FLEUVES & PORTS DE PAVIE A VENISE
Le Capoce, La Torre da Baida, Corbuli di sotto. Chioza, D. | Malamocho, De la signoria de Venetia. Ponia, Lore, Venetia.
La Torre nova,
Memoria de li fui che intrano in Po da Pavia a Venetia, et dove intrano; et primo:
Ticino intra in Po a la Napola, | Oglio, al Cadenazo, Lolona intra in Po a Porto |! Menza, a Governo,
Parpanese, Secia, a Sostignetto.
Lambro, a la Corte, | EI Tudono, al Calendrasco, El Po se forcella in quatro Trebia, al Ponte de Piasenza, | rami et fa quatro porti in La Nuria, in Germignalo, mare, in questa forma videlicet : La Chiavena, a Caorsa, Ada, ala Crotta, EI primo porto al Porto de le Narda, al Porto de Mezo, Fornace, El Tarro, a Stagno, EI secundo al Porto de Gorra, La Parma, a Cigognera, El terzo al Porto de Golana, La Lenza, a Bersello, El quarto al Porto per mare.
Memoria de li porti in sul mare a Venetia.
EI porto del Fossono, ET porto de Chioza, EI porto de Brondulo, EÏ porto de Malamocho.
Le Grand Insulaire, et Pilotage d'André Thevet Angoumoisin, Cosmographe du Roy, dans lequel sont contenus plusieurs plants d’isles habitées, et deshabitées, et description d'icelles' (Extrait).
Si l’ordre que je me suis icy proposé me permettoit de discourir icy de lestat et police de Venise, le champ est si beau, large et spatieux que je pourrois, à l’imitation de ceux qui se sont esbatu en ce sujet, en dresser de beaux et justes volumes. A dire la verité, je ne fais point de doute que ce recit n'agrée grandement au lecteur curieux de sçavoir et descouvrir les secrets de l’administration d’une republique qui, seule par dessus les autres de nostre aage, se peut vanter estre la plus ancienne et la plus florissante. J’avoie bien bonne envie de monstrer de combien se mesprennent Jean Le Maire“ et quel-
1. Ms. de la Bibliothèque Nationale, n°° 15452 et 15453, 2 vol. in-fol.
2. Thevet fait allusion dans ce passage à l’opuscule de Jean Le Maire qui a pour titre : La légende des Vénitiens autrement leur chronique abrégée publiée à Lyon en 1509 et réimprimée en 1512 à la suite du Traictié intitulé de la différence des scismes et des conciles de l’église sous le titre de : La légende des Vénitiens ou autrement leur chronique abrégée, par laquelle est démontré le très juste fondement de lu guerre contre eulx.
ques autres qui ont prins plaisir de satyriser et deschirer l’excellence de ceste Seigneurie, mais avant que j'eusse devuydé cest article, je seroys parvenu au bout de la carriere en laquelle je me suis proposé d'entrer. Joint que les histoires me relevent de ceste peine, qui apprennent que veritablement on a usé de rigueur à l’égard de quelques ducs venitiens. Mais si la loy et juste balance du droit les faisoit balancer à une telle animadversion, pourquoy leur imputera on cela à quelque sinistre affection qu'ils ayent porté à leurs ducs, lesquels (à parler proprement) ne sont que les premiers des gentilshommes de Venise et n’ont que la conclusion, quant il est questian des voix, en quelque corps ou college qu'ils se mettent. Je lairray toutes ces scrupulosités pour venir à la fondation heureuse de ceste fameuse cité et la reprendray dès l'an de nostre salut quatre cens vingt et un d'autant que, comme j’ay desià touché en ma Cosmographie, au premier chapitre du dix huitiesme livre, lorsqu'Attile ravageoït en Italie, les Padouans oyans qu’il avoit desià mis le siege devant Aquilée, envoyerent tout le plus beau, precieux et le meilleur qu'ils avoient, avec la multitude de leurs femmes et enfans en la petite isle de Realte sur laquelle ils commencerent à fonder ceste tant celebre et fameuse cité, le jour de Nostre Dame de Mars sur le midy, le soleil estant en l'ascendant du cinquiesme degré au signe du Cancer; et pour lors, tenoit le siege à Romme Zozime, Grec de nation, et l’empire d'Occident Honorie, et celuy d'Orient Arcadie, et regnoit en France Pharamond lequel, comme nous le tenons avoir esté le premier roy, aussi faudra dire que la monarchie françoise a commencé en mesmes tems que la Republique Venitienne. Je m’esbahis où c’est qu'ont pesché l’origine de ceste cité ceux qui veulent que les fondateurs d'icelle ayent esté des pescheurs qui habitoient en terre ferme alentour d'Adrie, lesquels entendans que ceste vermine descendoit, et s'enfuyans en la mer, prindrent siege en des petites isles qui estoient près d’eux et vivoient comme ils pouvoient et princi-
