‹ Le voyage de la Terre Sainte composéChapitre 19 sur 65 · ANNE · texte numérisé non relu

ANNE

VUE DE CHAMBÉRY AU XVIe SIÈCLE

à la chapelle Sainct Michel desmolie et là nous laisserent les guydes et retournerent avec leurs muletz, jumens et chevaulx. De là commençasmes à descendre jusques à ung grand lac du Bourget à demye lieue et de là à Nostre Dame de Caulny où y avoit grande alle de gens'. De là à Chambery en Savoye; logez au Lyon d’or. Distant de Aïguebelette deux lieues, et ne fismes cedict jour que quatre lieues de chemin merveilleux et fascheux.

Chambery est une bonne ville capitale de la duché de Savoye*. Il y a beau et triumphant chasteau et une fort belle chapelle où est le Sainct Suayre*. De Cham-

1. Je crois qu'il faut lire Cognin au lieu de Caulny. Cognin est un village de la commune de la Motte-Servolex, situé sur la route d'Aiguebelette et de Lépin à Chambéry. II y avait autrefois à Cognin un couvent de religieux de Saint-François dont l’église était dédiée à Notre-Dame.

2. Chambéry fut la résidence des comtes et des ducs de Savoie depuis l'année 1288 jusqu’en 1557, époque à laquelle Emmanuel Philibert choisit Turin pour la capitale de ses États. On peut consulter pour la description et l'histoire de Chambéry: Chorographia insignium locorum qui maxima ex parle subjiciuntur tam cis quam ultra montes.. authore Jacobo Delexio, jurisconsulto. Camberii, 1571, f°s 20-25. Guichenon, Histoire généalogique de la royale maison de Savoie, Lyon, 1660. De Capré, Traité historique de la Chambre des comptes de Savoie, Lyon, 1662. Grillet, Dictionnaire historique de la Savoie, tome II, pages 30-192. Chapperon, Chambéry au XVe siècle, et enfin l'ouvrage resté inachevé de Léon Menabrea: Histoire municipale et politique de Chambéry, Chambéry, 1847. |

3. « Nous arrivasmes à Chambery, qui est cité capittale de toute la Savove, auquel lieu sembloient estre les foires qui sont de present à Lyon. En ce lieu aussi estoyt l'une des belles reliques du monde. C'est assavoir le Saint Suaire où le precieux corps de Nostre Seigneur fut ensepulturé; mais aucuns disent qu'il a esté brullé & de faict, nous vismes les vestiges et apparences du feu qui avoyt esté mis à la chapelle. Les autres disoient que la duchesse l'avoit prins pour porter en Espaigne et, pour couvrir son faict, avoyt faict

bery' partismes à cinq heures du matin le mardy

mestre le feu à ladicie chapelle. Et comment soyt, depuys n’a esté montré. »

Le voyage de Hierusalem et du mont Sinay faict et acomply l'an de gruce et salut r$33 par Messire Greffin Arfagart, chevalier du Sainct-Sepulchre et seioneur de Courseilles en Normandie et Courteilles au Maine, auecques lui frere Bonaventure Brochart de Perche, des freres myneurs de la province de France du couvent de Bernay, Bib. Nat., ms. n° 5642, f° 7. Le Saint-Suaire fut transporté à Turin, en 1578, pour éviter le passage des Alpes à saint Charles Borromte qui avait fait vœu, après la peste de Milan, de se rendre à Chambéry pour le vénérer. On peut consulter sur l'histoire du Saint- Suaire le traité de Pingonius, Sindon evangelica, Turin, 1581. Histoire sacrée du Saint Suaire de Jésus-Christ, par N. Du Moine, Turin, 1622. Hierotomie de J.-C. ou discours des Saints Suaires, extrait et traduit du latin de J. Chifflet, Paris, 1631. Histoire du Saint Suaïre qui se garde à Turin, par le P. F. Victon, Paris, 1634; enfin le mémoire placé par Capré à la suite de son Histoire de la Chambre des comptes de Savoye.

1. « Partans de Chambery, cheminasmes environ une lieue le long d’une grande vallée et trouvasmes ung monastere de Sainct-Françoys dont l’eglise y est fondée de la Vierge Marie et s’appelle ce lieu Nostre-Dame d’Amyens (de Myans). Auquel lieu, par les suffraiges de la mere de Dieu, se font continuellement beaulx miraicles. Les religieux nous raconterent comme le temps passé il soulloit avoir en ceste vallée une grosse ville. Mais pour les enormes pechez qui se y commettoient, la divine justice la feist tomber tellement qu'il ne demeura en toute la vallée aulcune habitacion, excepté le lieu de Nostre-Dame qui estoit pour lors une chapelle dedyée en son nom. Et encore de present, ilz monstrent de l’autre costé de la vallée, contre les montaignes, les vestiges et signes apparens conime les dyables debrisoient les roches pour jecter et destruire [a ville, Et n’y a plus autre apparence synon buttes et fosses. Cela est autentiquement redigé par escript audict monastère. De là l'on vient à Montmellian, forte place, et puis à Aiguebelle. Du dict lieu l’on passe par une vallée assez espovantable, car on voit, des deux coustez, les montaignes grandes à merveilles. Et en tout temps, sont couvertes de neiges et est la vallée assez estroite jusques à la Chambre. Et de la Chambre veirismes à Sainct-Jehan-de-Morieme. evesché et en l'eglise est le doy de monsieur sainct Jehan-Baptiste avec lequel il monstra Nostre Scigneur en disant : Ecce agnus Dei. De Sainct-Jehan, nous allasmes à Sainct-Andry et finalement à Tresmignon et Laignebourg par ung horrible et aspre chemin, le long d’une riviere fort impetueuse et horrible à veoir. Generallement, sont les chemins de Savoye fort fas-

