ET DUBOIS
le MAiiQUis, entre en criant. Je vous dis, vertubleu! que c'est la faute de ce buior!
GOHju. Ça ne sera rien, .Monseigneur?
LE MAnQUis. Comment, malotru! ça n'est rien de me verser! de risquer de me casser un bras?.. Sais-tu, manant, ce que ça lui aurait coulé, un bras de gentilhomme?
GORJU, naïvement (2). Non, je ne tiens pas cette parlie-là !
le marquis. Où est donc mon piqueuxl... (Voyant venir Dubois.) A\\\ Dubois... eh bien !.. ma voiture?..
GORJU, riant. Pardine! elle est en compote!
DUBOIS. La roue en dix morceaux. Monseigneur!
le marquis. Tôle-bleue!
GORJU, d'un air capable. En mettant une rouo neuve, il n'y paraîtra pins.
le marquis. Alors, vile un charron!
GORJU, saluant. En voilà un. Monseigneur, et un fameux!..
LE MARQUIS. Eh bien! mon garçon, tôt! tôt! tôt! à l'ouvrage !
GORJU, riant. Pour ça, ben fâché!., (Regardant sa femme.) j'ai d'autre besogne plus pressée!., une commande !
LE MARQUIS, se fâchant. Comment, drôle!., tu veux mettre des bâions dans mes roues!,, au lieu de me les raccommoder !..(^ Dubois.) Qu'on m'en cherche un autre
LES PAVSA.NS, riant. Il n'y a que lui dans le pays,
LE MARQUIS, dépité. Bien!.. (A Gorju.) Voyons fainéant! je t'inonderai de pisloles.., je te cou*vrirai d'or!
2 D. Icniart}. G, la mariée.
LA MARQUISE DE LA BRETÉCHE
GORJU. Je ne refuse point, Monseigneur! mais, écoutez-moi un brin... vous venez verser à ma porte, c'est bien! ça me fait plaisir... mais vous tombez... juste au milieu d'une noce qui est en train de se gaudir!
LE M.\RQurs, regardant autour de lui. Ah! ah! en effet... tous ces iroquois ont mis leurs figures des dimanches... {Jacqueline et Gothon rentrent par la gauche.) et voilà de petites mines éveillées!.. (// les lorgne.)
Gonju, tenant la viariéc par la main. J'épouse aujourd'imi même celte jolie (illo-là! csl-co que je peux iaquiUorpour voire chaise?., mollez-vous à ma place !
LA M.\niÉE, d'un ton câlin. Oui, Monseigneur^ mettez-vous à sa place!..
LE MARQiis, souriant. Hé! hé! par la raordi!.. je ne demanderais pas mieux!
DUBOIS, à part. Ils vont le prendre par son faible !
LH M.vRQUis. Mais, maugrebleu!.. etmon voyage?.. (A lui-même.) Moi, qui suis à la poursuite de celle petite bayadère nantaise... qui me fait damner!
JACQL-ELiNE, ^lu le suit des yeux et (ïpart. Oh! quelle idée!.. {Elle va parler bas à la mariée.) GOBJC. Foi de Jean Gorgu, demain matin, je vous remets en état de rouler... au triple galop! LE MARQUIS, regardant toujours les femmes. Et me promets-tu de ne pas te lever trop tard... hein (1)? (Gorju fait entendre un gros rire bête que le marquis imite.)
DVBois, avec humeur. Mais, Monseigneur, l'auberge de ce pays est détestable! j'y ai goûlé le vin!..
LA UARIÉE , quitte Jacqueline qui lui a parlé bas, et s'avance. Eh ben ! savez-vous quoi?., faut prier Monseigneur de rester avec nous!
TOCS, gaiement. C'est ça!
LE MARQUIS, à part, souriant. Tiens ! c'est la mariée qui m'invite !..
GORJU, ravi et appuyant. A-t-elle de l'esprit, ma femme!..
LE MARQUIS, riant, a part. Et le mari qui approuve!., ils sont tous les mômes! adorable espèce!..
GOEJU. Ça y est-il, Monseigneur?., on va servir!..
LE MARQUIS, SB dandinant et lorgnant les femmes. Eh bien ! oui, bons villageois, je vous autorise à me traiter... je vous permets de me donner voire meilleur vin !.. et tout ce qui s'ensuit! Tou.s avec des révérences. Est-il affable!.. GORJU. Hé vite îles tables sont dressées!.. (Aux hommes.) Aidez-moi à les quérir? {Il sort avec les paysans.)
LE MARQUIS, o lui-méme. Pourquoi pas, palsambleu! une bucolique, une pastorale à la Bou- 4 D. le marq. U. I. (Jor. la ma!i<ic.
cher! ça me changera (1) ! (// fait la roue autour des femmes.) lléî hé! des petits nczen l'air, assez... et dos tailles très... {Il arise de l'autre côlé Jacqueline assise sur le banc.) 0\\\o\\\ en voici une , là-bas... encore mieux que la mariée! malcpeste! piquante, agaçante! provoquante!..
JACQUELINE, à part. \\ me regarde!
LE MARQUIS, la lorgnant. Elle supporte l'examen! mais c'est drôle... cette figure 't* il me semble (Appelant.) Dubois?
DUBOIS, fias, et s approchant. Monsieur le marquis?
LE MARQUIS, à mi-vuix. Chut!., regarde un peu cette petite là-bas; à qui ressemblc-t-elle que j'ai connu?
DUBOIS, à mi-voix. Oh! Monseigneur a triomphé de tant de belles!
LE MARQUIS. Coquin! je te prends donc uno fois à dire la vérité! (On a apporté des tables toutes servies , que l'on place en face du public. Plus haut, on a dressé un tonneau, et, dans le fond, plusieurs groupes se forment qui mangent et boivent, assis par terre ou sur des jjans de murs à hauteur d'appui.)
LE MARQUIS, à Jacqueline. Bonjour, ma belle enfant!..
JACQUELINE, sc levant avec une révérence paysanne. Vot' servante , Monseigneur!
LE MARQUIS. Est-elle accorle et mignonnellc!.. Je veux mourir si j'ai jamais rien vu d'aussi joli! JACQUELINE, de même. Ça vous plaît à dire... Voire Altesse !
LE MARQUIS, à lui-même. Oh! mon Altesse! (Haut.) Êles-vous parente de la mariée?
JACQUELINE, de m^me(2). Oui, monsieurlebaron! cousine... de la fille... de la tante... du neveu... du marié... par les femmes !
LE MARQUIS, ô iui-7n(?me. Diable!., je ne saisis pas parfaiioment!.. (Haut.) Mais c'est égal, foi de gentilhomme... c'est une perfection!
GORJU, montrant les tables. N'est-ce pas? un fameux coup d'oeil?
JACQUELINE, répondant au compliment. Monsieur le prince est bien honnête !... (A part.) Je crois qu'il me fait les doux yeux.
LE MARQUIS. Prince! baron! altesse! elle mêle tout ça!.. elle est charmanle \ (Haut et s'animant.) Je voudrais élre berger, si lu es bergère , je te suivrais avec une houlette! appelle-moi ton berger! JACQUELINE. Ah! bé oui! quand on se connaît pas!..
LE MARQUIS. Qu'cst-ce quc ça fait:., on s'aime d'abord... et on se connaît après!
JACQUELINE, sô dandinant. Oh! que nenni! vaut mieux avant!
\ J., assise sur le banc de gazon', à i;auche, le myq. D.
1 J, le marq. Gor. D.