palement de la pescherie, à la maniere de ceux qu'on appelle Icthyophages. Je les prieray d'apprendre de l'historien Ricobald Ferrarois que ce furent les principaux de la contrée qui s'accoterent parmi ces palus, lesquels ils ont si bien desfrichés qu'aujourd’huy l'habitation n’est si marecageuse que, par le denombrement qui en a esté fait il y a environ vingt deux ans, on trouva quil y avoit cinquante neuf mil trois cens quarante neuf citadins au dessus de vingt ans, soixante sept mil cinq cens cinquante sept femmes, deux mil cent quatre vingts cinq religieux, deux mil quatre vingts et deux religieuses, unze cens cinquante sept Juifs, qui sont en tout cent trente deux mil trois cens trente personnes : et ajoutant un tiers davantage pour le nombre qui sont au dessous de vingt ans, on y trouveroit cent soixante six mil quatre cens quarente personnes sans les estrangers survenans. Ce que j ay bien voulu specifier pour monstrer qu’il faut que ceste isle soit de bien grande estendue de pouvoir contenir une si grande flotte de peuple. Ceste ville par la Providence divine est située au milieu d’une eau salée, deffendüe des flots marins par une langue de terre qu’ils nomment Lito. La terre se tournoie en façon d’un arc, et peuvent les navires et galeres aborder et entrer pour mouiller l'ancre par cinq endroits. La premiere entrée qui est vers le nord se nomme Treporte : l'autre qui tire au sud est appelée Lito maiore; après ce port, vient celuy de Sainct Erasme et après, les deux chasteaux qui sont esloignés quelques cinq milles du port de Malamoco. En tous ces ports il faict bon mouiller l'ancre, hormis à quelques uns qui sont plus sujets aux vents que les autres. L'an mil cinq cens quarante trois que j'estois à Venise se perdirent quelques vaisseaux que l’on dit estre vuides et ce furent les vents qui les firent perdre, dont les cytoiens estoient fort empeschès de les tirer hors, avec certains engins, du fonds de la mer et lieux où ils estoient engloutis. Si le flux et reflux estoit si grand et desbordé qu'il est à l’Ocean, il en arracheroit et sy en perdroit
bien davantage ; mais la marée, qui entre en ce goulphe et va jusques à ladicte ville de Venise, est fort petite auprès de l'autre mer. Ceste ville est située ès extremités de la mer Adriatique. Les pilotes et bons mariniers de la mer Mediterranée sçavent ou doivent sçavoir que toutes et quantes fois que la lune sera au midy ou bien en septentrion, la mer sera pleine et continuellement en la nouvelle et pleine lune sur la mynuict et sur le my-jour, la mer se verra tousiours pleine. L'autre marée abaissant (après que la mer est pleine) demeurera par l’espace de six heures et un cinquiesme à rendre la mer basse. L’autre croissant sera de six heures et deux cinquiesmes. L'autre croissant de six heures et trois cinquiesmes. L'autre croissant (qui se fait en l'autre jour) sera de six heures et quatre cinquiesmes. Si bien que, un jour après la pleine lune, la marée sera retardée de quatre cinquiesmes d’heure pour ce que, en vingt et quatre heures, quatre marées auront esté faictes de six heures et un cinquiesme pour chascune marée, de maniere que ce cinquiesme de chasque marée est pour la retrogradation que la lune faict derriere le soleil de douze degrés par jour : d’autant que multipliant les douze degrés avec les trente jours de la lune, vous trouverés à vostre calcul et compte que ils font trois cens soixante degrés, où la lune recommence une autre fois à faire le mesme effet que au precedent. Et ceste sienne conjonction avec le soleil se fera tousiours ainsy, après qu'elle aura achevé passer tous les signes du Zodizque. Il n'est pas ainsy à la mer Major ne en tout l'Hellespont, d'autant que ceste mer a une seule marée ou pour mieux dire un seul flux sans reflux. L'occasion et la cause, ce sont les Palus Meotis avec le grand nombre des grosses rivieres qui desgorgent leurs eaux, ensemble aussy grands nombres de torrens qui viennent des monts Rifées et de Tartarie occidentale et pays des Moscovites, lesquelles eaux toutes assemblées en ceste mer font un promontoire environné d’eaux de tous endroits, hormis d’un qui tire vers le nord en terre continente.
Et d’autant que iceux jettent la mer hors par la bouche d’Hellespont et coulent et arrousent ceste riviere jusques à la mer de l’Archipelague autrement mer Œgée, et ainsy en ces mers là se faict un simple cours d'eaux qui court d’une mer à l’autre, que les uns prennent pour estre marée occidentale et non pas telle que celle qui vient s’engrossir et s’abaisser à la mer Adriatique ne à la mer Mediterranée.
