétriers qui nous appellent.

GOTHON, 60s, à Jacqueline. Eh bien?..

JACQUELINE, 6a.s'(l).ll me fait la cour depuis une heure... ça m'amuse... ah !..

GOTHON, bas. C'est si bon d'attraper son mari!

LE MARQUIS, à Jacqueline. Nous allons danser ensemble, mon .'Vmarillis!

JACQUELINE. Ail!., la première appartient au marié!..

GORJU, qui s'est avancé (i). Sous votre respect, monsieur le duc !..

LE MARQUIS, ricanant. Je pourrais bien réclamer le numéro 1 le droit du seigneur... mais,

va pour la seconde!

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