‹ Le voyage de GrèceChapitre 14 sur 22 · LES GRENOUILLES · texte numérisé non relu

LES GRENOUILLES

Plus je vieillis, plus mon imagination empiète sur mes yeux. Voilà pourquoi il advint qu'étant revenu à Athènes, j'ai négligé de me pencher comme autrefois sur l'onde harmonieuse et rare que l'Ilissus promène entre des cailloux blancs et azurés.

0 torrent ! sur tes rives Socrate et le jeune Phèdre disputèrent de Lysias et de la Beauté. Ils s'étaient étendus dans l'herbe fraiche, un platane haut et large les abritait du soleil et les cigales faisaient entendre leur cri vif...

Molle grenouille, fille de l'Ilissus, Socrate vante la voix des cigales et il oublie la tienne ! Cependant, ô grenouille! près des colonnes dorées de Zeus Olympien, dans tes palais liquides.

•chante, chante toujours : Brékékékex, coax, coax. Tu as pour te consoler les vers d'un grand poète qui te fait dire : ((. Je suis chérie des Muses à la lyre mélodieuse, et de Pan aux pieds de bouc, qui tire de si doux sons du chalumeau ; je fais les délices d'Apollon le dieu de la cithare, parce que je fais croître dans l'eau de mes marécages le roseau qui sert de che- Talet à la lyre. »

...Les quais pleins d'oranges et de citrons du Pirée, blanche ville, s'effacent peu à peu. Le paquebot est sorti du port. Nous cinglons, nous courons sur les vagues en soutenant leur choc.

Le bateau prend le large, le soleil décline à l'horizon. Toi que j'aperçois encore, Acropole d'Athènes, sacré cimetière, source de vie, adieu, adieu !

0 Athènes, ma mère, tu fus loin de mes yeux (mais toujours dans mon cœur) res])ace de vingt années. Je viens de te revoir comme en un songe rapide, et de nouveau je te quitte !

... COMPLAINTE. Uiw fhiu,u>,>

tremblote — r/r///.s les téin-hrcx lii-ljds. — Elle meurt puur renaître, — ù Jeaj; laé-

lancoUqiU's ! — c'est le phare (VHydra.

— Je regarde ce phare — qui fjaide le noeJiei' — et me souviens, Hijdra, — des jours de mon enjdnce ; — -je n'avais pas qain:^e ans — lorsque je vins passer — .s7//* ta. montajjnc liante — au milieu de jjarents — les jours chauds de l'été. — Jamais je n'oublierai — cette course nocturne— qu'avec les domestiques — de mon oncle je Jis ; — nous étions tous montés — sur de tout petits ânes — et nous fd lions au pas — tout le long du rivage. — Auœ ragons de la lune — les flots se doraient — les algues chargeaient — la brise d'amertume...— Nous venons à passer — devant une fontaine — ombragée d'un figuier. — Alors un vieux farceur — dont la famille était — r//cj mon oncle en service— de père en fils, je croiSj, — se mit à raconter — pour occuper le temps — ou pour me faire peur — commentlaNéréide , — sorte de Mélusine, — arrête lespassants — près des blancliesfontaines. . . — Hydra

je me souviens,— je me souviens aussi — de choses plus r^é elles ; — je veux parler des cailles — fjti'une vieille servante — rôtissait en plein air — xur un doux feu de hranches — et que je dévorais — d'un si bon appétit.

...AUTRE COMPLAINTE. Moi

qui mangeais des cailles — dessus le mont d'Hydra, — même j'en mange ailleurs, — me voilà tout ému — potir avoir sur le pont — de notre paquebot — trouvé un oiseau mort. — O mystères du cœur, — de l'estomac arcanes ! — Mais il ne sert à rien — de ratiociner, — le jjauvre oiseau est mort — et bien mort, il me semble ; — il s'était trop fié, — l'imprudent, à ses ailes. — Au milieu du bocage, — caché dans le feuillage — du frêne ou du bouleau,— il ne chantera plus — tio, tio, totototû ; — il ne chantera plus — tio, tio, tio ni tiotinx. — Je le prends par la patte

— et le jette à la mer. — Peut-être qu'un requin — ou quelque autre poisso/i — e.st friand d'un tel mets.

...AUTRE COMPLAINTE. Il est

nuit ; nous vofjiujns — dans un gi'and cercle d'eau. — Du fond de Veau, la lune — monte dc/nx un Judo — d'ahord très rouge et puis — moins rouge, enfin très pale ; — et noii.^ no/zs /-egardons — comme deuj- vieux ami.<. — O surprise ! ô surjirise ! — Que je suis doue distrait, — de n avoir pas plus tôt, — découvert ton secret, — () linu>. Je te vois, — n luiw, en ce moment, — à travers les jumelles — d'(a/ hon brasseur vaudois — (pu gagiut becaieoup d'or — à Philippopoli , — et qui , c'est évident, — à cette lieure est parud — les passagers que porte — ce paquebot.

0 lune, — tti ressembles vraiment — de façon authentique — ^'i' ces portraits ([ue donnent — chaque an de ta personne —

les alnidiuiclix com'fjtU's. — Mnis c'est indifférent , — cv//- comme <ni para vaut — toujours je eiidiiterdi — ta (jloire, et je louerai — d'un fjrdeleuœ ft'edou ^ — ô Phndx', ô Cijnihie, — le hel Endi/mion — ton l)er(f(>r de Curie. — Je lais commr jadis — le vieil Aristophane, — (jui tenait sur les dieffr — f/// la/ir/U'je pro/'anc, — nuiis qui les révérait — ainsi (ju'il le devait. — Il a fait eliez^ Pluton — descendre son patron — Baccluis avec un une...

— Je ié(U pas les vertus — de la féconde veine — de V auteur de Plutus ; — mais je suis (tores tout — natif aussi d'At/a'^uies.

.. .11 pleut sur la mer.

J'aime une lente douce pluie ; elle dorlote mes nerfs. Le grand soleil ne me plait que là où il est bien chez lui, et quant au vent, s'il n'est pas la rafale, je le hais.

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