Or, pour revenir à nostre isle et Seigneurie Venitienne, l’on dit qu’elle tient de tour huit milles qui ne semble estre trop. Elle est divisée en six parties nommées Sestieri auxquelles se trouvent soixante douze paroisses, dix sept convens de moynes et vingt quatre monasteres de religieuses. Il y a plusieurs belles places en icelle ville et entre autres trois rassemblées en une, voisines de l’eglise de Sainct Marc où l’on y voit, tous les sabmedis, une infinité de richesses et de toutes sortes de marchandises et diroit on que c’est une foire. Là auprès, l’on y voit deux superbes colomnes, fort hautes et grosses. En l’une est l'effigie de S. Marc et en l’autre la statuë de sainct Theodore auprès de laquelle l’on faict justice des mal-facteurs. De ceste place se voit une face du palais du Duc, de l’autre part se presente la fabrique deputée à la Zecca et à la librairie publique. Or ceste place où sont ces coulomnes contient en longueur quatre cens pieds et cent quatre en largeur, environnée de beaux et magnifiques edifices. Je laisse ceste superbe eglise de Sainct Marc avec ses trente six colomnes de fin marbre que l’on y voit; en diametre peuvent avoir quelques deux bons pieds et d’une hauteur en mesme proportion. Quant au grant autel, il est couvert d'une voute de serpentines, le tout soustenu de quatre colomnes de marbre, toutes figurées et elaborées d’histoires du Vieil Testament. Derriere l'autel, jy vis quatre autres colomnes d’albastre. Sur l'autel y a une riche table d’or et d'argent, le tout richement elaboré qu'ils appellent Pala. Il n’y a homme sous le ciel qui ne fut ravy d'esbahissement de veoir les pierreries, perles et joyaux qui embellissent les ornemens de ce temple.
L'on peut entrer et sortir d’iceluy par quatre portes, à chascune desquelles vous voyés seize belles colomnes de fin marbre; entre toutes, il y en a huit noires au possible hormis en quelques endroits qui se trouvent marquetés de certaines marques luisantes comme est la fine calcydoine. Chose qui resjouit fort la veüe de ceux qui ont le bien de pouvoir repaistre leurs yeux d’un tel objet. La face du portal par le dehors est fort superbe, d'autant qu’il est soustenu de cent quatorze colomnes, les unes de porfiles, les autres de serpentine et quelques autres de marbre. Vous y en voyés une autre rangée de cent quarante six et autres plus petites. Tout auprès y a quatre chevaux de cuivre grands comme le naturel, tout dorés, avec des antiques, jadis apportées de Constantinople.
En ceste ville, il y a diverses rües par où passe un canal d’eau salée, tellement qu'il nous est loisible d'y aller et par mer et par terre, estans ces rües separées par ledict canal et jointes par des ponts de pierre ou de bois desquels il y en a plus de quatre cens en nombre, et ainsy s’abusent ceux qui disent qu’allant par Venise, il faut tousiours monter en gondoles. Il y a plusieurs canaux comme celuy de la Trinité, de Sainct Martin, de Sainct Dominique, du Sainct Esprit, de Sainct Paul, de la Pieté et autres, mais le principal est celuy que l'on nomme le Grand qui divise la ville en deux, ayant un pont traversant le milieu, tout de bois où plusieurs marchans se tiennent, appelé le pont de Realte. C’est ce canal où l'on passe par eau à cause qu'il seroit mal aisé d'aller tousiours passer sur le pont et que souvent on se destourberoit de son chemin. Après y est l'Arsenal qui, en son contour, contient plus d’un quart de lieüe. C'est une place forte, tres-bien ceinte de belles et grandes murailles, et où sont aussy quelques tours dans lesquelles sont plusieurs hommes qui font le guet et sentinelle toute la nuict. Il] y a dans cest Arsenal diverses boutiques, chambres et antichambres d'hommes y travaillans de divers mestiers et des instrumens convenables pour le faict de la
marine, comme aussy vous y voyés d'ordinaire sept ou huit grosses galeaces et deux cens galeres bonnes et fortes, sans y compter les petis vaisseaux qui y sont sans nombre. Là vous avés de trois à quatre mil personnes qui gaignent leur vie au labeur de leurs mains et sans cesse travaillent là. Les uns fondent l'artillerie, autres des boulets et en autre endroit font la poudre et voiles des vaisseaux, un chascun selon son art et profession. Somme, j'estime veu le grand nombre d'armes offensives et defensives qui sont dans cest arsenal pour guerroycr sur terre et sur mer, qu en tout l'univers l’on seroit fort empesché d’en trouver un second si superbe et si bien garny de ce qu’il convient et est necessaire pour l'art militaire. Le treiziesme jour de septembre en l'année mil cinq cens soixante neuf, le feu se prinst en cest Arsenal par un certain desastre, tellement