xxvi Mars; passasmes par Montmelian‘ bonne ville et fort chasteau où est la riviere de Lisere, et y a trois lieues; delà, passasmes nostre chemin par dessus ung grand pont vers Aiguebelle. A la main dextre, y a ung chasteau nommé Ribault”, et en la main gauche à costé de la montaigne, y a ung aultre chasteau nommé Mirlant * lung des plus fortz de Savoye et a le seigneur dudict chasteau bien xzv mille de revenu. Chamours* est ung aultre chasteau sur ledict chemin

cheux si n'estoyt que l’on trouve assez de gens qui s'offrent à conduyre les passans sur leurs chevaux ou muletz. » Le voyave de Hierusalem et du mont Sinay, fo 8.

1. « La ville de Montmélian est bâtie sur un plan très incliné au bord de l'Isère. Les premiers comtes de Savoie firent pendant quelque temps leur résidence dans le château de Montmélian, où naquirent Amédée III et Amédée IV. Après que les seigneurs Bertrand de la Perrouse eurent cédé, en 1272, les droits et la juridiction qu'ils avaient sur Montmélian, Pierre de Savoie en augmenta les fortifications et Amé VI y fonda, l’an 1283, un hôpital avec cinq chapelains pour célébrer l'office dans l’église paroissiale. La Chambre des comptes de Savoie résida pendant quelque temps à Montmélian. Le château, situé sur un rocher isolé et escarpé de toute part, dominait la ville du côté du Levant. Il était autrefois regardé comme la meilleure forteresse des États de Savoie. » L'armée de François Ier s'en empara sans coup férir en 1535, trois ans après le passage de Denis Possot. Grillet, Dictionnaire historique, tome IT, pages 110-119.

2. Rubeau, anciennement Ribaud, Ribod (Rubodum), château, ou plutôt maison forte dans la commune de Coise, canton de Chamoux (Savoie). Rubeau fut une seigneurie qui appartint à la famille de Cuynes de 1379 à 1632.

3. Le château de Miolans, dans la commune de Saint-Pierre-d'Albigny, domine la vallée de l'Isère et s'élève en face du confluent de l’Arc et de l'Isère. Ce château et ses dépendances furent cédés, le 21 novembre 1523, par Claudine de Miolans, femme de Guillaume de Poitiers, à Charles, duc de Savoie. Mémoires et documents publiés par la Société savoisienne d'histoire et d'archéolorie, tome XVIII, Chambéry, 1879.

4. Chamoux, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Chambéry (Savoie).

estant tout quasi de marbre noiret està Monsieur de La Chambre‘. De là,vinsmes une grande lieue durant, par la riviere et gravier de Arc*qui est eaue noire et faisant grant deluge. De là à Aiguebelle* estant sur ladicte riviere; à l'entrée du pont est l’hostellerie Sainct George où dinasmes. Il y a trois lieues de Montmelian jusques à Aïguebelle, auprès de laquelle, tout au sommet d’une montaigne y aune grosse tour carrée“, Les maisons de la ville sont toutes couvertes

1. Messire Charles de La Chambre, baron de Sermoyé et Mezimieux, seigneur de Sainte-Hélène, Montaney, Poncin, Cerdan, Montréal, Pérages et La Cécile, créé chevalier de l’ordre du Collier de Savoye dit de l'Annonciade, en 1527, par Charles III, duc de Savoye,

2. L’Arc prend sa source au-dessus de Bonneval en Maurienne, dans les glaciers du mont Iseran : arrès avoir coulé dans la vallée de Bessan, elle baigne Lanslebourg, Modane, Saint-Michel, passe près de Saint Jean où elle reçoit les eaux de l’Arvan, traverse les vallées de La Chambre et d'Aiguebelle et après un cours d'environ vingt lieues dans cette longue vallée demi-circulaire, cette rivière que l’on passe et repasse sur quinze ponts se jette dans l'Isère au-dessous d’Aiton vis-à-vis de Fréterive.

3. Aiguctelle dont la population ne s’élève qu’à 687 âmes (aujourd’hui 1060 habitants), est située sur l’Arc, à l'extrémité septentrionale de la vallée de la Maurienne, au milicu d’un bassin bien cultivé, placé entre le mont Boisban et les beaux vignobles de Durnières. Les premiers comtes de Savoie qui habitaient le château de Charbonnières qui domine la ville et la vallée, entourèrent Aiguebelle de murs et de fossés et lui accordèrent des privilèges capables d’attirer une nombreuse population. Grillet, Dictionnaire historique, etc., tome I. Aiguebelle, petite ville avec titre de principauté située en deçà et en delà de l’Arcq, à moitié chemin de Chambéry à Saint-Jean... Il y a une collégiale recouverte en plomb sous le vocable de sainte Catherine, dont le chef 2 le titre de prévôt, fondée le jeudi après Piques de l'an 1267 par Pierre d’Aigueblanche, évèque d’Herford en Angleterre, duquel on voit la statue en bronze, en habits pontificaux au milieu du chœur. Nofice historico-topographique sur la Savoie, etc., Chambéry 1787, page 76.

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