LE BERGER MALADE
Les moutons broutent l'herbe odorante au penchant de la colline ; ils gambadent et leurs bêlements retentissent joyeux.
Mais le jeune berger s'accoude triste ; son visage est pâle et ses lèvres n'ont plus de souffle pour animer la flûte taillée dans le fin roseau.
Les petites fleurs d'avril se balancent tout émerillonnées sur leurs tiges. Les joues du jeune berger prennent la couleur de la feuillée au mois d'octobre. II va trouver le vieil ermite de la combe.
— Mon père, — dit-il, — vous guérissez toutes les maladies, guérissez-moi.
— Je vais consulter mes livres, — répond l'ermite.
Depuis l'aube jusqu'à l'heure où le hibou commence à ululer, il consulte ses livres.
— Mon fils, — fait-il, — comment puis-je te guérir? Je ne connais pas de baume contre le mal d'amour !
Le jeune homme met ses mains en croix sur son cœur, et triste il chemine. Auprès d'une fontaine il rencontre celle qu'il aime. Elle riait en regardant des étoiles tomber.
— Belle, — lui dit-il, — mon cœur est blessé à mort. Donnez-moi un baiser pour qu'il guérisse.
Mais la belle fille riait toujours en regardant les étoiles.
— Cruelle, — dit le pauvre berger, — demain je serai mort. Viens alors dans ma maison, et prends mes clefs, et ouvre mon cofire ; tu y trouveras des draps blancs pour m'ensevelir. A trois pas du seuil, il y a un rosier fleuri, coupe toutes ses roses, celles qui sont ouvertes, et les
boutons aussi, et donne-les aux jeunes filles du villafi-e, et dis-leur de chanter l)(tur moi les chants des trépassés. Et lors([ue tu verras venir le prêtre avec son étole, appelle tous mes amis. Et lorsque tu verras quatre vigoureux garçons lever mon cercueil, pousse un cri qui fasse fendre les pierres. Et lorsque mon cercueil sera posé au milieu de l'église, pousse un cri qui fasse se flétrir les jets de la vigne. Et lorsque mon cercueil sera descendu dans la fosse, alors dis : Tout est fini. Et lorsqu'on te présentera en ma mémoire le Jih' cuit , mange-le et prie : a Dieu ait l'àme du jeune homme qui m'aimait ! »