que la fortune fut si espouvantable et dangereuse, qu’icelle ville fut en extrême danger et tel que tous ces citadins pensoient estre morts : la tempeste et tonnerre que fit la poudre fit esbranler la plupart des palais et maisons, voire celles des isles situées et baignées dans le lac de Venise : plusieurs y perdirent la vie. Beaucoup de gens se sont mis en peine de sç1voir d’où tel feu proceda, mais les plus sages sont ceux qui ne se sont tracassé la cervelle en si minutieuses recherches, puisque l'on ne peut douter que ce ne soit le Dieu qui envoya ce feu pour resveiller un peu ces bourgeois de Sainct Marc, comme celuy qui y advint l’an mil cinq cens quatorze, lequel consuma grand nombre de maisons et plusieurs eglises, mesmes les boutiques des orfevres et changeurs. Toutesfois pour lors, ne fut aucunement offensée la chapelle de Sainct Jacques, combien que le feu eut desia grimpé aux costés d'icelle, laquelle est l’une des plus anciennes de ceste isle, edifiée l'an quatre cens vingt et un (ainsi qu’il appert par une pierre de marbre blanc qui est dans ceste chapelle), le vingt cinquiesme du mois de Mars, dediée l’an suivant au mesme our par quatre evesques, à sçavoir, Severien, evesque de
Padoue, Hilaire de Torcello, Jucunde de la Marche Trevisane et Epode d’Oderso. Or je laisse ce discours pour prendre les isles avoisinans ceste isle venitienne, lesquelles sont fort peuplées d'hommes industrieux. Entre autres, de la part du midy s'en presente une nommée Îa Juifverie, separée de Venise par un canal d'eau fort large. Elle a près d'un mille en sa longueur, et là on trouve de superbes edifices et jardins aussy. Plus outre, nous apparoist une petite islette, nommée de Sainct Ange de la Concorde, et tirant vers le ponant incontinent venés à mouiller l'ancre en une autre isle, dicte S. George en Algade où il y a un monastere de chanoines reguliers, fondé et doté par le magnifique Lorens Justinien, chef de cest ordre et premier patriarche de Venise. Pareillement, l'isle de Sainct Christophle est gentille, celle de Sainct Michel dans laquelle y a l'une des superbes eglises que l’on se pourroit imaginer. Plus outre, on va à l'isle de Murane, tant renommée pour l’ouvrage que l'on y faict des verres les plus beaux qui soyentau monde. Ils manient ceste matiere fragile si gentiment qu'ils en disposent mille gentillesses ainsy qu’il leur vient en phantaisie. De mon tems me fut monstré un ouvrier si gaillard en son art que de ce verre cristallisé il en faisoit de petites fleustes d’orgues qui avoient quelque son harmonieux, et faisoit semblablement des petis chasteaux, tourracelles et tournois tout autour, et n’y avoit aucun qui ne fut ravy en esbahissement de veoir telle gaillardise, comme aussy les navires et galeres qu’il contrefaisoit au naturel sans que rien y manquast. Volontiers les plus riches de Venise vont là passer leur tems et dient que l’air y est beaucoup meilleur qu'aux autres isles, À cause du grand nombre de fourneaux à verre qui y sont, de là pour ce ils font entendre que l'air est beaucoup plus purgé. Or, ceste isle peut avoir de tour une bonne lieüe. À quelques deux lieües par mer d'icelle, y a beaucoup d'islettes habitées de gens de mer, pescheurs et jardiniers. Qui voudroit tirer à la tramontane, on trouveroit l’isle et cité de Torcello, levesque de laquelle,
comme j'ay cy dessus remarqué, assista à la dedicace du temple de Sainct Jacques, et là il y a une fort belle et bonne abbaye de Sainct Bernard, les moines de laquelle sont coustumierement appellés Bourguignons, d’autant que, selon que j'ay monstré en mon Histoire des Hommes illustres, sainct Bernard estoit natif de Bourgoigne. Vous n’avés pas gueres loin de là à l'isle de Burane qui est autant fertile que nulle autre qui avoisine nostre Venise. De la tramontane tirant au levant, vous trouvés Sainct François du Desert et puis une petite ladrerie neufve : de là une chartreuse, puis le monastère de Saincte Helene où il y a des moynes du mont Olivet. Du costé de la place de S. Marc, vous avés lisle de S. George le Grand, fort grand et beau monastere des moynes de Sainct Benoist : en après, un monastere de Sainct Serude où il y a quelques nonnains recluses, Sainct Lazare, et puis vers le midy, la ladrerie vieille, Saincte Marie des Graces, Sainct Clement et le superbe monastere du Sainct Esprit avec un temple vague et desert. Or Venise est vrayment une isle fondée sur quelques soixante isles lesquelles estoient de la juridiction des Padoüans, qui n’estoient gueres esloignées les unes des autres, separées par l’entrée que les fleuves faisoient en la mer, dans lesquelles n’y avoit que des oïseaux, si ce