La tour du château de Charbonnières
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d’ardoise. De Aiguebelle allasmes par mons et vaulx terribles (voyans à dextre et senestre les plus haultes montaignes que l’on saïiche point veoir) à la ville de La Chambre'; logez à Sainct George, distant de quatre grans lieues. Et avant ce, passasmes par le villaige de Argefine* où sont les forges de fer, distant d’une lieue de Aiguebelle. De ]à à la Chapelle‘ distant de deux lieues, et de là audict lieu de La Chambre.
Le mercredy xxvir Mars, nous partismes de La Chambre et vinsmes passer par le pont Regnard qui est un pont de bois sur la riviere de Arc; y a au bout du pont une petite eglise. De là, au pont à Maffroy‘ pont de pierre et villaige distant de une bonne lieue. De là au pont de Armillon, beau pont de pierre eslevé, hault, à deux grandes arches”. De là à
1. « La Chambre, bourg de la Maurienne situé dans une vallée riante et fertile. Cet endroit où la route centrale de l'Italie entretient quelqu'activité fut appelé Camera ou la Chambre, suivant Ducange, parce que du temps des Romains, les peuples de la basse Maurienne dépendants de la préfecture de Suze, chef-lieu des populations des Alpes Cottiennes, s’y rassemblaient pour la répartition des impôts... Les Bénédictins qui défrichérent en grande partie la vallée de la Chambre y fondèrent un prieuré qui dépendait de l’abbaye de Saint-Michel de la Cluse en Piémont. » Grillet, Dictionnaire historique, tome II, page 192.
2. Argentine (canton d'Aiguebelle, Savoie), est le nom d'un village de la Maurienne où l'on fondait une partie du minerai de fer extrait de la montagne d'Hurtières.
3. La Chapelle (canton de La Chambre, Savoie), est située sur la rive droite de l'Arc entre les hameaux de Tigny et de Gondran.
4. Pontamafrey (canton de Saint-Jean-de-Maurienne, Savoic), sur là rive droite de l’Arc, au pied du mont Vernier.
s. Le pont de Hermillon. Hermillon (canton de Saint-Jean-de-Maurienne, Savoie), est un village de la Maurienne situé sur la rive droite de
Sainct Jehan de Morienne, à la Croix blanche, et y a de La Chambre jusques audict Sainct Jehan deux lieues.
Sainct Jehan de Morienne‘ est assez honneste lieu et est decoré de deux doitz de Sainct Jehan Baptiste, desquels il monstra nostre seigneur Jesuchrist, et lesquelz avons veus et non touchez, combien que, à l’heure, ung homme d’esglise breton nous dist que le doit de Monseigneur Sainct Jehan estoit à Sainct Jehan à six lieues de Mortaing en Bretaigne. Au dessus de la ville est un roc; item, un hermitaige de Saincte Tecle où il y a une croix rouge contre le
l'Arc. D’après l’auteur de la Chronique de Suvoie, Berold y fit construire une forteresse à laquelle il donna le nom de Hermeillon « Béraud manda les bons hommes du pays et fist bastir et edifier une forteresse pour faire garde et clef au pays et aussi pour eulx retraire et garantir et fist appeler ceste place Hermeillon. » Gestez et croniques de la mayson de Savoye par Jehan Servain publiées par Fred. Em. Bollati. Turin, 1879, tome I, page 107.
1. « Saint-Jean de Maurienne, l’ancienne capitale de la province de ce nom, est située dans une vallée arrosée par l’Arc et l’Arvan et resserrée entre de hautes montagnes. IIest certain qu’elle portait le nom de Maurienne dès l’an 340, année où elle avait déjà un siège éniscopal et elle ne s’appela Saint-Jean qu'après que le roi Gontran y eut fait bâtir l'église cathédrale dediée au saint Précurseur. Cette église renferme les restes de Humbert aux blanches mains et de Boniface, premiers comtes de Savoie. Les comtes de Savoie étaient premiers chanoines de la cathédrale de Saint-Jean de Maurienne et ils juraient sur l’autel de Saint-Jean-Baptiste de défendre le trésor, les biens, les droits, les privilèges et les libertés de l'église. En 1439, les pluies et la fonte des neiges ayant grossi les eaux du Bon Rieu, ce torrent ravagea la ville et ruina presque la cathédrale. La misère des habitants fut telle, que deux chanoines furent autorisés par une bulle du pape Félix V à parcourir l’Europe avec les reliques de saint Jean et À recueillir des aumônes destinées à la réparation de la cathédrale et à l'entretien du culte. » Grillet, Dictionnaire historique, tome III, page 274.
