‹ Le voyage de GrèceChapitre 19 sur 22 · LA BRU · texte numérisé non relu

LA BRU

C'est au mois de mai que le beau Kostaiidas a planté les arbres de son jardin, c'est au mois de mai qu'il se maria, c'est au mois de mai qu'il reçut l'ordre de partir pour la guerre.

— Kostandas, doux ami, — lui dit sa femme, — tu pars ! et moi, malheureuse, où me laisses-tu ?

— Douce amie, — répond Kostandas, — je te laisse premièrement à la garde de Dieu ; secondement, à Ja garde des Saints, et troisièmement, je te laisse à la garde de ma mère bien-aimée.

Il ne se fut pas encore éloigné de deux lieues que sa mère fit asseoir la jeune femme sur un haut siège et lui coupa.

près de la racine, ses blonds cheveux aux belles nattes.

Puis elle lui donna des moutons et des chèvres, mais ils étaient tous galeux.

Elle lui donna aussi un chien, mais il était malade de la rage.

Elle lui donna aussi trois pains, mais ils étaient moisis

Elle la prend par la main, et dit :

— Vois-tu cette montagne qui est couverte de neige ? Il faut que tu ailles là-bas ; c'est là que désormais sera ta demeure. Et tu ne descendras pas dans la plaine pour faire paître tes troupeaux, pour les faire boire au courant d'eau limpide, avant que tu ne puisses compter les moutons par centaines et les chèvres par milliers.

La jeune femme prit sa route en pleurant, en pleurant elle suivit le sentier.

Et ses chèvres se multiplièrent, — car telle était sa destinée, — miraculeuse-

ment ; ses l)rel)is riiii-cnl bas les npnelets par deini-douzaines.

Et elle poussa ses troupeaux dans la plaine jiour leur l'aire brouter l'herbe, pour les faire boire au courant d'eau limpide.

Or, un cavalier vint à passer.

— Dieu te garde, berger.

— Dieu te mène par la main, seigneur.

— Berger, dis-moi à qui sont ces moutons, à qui ces chèvres.

— Seigneur , les moutons sont au malheur, les chèvres à la malédiction.

— Et le gentil berger dont la bouche a le ramage de l'oiseau, qui est-il ?

— Hélas, seigneur, le berger est l'épouse du beau Kostandas qui est parti pour la guerre .

— Ah ! mon cœur ne m'avmt j)as trompé.

Il broche son cheval, il arrive dans sa maison.

— Sois le bienvenu, mon fils.

— Mère, où est mon épouse ?

— Mon fils, ton épouse est morte il y a bien du temps.

— Mère, montre-moi sa tombe pour que j'y pleure. Je veux lui porter des cierges et de l'encens.

— Mon fils, l'herbe a poussé sur la tombe. Qui pourrait la reconnaitre ?

— Ma mère, si ma femme est vivante, quelle punition mérites-tu ?

— Mon fils, si ta femme est vivante, coupe-moi la tête.

Il broche son cheval. Il revient dans la plaine. Le cheval plie les genoux, la belle monte en croupe.

— Ma mère, voici ma femme !

— Mon fils, laisse-moi la vie et je serai votre servante .

— Mère, — dit la bonne bru, — ne crains rien, c'est moi qui serai votre servante.

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