n’estoient quelques loges de pescheurs qui s’y retiroient le long du jour. Où peut estre se sont amusés ceux qui veulent que les premiers fondateurs de Venise soyent pescheurs. S'ils le prennent là, je le quicte, mais aussy faudra qu’ils reprennent de bien plus haut que d’Attile la source de ceste cité, laquelle estant située en un goulphe luy a baillé son nom, de sorte que ceste estressisseure que fait là la mer Adriatique est maintenant appelée du nom de Venise, comme si ceste superbe cité dedaignoit de laisser nommer la mer qui la bat de la ville d'Adrie, laquelle a esté autresfois une ville grande et ample où maintenant est le territoire de Ferrare, de laquelle il y a encores quelque peu de traces. Donques Venise est posée toute dans la gorge du goulphe de ceste mer Adria-
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tique vers l’est, regardant au nord l’isle de Grade, ayant port de Mestre à l’ouest aussi bien que les lagunes et estangs de Padoüc, et les digues naturelles et islettes qui empeschent la furie de la mer luy sont presque de tous costés et pour plaisir et defense. Elle gist à trente deux degrés trente minutes de longitude du meridien qui passe par l’isle de Canarie, et quarante quatre degrés de latitude là où le posle s’esleve, ayant son jour de quinze heures dix minutes et deux lieües de circuit en ce qui est du corps de la ville, laquelle a esté appelée Royne et Dame de la mer principalement pour les forces venitiennes qui ont commandé à toute ceste mer. De faict, trouvons nous qu’en l'année douze cens et deux, ils gaignerent l’isle de Crete qui appartenoit auparavant à l'empereur de Constantinople. Aussy sous Otthon troisiesme de ce nom, ils adjoignirent beaucoup d'isles et de cités à leur Seigneurie principalement Parence, Pole, Arbam, Coricte, Corcyre qu'on appelle maintenant Corfou : item Pharon qu'on appelle aujourd’hui Lesine et plusieurs autres cités èsquelles les pyrates avoient leur retraicte. C'estoit du tems que les bourgeois de S. Marc avoient le vent en poupe, car depuis deux cens ans en ça ou environ, ayans joùy long-tems d'une paix asseurée, peu à peu ils ont delaissé l'art militaire, s’aydans du secours des estrangers.
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Après avoir laissé Venise avec ses superbes edifices et isleaux qui l’environnent et passé par ses trois forts chasteaux, Malamote, Chioza, et ses trois ports, nous commençasmes à faire voile avec nos trois grands vaisseaux de la Seigneurie Venitienne et à tirer sur ceste mer Adriatique ou goulphe Veni-
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tien, lequel nom est commun soit à l'Océan. Tous goulphes sont destroicts au bout desquels se voit une terre continente, comme à ceux de Perse, d'Arabie, de Ferdinand Cortes, de Janaire, d'Ochelagua, de Sainct Michel à Ja mer du Sud, et autres en la mer Mediterranée, et qui sont faicts à la façon d'un arc et dans lequel ne se voit terre qui en empesche l’entrée d'iceluy. Voïla pourquoy ceux qui naviguent en cest endroit ont accoustumé de dire : nous sommes engoulphés. Quant aux ports ou havres, ce sont lieux et endroits aux rivierces des mers, serrés naturelement ou quelques fois par artifices, dans lesquels prennent entrée et mouillent l'ancre galions et navires, pour y entrer en seureté en tout terms.
Or, pour revenir à nostre route, il est question de sçavoir que le lendemain, nous eusmes le vent à souhait quelque peu de tems; mais sur la mynuit nous eusmes vent contraire et fusmes contraints amener les voiles jusques sur les dix heures du matin que se leva un petit vent de l’oüest quart de nordouest, qui nous conduisit jusques à la coste du goulphe de Trieste, et vinsmes mouiller l'ancre au cap d’Istrie auquel lieu y a bon abril pour cinquante vaisseaux, y ayant douze brasses d'eau. La ville est fort marchande. De là, costoyons terre ferme et laissons derrière nous le pays de Frioli et tant de belles rivieres qui l’arrousent; sur les huit heures au soir, fismes largue en pleine mer de peur d’estre maistrisés des vents qui sont journaliers en ces endrois là. Ayans vent assés propre, vingt quatre heures après, commençasmes à descouvrir Piran qui est une ville en laquelle y a un port et un molle. La demeure des grands vaisseaux est à trois provis loin du molle à sept ou huit brasses de fonds. Le fonds est tendre, mol et fangeux. De là, tirons à la pointe de Salvori qui n'est pas port, mais il y a bon fonds qui tient bien fort avec une traverse. Elle regarde Piran par sud-ouest qui luy est esloigné quelques deux lieües et demye. Contournans, abordons à Umago qui est à trois lieües du cap de Salvori par le nord.