pignon de l’hermitaige!, Il ya ung cloistre en la grant eglise tout de marbre blanc. L’evesque est cardinal de Savoye et legat*. Cedict jour, partismes environ midy et passasmes Sainct Julian * distant d’une lieue où il y a une montaigne en laquelle on prend l'ardoise, à main gaulche. De là à Sainct Michel, chasteau distant de deux lieues de Sainct Jehan de Morienne. De là, par ung fort dangereux chemin, entre deux montaignes, suivans une riviere fort
1. Sainte Thècle s'était retirée, à son retour d'Égypte, avec sa sœur Pigmenie, dans une grotte, située sur la montagne au-dessus de Saint- Jean-de-Maurienne, dans un lieu appelé Lozenai (Loconia). « In rupe est parvum sace:lum et sub eo ante illam est spelæum quoddam instar sepulchri ubi S. Tygris habitavit cum duodecim viduis et surore sua Pygmenia sub una matricula, et supra civitatem rupis, in atrio, cellam construxit ubi sanctum ejus corpus fuit sepultum in capella subterranea ad latus altaris majoris, uti additur ex supradicto archivio. »
Bollandus, Acta sanctorum, sous la date du 2$ juin. L'abbé Truchet, Histoire haziologique du diocèse de Maurienne. Chambéry, 1867, p. 13 et suiv.
2. Louis de Gorrevod d’une famille noble de la Bresse, évêque de Saint- Jean de Maurienne, cardinal au titre de Saint-Césaire in palatio et légat du Saint-Siège dans les États de Savoie. Il fut élu évêque le 29 juin 1499 par les chanoines de la cathédrale : il était au moment de son élévation à l’épiscopat, protonotaire apostolique et chantre de l’église de Genève. Il reçut la pourpre en 1530 et mourut en 1538. Il est enterré dans la cathédrale devant l'autel du Sauveur. Cf. Besson, Mémoires pour l'histoire ecclésiastique des diocèses de Genève, Tarantaise, Aoste, Maurienne et du décanat de Savoye, Nancy, 1759, pages 302303. Gallia christiana, tome XII, pages 611, 648, 654 et l'abbé Truchet, Saint-Jean de Maurienne au xVie siécle. Chambéry, 1887, page 327 et suivantes.
3. Saint-Julien (canton de Saint-Jcan-de-Maurienne, Savoie), est renommé pour ses vignobles qui produisent les meilleurs vins de la Maurienne. Il y avait très ancienrniément à Saint-Julien un prieuré de chanoines réguliers qui dépendait du chapitre de Saint- Joire de Chignin.
4. Saint-Michel, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saint-Jeande-Maurienne,
impetueuse jusques à Sainct Andry', à la Croix blanche, distant de Sainct Jehan de Morienne de quatre lieues fort grosses, car nous fusmes sur nos chevaulx l’espace de six heures.
