‹ Le voyage de la Terre Sainte composéChapitre 50 sur 65 · JO · texte numérisé non relu

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ISLE DE CORTOU 267

rice de Bacchus. D'autres finalement l’ont baptisée du nom de Mallena. La raison sur laquelle ils ont fait pyvot m'est cachée et incogneue. Suffit que j ay adverty le liseur de la diversité des noms de peur qu'il ne se mesprenne. Je lairray la source que Thucydide baïlle aux Corfiots, lesquels il veut tirer de Corinthe ; pour eviter trop grande prolixité en laquelle je m'engoulfreroie afin de montrer qu'elle a servy de joüet de tous ceux qui luy ont commandé jusques en l’année treize cens quatre vingts et deux que ces insulaires, se voyans exposés à l’injure de tout le monde, se donnerent aux Venitiens qui, alliés de l’empereur grec Emmanuel sur lequel Roger Normand et roy de Sicile l’avoit empietée avec les villes de Corinthe et de Thebes et l'isle de Negrepont, l’osterent à Roger et y restablirent l'empereur. Depuis, les Corfiots voyans les honestes deportemens de la Seigneurie venitienne et s'apercevans du peu de support qu'ils pouvoient esperer des empereurs Grecs, ils se resignerent eux et leur isle entre les mains de leurs defenseurs ordinaires. Or, ceste isle est esloignée de terre ferme vers le Chaonie quelques sept lieües au envirron, et estendant sa longueur de l’est à l'ouest regarde le cap d'Otrante en Italie duquel elle ne sçauroit estre esloignée plus de dix huit ou vingt lieües. Elle est beaucoup plus longue que large, estant faicte comme la forme d’une demie lune ou demy cercle ayant trois cornes, asçavoir celle pointe qui regarde l’orient qui s'appelle pointe ou cap de Leuchinne près laquelle et en la mesme assiette dedans le goulphe, on voit une autre pointe nommée Cap blanc. La seconde regarde le nord et s'appelle de Saincte Catherine, en laquelle on voit le port de Cassope retenant encore le nom d’une ancienne cité qui a esté là bastie, la troisiesme est au milieu de l’isle et s'appelle S. Sidere, en laquelle est assise la cité et forteresse principale de Corfou, non loin de laquelle est la pointe de Sainct Nicolas ayant à son opposite l'isle de Sainct et celle de Candiconissi. Elle a quelques soixante lieües de circuit, ayant l'Epyre au nord duquel est esloignée vers

Butrinte quelque quart de lieüe sans plus; mais aux autres lieux, elle en est esloignée de trois ou quatre lieües. Au levant luy est la Grece, au sud l'isle de Cephalonie et l’Italie à l’oüest. Elle est en sa plus haute elevation à quarante six degrés trente minutes de longitude, trente huit degrés quarante minutes de latitude, posée au milieu du quatriesme climat, dixiesme parallèle, ayant son plus long jour de quatorze heures et demie. La longueur de ceste isle est prinse dès la pointe de Leuchinne jusqu’à celle du port de Cassope qui est du sud au nord, s’estendant cinquante quatre milles d'Italie, là où sa largeur est considerée de l'est à l’oüest, depuis le chasteau Sainct Ange qui est une des belles, furieuses et merveilleuses forteresses du monde, assis sur le bord de la mer, du costé d’oùüest jusqu'à la cité principale de l’isle, laquelle est aussi un fort inexpugnable comme les Turcs l’ont essayé toutes les fois qu’ils se sont mis en devoir eteffort de l’assieger; et contient ceste largeur quelques vingt quatre milles d'Italie et de circuit non gueres plus de quatre vingts milles, quoyque jadis aucuns luy ayent attribué trois cens milles. L'isle est fort plaisante, belle et fertile en plusieurs fruits, huiles, vins tresbons et delicieux, miel et cire abondamment, mais peu de grains, de sorte qu'il faut qu'ils se fournissent ou en Sicile ou en Levant. Elle est divisée en quatre quartiers que les Venitiens appellent Balies, Regimens ou Baillages ; le premier desquels qui regarde le Levant est celuy de Luchinne; à l'oüest est celuy de Laghiro, le troisiesme est celuy du milieu. Le premier porte le nom et titre de Loroa. Et quoyque lisle soit partie en quatre, si est ce que son revenu ne va qu’à trois parties, en tant que l’archevesque et chanoines qui ne sont que douze de nombre en l’eglise metropolitaine, emportent le revenu premis. Aux barons du pays appartient la seconde partie (qui toutesfois est tombée pour la pluspart entre les mains de la Seigneurie de Venise); le peuple joüit du reste. Vers la part australe, l’isle de Corfou est montueuse et le pays raboteux ; aussi il y a plus de fleuves et ruisseaux qu’aux