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Nous y voulions mouiller l'ancre, mais à cause des grands dangers qui y sont pour quelques rochers qu’y a noyés à fleur d'eau, à une demie lieüe, et que le port n'est que pour petis vaisscaux, n y ayant que six brasses d’eau, cinglasmes à Citta Nova, esloignée d’'Umago trois lieües par nord, en laquelle y a un port pour petis vaisseaux et n’y a que quatre pieds d’eau. Après, nous trouvasmes Quiete; sa stance est du nord et y entre une lieüe : mais les barques peuvent y entrer trois lieües. Les grands vaisseaux se mettent du costé du nord ou bien du sud en huit ou dix brasses de fonds. De là, jusques à Villeneuve y a deux lieües et demie. De Quiete à Parense, trois lieües et demie, mais faut aller de large une lieue pour regarder Vescolique qui est une seche dessous l’eau.
Parense est une belle ville où y a un evesché, esloignée de Venise quelques trente lieües et qui a bon port. Il y a trois escueils, le premier desquels est nommé la Sene, l’autre de S. Nicolas qui est le grand, le troisiesme est le petit escueil des Fourches. Faut se garder d’entrer entre ces deux escueils, quoique l'on puisse entrer aussy avec petis vaisseaux entre l'escueil S. Nicolas et le port en venant de l’est, et si on entre avec un grand vaisseau entre l'escueil de la Sene et les Fourches, faut faire honneur à la pointe de l'escueil de Sainct Nicolas, car elle est seiche. De Parense à Orsere y a deux lieües. Il faut aller entre Parense et Orsere par mesure, car il y a beaucoup d’escueils qu'on appelle Saincte Felicitade et autres aussy. On y va dedans avec petis vaisseaux, mais les grands navires passent dehors. Il y a une seche à une lieüe d’Orsere par ouest. D’Orsere à la bouche de Lime, on compte un mille. On va six lieües par un canal à la montaigne. Le lieu est estroit, mais à l'entrée y a bonne stanse du côté d’est et sy y a de fonds de buit à dix brasses d’eau. De Lime à Figarole y a une lieüe. Figarole est un bon port auquel y a un grand escueil, y a de six à sept brasses de fonds, et se donnent les provis à l’escueil et les ancres au port. On y peut entrer de tous costés. Et de
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Figarole à Rovigne y a une lieue. Rovigne est une ville en laquelle y a port et fonds de cinq à six brasses. Il y a un grand escueil emmy la ville, lequel faict faire le port. De là, jusques à Sainct André y a une lieüe. S. André est un port auquel il faut entrer entre deux escueils, en cinq brasses. Donne les provis à l'eglise, puis ÿras du costé que tu voudras, car partout y a bon lieu pour ancrer, autant dedans comme dehors. De S. André à Doseror, par canal, deux lieües. Doseror sont deux escueils auxquels on peut demeurer par tous vents. I] y a cinq ou six brasses de fonds. Il y a deux petits escueils ; entre l’un et l’autre, est sec. Tu donneras les provis aux escueils et les ancres devers terre ferme. Au dehors y à une seche à une lieüe loin, qui regarde les escueils à nord est et sud oüest, et là partout est bon pour ancrer. De Doseror à la Fayane, quatre lieües. Il fait assés bon mouiller l'ancre là, car Abreon et Greoni qui sont deux isles et beaucoup d'autres escueils luy font port et une seche qui paroïst toute sur l’eau, en laquelle a beaucoup d'escueils. De là, à trois lietes en mer, y a vinet brasses de fonds et partout bon lieu pour ancrer par la traverse, les ancres par la pointe de Salbode jusques à Polle: et aux Polmontoires, le lieu est commode pour ancrer de quatre à cinq lieües en mer, commençant de huit brasses jusques à vingtcinq de fonds. De la Fayane à Marcodene y a une petite lieüe où au nord est y a une isle pleine, maison peut passer entre l'isle et terre ferme avec les petites barques. Au fonds du port y à d’eau douce. Du port à Polle y a par mer une lieüe. A l’est de Polle y a un cap nommé Brancorse, lequel est hault roché et plein de bois. Sur le cap, le lieu est bon pour ancrer, le fonds sablonneux de quinze à vingt brasses d’eau. Sur le cap, à un mille par droiture, y a une tour à l'est qu’on appelie la tour de Rolland, à laquelle on prend la recoignoissance de Polle. De Polle à la Polmontore y a sept lieües. À Verude entre sud et sud est, une lieüe et un tiers; par terre, n’y a que deux milles. Verude est un bon port qui a son entrée par le