Le jeudy xxvin Mars, partismes de Sainct Andry à cinq heures du matin et passasmes par les plus merveilleuses voyes que on sçaiche dire : vinsmes à Biegare, laissasmes Borget* à la main gaulche, passasmes à Brame* villaige où estoient neiges. A Solieres*. A Tresmignon”* distant de cinq lieues. A l'issue de Tresmignon, montasmes la montaigne bien forte, et au pied vindrent courant sept ou huit hommes s'offrir à nous mener à la montaigne de Senis, et nous conduisirent jusques à Lasnebourg distant d’une lieue; et là vindrent plusieurs nous offrir muletz et gens pour nous tenir sur les montaignes de peur de cheoir, et iceulx sont nommez marrons. Nous arrivasmes audict Lasnebourg environ unze heures"; logez à Saincte Barbe; etenviron midy . Saint-André, commune du canton de Modane (Savoie). . Villarodin-Bourget, commune du canton de Modane (Savoie). . Bramans, commune du canton de Lanslebourg (Savoie). . Sollières-Sardièéres, commune du canton de Lanslebourg (Savoie). . Termignon, commune du canton de Lanslebourg (Savoie). « Laignebourg (Lanslebourg), est au pied dela montaigne de Mont Senis. Là est besoing de prendre guydes. Leschemins sont chargez de neiges jusques en juing. IÎl convient monter bien une lieue au plus quasi tout droit. Et, pour sa grande haulteur, le soleil y a peu d’activité parquoy la neige est ordinaire. Et quand il faict vent ou qu’il desgele, ilz tombent en si grand impétuosité qu'ils couvrent et tuent les gens qui sont alors par les
chemins. Et après que les neiges sont fondues on trouve les corpz et les porte-t-on à la chapelle des Transis qui est à la plaine sur la montaigne,
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commençasmes à monter le mont de Senis fort merveilleux et espouvantable, plain de neiges terribles : montasmes le chemyn d’une lieue à muletz et chevaulx avec marrons jusques à ung lieu et taverne appellée la Ramasse (pour ce que les marrons commencent là à descendre les gens par les neiges sur ung engin bien faict), qui est le lieu le plus hault par où onpasse'. Nous allasmes à Nostre Dame des Neiges assez prés et joignant le chemin à main gaulche; et l'appelle on Nostre Dame des Neiges, pource que en tout temps, l’esglise est couverte de neiges, excepté Juing, Juillet et Aoust que en la montaigne y a peu de neiges.
De là, à main gaulche, nous fut monstré à ung gect de pierre une chappelle nommée la chapelle des Transys où on mect les passans que on trouve après les neiges fondues, qui ont esté tuez et etouffez d’icelles neiges tumbans impetueusement par temps venteux des montaignes plus haultesque ledit Senis.
laquelle plaine dure bien deux lieues. » Le voyage de Hierusulem et du mont de Sinay faïct et accompli l'un de grace et de salut 1553. Ms. de la Bibliothèque nationale, fonds français, n° 5642, fo 7 r°.
1. « L'ancienne route montait directement de Lanslebourg à la Ramasse par un chemin très pierreux et très pénible pratiqué en zigzag sur le penchant rapide de la montagne. Après la traversée de la plaine du Mont- Cenis jusqu’à la Grand’Croix, l’on descendait par les Échelles dans la petite plaine de Saint-Nicolas où sont les limites marquées par des bornes qui séparent la Savoie du Piémont. On trouvait ensuite le village de la Ferrière, et après une descente rapide et effrayante, taillée également en zigzag dans le rocher, on arrivait à Novalaise, premier bourg du Piémont. Grillet, Dictionnaire historique, tome III, page 100.
De là, à ung petit hameau de dix ou douze maisons nommé La Tavernette où il y a tavernes pour loger gens de bien, et bon vin. Après à ung hospital, on passe en commençant à descendre la plaine qui dure deux lieues de merveilleuses neiges fort dengereuses, en sorte que c’est gros dengier d'aller hors du chemin quine dure que aultant que une sente. La neige y est d’espois de xvir ou xvir piedz de hault : et passames ung aultre hospital, et après, venans à la descente, passames deux pontz couvers de neige où l'eaue descendoit impetueusement. Après, par lieux merveilleux où nous et nos chevaulx eurent fort à faire pour les descentes ruyneuses et craintifves. Il tumba de la neige à gros monceaulx faisant impetueux bruit en forme de tonnoire, aussi gros que maisons, mais Dieu nous permit tourner arriere ; aucunz de nous furent en dengier de perdre leurs chevaulx qui tumboient par les neiges, mais ilz furent secouruz par ceulx qui remparent les chemins, Il y a plusieurs maisons sur ledict mont toutes couvertes de neiges excepté le feste et n’ont aulcune apparence: il y a plusieurs croix de xvin ou xx piedz sur le chemin pour adresser, qui sont toutes couvertes, excepté le croisillon.
De là descendismes à La Ferriere‘ où commence la descente dudict mont tresmerveilleuse,
1. Ferrera Cenisio est un petit village bâti sur les deux bords du torrent
du Cenisio, dans une étroite vallée entourée de montagnes couvertes de neiges éternelles.