‹ Le voyage d'Urien, suivi de PaludesChapitre 7 sur 19 · ENVOI · texte numérisé non relu

ENVOI

Madame ! je vous ai trompée

Nous n'avons pas fait ce voyage.

Nous n'avons pas vu les jardins

Ni les flamants roses des plages;

Ce n'est pas vers nous que les mains

Des sirènes se sont tendues.

Si je n ai pas mordu les fruits.

Ni dormi sous les avenues

Si je n'ai pas baisé les mains

D' Haïatalnefous parfumée. . .

Si je croj'ais au.x lendemains

Si j'ai raconté ces courages

C'est que ce n'était que mirages.

C'est que ce n'était que fumées.

Je crois que j'eusse résisté; j'attendais

Mais les tcnlaiions ne me sont pas i'ejiues.

Ellis ! pardonnez ! J'ai menti.

Ce voyage nest que mon rê\,'e —

Nous ne sommes jamais sortis

De la chambre de nos pensées —

Et nous avons passé la vie

Sans la voir. Aous lisions.

Vous veniez au matin

Toute lasse de vos prières.

Madame je vous ai trompée

2'out ce livre n'est que mensonge. —

Au moins n'y ai- je pas crié —

Mais c'est qu'on est calme en un songe...

Un jour pourtant, vous le savez

J'ai voulu regarder la vie ;

Nous nous penchâmes vers les choses.

Mais je les ai comprises alors

Si sérieuses, si terribles.

Si responsables de toutes parts. —

Que je n'ai pas osé les dire —

Je m'en suis détourné — ah .'Madame — pardon

J'ai préféré dire un mensonge.

J'avais peur de crier trop fort

Et d'abîmer la poésie

Si j'avais dit la Vérité

La Vérité qu'il faut entendre;

J'ai préféré mentir encore

Et d'attendre, — d'attendre, d'attendre...

La Roque. Été gs.

PALUDES

ou

Le Traité de la Contingence

Die ciir hic.

(L'Autre école)

Pour mon ami EUGÈNE ROUART

J'écrivis cette satire de quoi?

Avant d'expliquer aux autres mon livre, j'attends que d'autres me l'expliquent. Vouloir l'expliquer d'abord c'est en restreindre précocement le sens, car si nous savons ce que nous voulions dire, nous ne savon.s pas si nous ne disions que cela. — On dit toujours plus que CELA. — Et cela surtout m'y intéresse que j'y ai mis sans le savoir, — cette part d'inconscient, et que je voudrais appeler la part de Dieu. — Un livre est toujours une collaboration, et tant plus le livre vaut-il, que plus la par^t du scribe y est petite, que plus l'accueil de Dieu sera grand. — Attendons de partout la révélation des choses ; — du public, la révélation de nos œuvres.

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