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sud. Va dedans tant que tu pourras, car tu peux demourer de tout costé et donne les provis d'un costé à l'autre. Il y a deux isles au devant, mais il ne se peut passer entre deux, sinon qu'avec les barques. La recognoissance de Verude est telle : de l'oüest y à un cap à roche et gros. Son entrée est de l'est. De Brionne qui est un cap du gouffre de Polle jusques à Brancorse qui est l’autre cap de l’est, y a deux lieües par est. A la Polmontore, sept lieües ; à Verude, trois lieües ; de Verude à Olme, une licüe et un tiers; c'est un bon port, son entrée est à sud ouest. Faut donner les provis d’oüest et les ancres de l’est : et d'Olme à Olmiselle ÿ a une lieüe. Olmiselle est un port pour petis vaisseaux. La cognoissance d'iceluy est telle. Si tu viens de haute mer, ilse montre commetrois monts: l'un est de l'ouest d'Olme, l'autre est à l’est et le tiers au milieu des trois. D Olmiselle aux Polmontores,y a deux lieües. Polmontore est une isle blanche du Carniere. Entre la grande et la petite isle est tout sec, mais faut s'approcher de la grande. Aussi à la petite Polmontore y a une seche à une lieüe loin par sud-est. De Polmontore à S. Sego, trente quatre lieües par sud est ; à Nia douze lieües entre est et sud est. À Medolin, demie lieüe qui est un bon port. Son entrée est devers l'est; qui ne veut aller à Medolin, on peut demourer à une rade qui est devers nord est ; qui veut aller au port, faut qu’il aille dedans une lieüe. On se doit garder d’une seche qui est au chemin, et au contraire, s'approcher d’un escueil qui est au port. De Polmontore à Merliere qui sont deux isles, deux lieües. Dans l'isle y a un port du costé de nord est auquel on entre par nord est, mais ne faut pas aller trop avant, sinon que tu mettes l'isle d’est et ayes provis et ancres en terre ferme. Des Merheres à port Bado par nord est, trois lieües et demie. L'entrée du port Bado est devers sud est, mais faut se garder d’une seche qui est comme une pierre du costé de nord est. La cognoissance est telle : situ viens de l’est il est plus ......….. .…...... qu'aucun lieu d’ilentour et la pointe est rochée plus que le port. De
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Bado au port long de Larsa, son entrée est de nord oüest : entreras dedans et donneras les provis à la pointe de l'est et les ancres d'oüest. De Larse à Girafleur par est, treize licües. De Polmontore à Venise, entre oüest et nord oüest, quarante trois lieües. À Ancone on va quart de sud vers sud oüest. Du cap de Girafleur au cap de Carniere, entre nord et nord est, dix lieües, à Albonne par nord, sept lieües. Albonne est bon port qui va dedans un mille. Son entrée est de midy : faut donner les provis à l'est et les ancres à l’ouest. Fianone est bon port pour les vents au Carniere. De là, jusques à la Faraxine par est, trois lieües. Faraxine est un bon port pour les vents au Carniere, donnant les provis à la pointe et les ancres au Carniere et sud ouest, en vingt cinq brasses de fonds. De la Faraxine à la Riviere par nord est, trois lieues. De Riviere à S. Martin par est, une lieüe, et de S. Martin à Boccari y a huit lieües. Boccari est dans le gouffre ; il y a un port. Son entrée est de nord est et entre dedans une lieüe par est et là est le chasteau au fonds du gouffre. A la bouche du gouffre de Boccari, y a un port appelé le Port Royal où demeurent les vaisseaux du costé d'oüest. De là à Cattor, il y a trois lieües par est et de Cattor à Velhie quatre lieües à l'opposite : et de Dorni à Segna cinq lieües. Après, vous rencontrés les isles de Melade et de Zare sans entrée dans la grande riviere qui separe le pays de Morlaca d'avec celui de Croatie, Billine, Parane et autres. Or, depuis que je suis sur l'isle de Zarre tant celebrée des anciens et modernes, il est question de sçavoir que ceste isle sert d’un fort inexpugnable à l’encontre des courses et fureur du Turc. La grande isle est en un bras de mer dans lequel prennent entrée en toute seureté les grands vaisseaux. Il est capable d’une armée de six cens vaisseaux. Bien est vray que l’on y treuve beaucoup de sablons, rochiers à fleur d'eau et autres bastures qui avoisinent l’isle et là où il faut que le pilote soit accort, sage et ayant hanté le païs, s’il ne se veut perdre avec son vaisseau. Vray est qu'en cestcisle Zarienne y a quelques havres qui sont
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fort bons et hantés de marchans estrangers. La longueur de l’isle est de l’est à l'oüest, et gist en son elevation à trente quatre degrés quatorze minutes de latitude et quarante neuf de longitude. On fait estat de deux Zarres ou Jaderes. L’une est nommée la nouvelle ville, ville metropolitaine des Liburniens et Dalmatiens, laquelle gist à quarante deux degrés nulle minute de longitude, quarante trois degrés quarante cinq minutes de latitude, laquelle est si proche de terre ferme, que de l’un à l'autre y a un pont qui les conjoint ensemble, ainsi qu’il y a en l’isle de Calis en Espaigne, Negrepont et autres. On l'appelle nouvelle pour sa distance d'avec l’ancienne Zarre ou Jadere, laquelle estoit assise plus avant, sçavoir près Torrete, tirant à l'est et la coste au nord. Elle a son sein à main droite où la ville a plus de largeur. Elle fut jadis ruinée par Attile, roy des Huns et depuis reparte par les Italiens qui y envoierent des colonies et est erigée en archevesché. Et quoyque ce soit une seigneurie comme est celle de Rhagouse, si est ce qu’elle recognoit les Venitiens pour seigneurs qui l’achepterent de Ladislas, roy d'Hongrie et de Sicile. Les habitants de Zarre se glorifient et se reputent à grand heur d'avoir le corps entier de ce sainct personnage Simeon, lequel l'Evangile honore du titre de Juste, lequel receut nostre Seigneur entre ses bras au Temple, le jour que la Vierge s’y presenta, selon la coustume, et y est inhumé fort honorablement, estant son corps aussy entier que s’il n'y estoit mis que d’un jour, sans que toutes fois il ait esté embaumé. À Zarre. en l’eglise Sainct Donat, je vis un marbre fort ancien avec une inscription que jai proposée en ma Cosmographie, comme pareillement celle qui est contre une pierre quarrée qu’on voit en la mesme ville près la porte qui tire vers la terre ferme, joignant une ancienne tour qui est toute ruinée. Hors l’eglise Sainct Grisogon et autres endroits de l'isle, vous pouvez voir plusieurs belles antiquités desquelles je me deporte de parler pour eviter prolixité attendu que ailleurs desjà je les ay pro-
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posées ‘. Au terroir et juridiction de Zarre est sujette la ville d’Arbi qui estuneisle, Sebenique, Spalatie et Tragurie. La porte de Zarre qui regarde la terre ferme est bien fortifiée de ravelins et casemattes ayant trois tours et à chacune un pont levis. Non Join de ceste porte est la citadelle où se tient un capitaine au nom de la Seigneurie de Venise. Versla marine est aussi le chasteau tres-fort, bien garny en tout tems de vivres, de soldats et de munitions. Et sont changés de trois en trois ans avec le destat et camerlingue ou tresorier de la ville, les chefs et capitaines des forteresses, à cause que ceste ville est de grande consequence pour la Seigneurie, ayant un beau port et arsenal où tousiours y a quatre galeres prestes à bien faire, avec bon nombre d'autres vaisseaux. Et y sont les hommes fort bons et aimables, riches, tant à cause du traffic que pour l’abondance du bestail qu'ils nourrissent par les escueils herbus et aux islettes prochaines. Ils se vestent plus pompeusementque le reste des Esclavons, fors ceux de Raghouse et se plaisent fort à caresser les estrangers et à leur presenter de leurs biens, ayans je ne sçais quelle naifve bonté en eux, qui ne se trouve gueres en autre nation et principalement maritime. Passé qu’on a Zarre, vous voyez l'embouchure que fait le fleuve Varieche dans la mer ; autres le nomment Cherca, qui gist à quarante deux degrés vingt minutes de longitude, quarante trois degrés vingt minutes de latitude, lequel descend des montaignes d'Austriche vers le nord. Puis, on voit une pointe de terre entrant bien avant en mer, où l’abord est dangereux à cause des escueils et islettes entre lesquelles celle de S. Michel est la plus belle, s'estendant du nord est à l'ouest. Et là se fait un goulfe au bout duquel est assis un chasteau qu’on nomme la vieille Zarre, mais c’est à tort, car l’ancienne Jadere estoit au lieu mesme que je vous ay cy devant dict. Le plat pays est beau, gras et fertil aux vallées et surtout en bon froment qui croist par les collines,