autres endroits, tels que Pinize, Mesongi, Euripe et Potami auquel on a donné le nom commun en lieu du propre. Vers le sud, elle est plaine et sans rien qui la faict aboutir, sauf qu'il y a une montaigne qui entre en la mer au sommet de laquelle est assis Castelnovo où au bas est Castel Vecchio et au pied du mont est la cité de Corfou, laquelle enclost le mont et les deux chasteaux. Ceste ville est toute bastie dans la mer depuis que les Venitiens ont veu que les Turcs ont mis si grand peine à l'avoir à cause de sa forteresse. Car ils y ont faict bastir deux forts chasteaux chascun sur un rocher, qui battent toute la campaigne marine, la ville estant au bas, forte et bien flanquée à present à cause du port, lequel est aussi regardé de tous costés par lesdites deux forteresses, lesquelles maintenant servent d’eschauguette pour de loin donner sur cap au Turc s'il prenoit envie de friser la queüe auprès de ceste isle, comme il faisoit avant que la Seigneurie de Sainct Marc eust fait dresser ces deux beaux chasteaux. Auparavant, je me suis laissé dire qu'il y avoit eu une forteresse qu'un duc d’Albanie, nommé Arnulphe y avoit faict bastir, en l’an de salut huit cens quatre vingts et deux, du tems que les Sarrazins bruslerent tout le païs de Dalmatie. Mais ce n'estoit rien auprès de ces deux chasteaux, lesquels il est impossible d’assieger et empeschent qu'on ne puisse approcher de la ville. Ceste ville gist à quarante cinq degrés quarante minutes de longitude, quarante sept degrés trente cinq minutes de latitude, laquelle on peust cognoistre par les moyens que jay deduits en ma Cosmographie estre le vray rempart de la chrestienté, de telle sorte que si le Turc pouvoit mordre dessus, la chrestienté seroit bien esbranlée. Elle est metropolitaine de l’isle et autres adjacentes sur lesquelles les Venitiens ont commandement et est honorée du titre d’archevesché. Il y a une autre ville en cette isle qui se nommoit, le tems passé, Ptichée ou Amphipegum promontorium; maintenant elle est appellée Palopoli ou Pagiopoli ; on n’y voit que les fondemens fort grands parmy des ronces et haliers et gist à

quarante cinq degrés trente minutes de longitude, trente sept degrés quarante minutes de latitude, entre laquelle et celle de Corphou est à present un lac d'eau douce qui peut contenir quelque demie lieue de large ou environ, et se descharge en mer du costé de Corphou par un petit fleuve qui en sort. En ce mesme lieu de Pagiopoli, on voit une merveilleuse source d’eau laquelle est fort delicate au goust et plus saine qu'autre eau qu'on sçache, ce qui est merveilleux. Encore est que non loin de là sont les salines les plus belles de tout le pays, desquelles les citoyens tirent le sel et en payent la gabelle à la Seigneurie de Venise. Mais sur le destroit du goulphe de ce promontoire de Pagiopoli, près le lieu dict Necro Talassi, vous voyés un petit goulphe dans lequel y a un vivier et comme une grande serne de poissons, les meilleurs et les plus savoureux de la mer Mediterranée et, en outre, durant l’hyver, le gibier et oiseaux de rivieres y foisonnent pour le passe tems de la noblesse. Quant au port de la cité de Corfou, il est fort grand et capable d’une grande quantité de vaisseaux et outre cestuy, ceste isle est fort portueuse ayant les ports de Cassope, celuy de Sainct Sidere regardant le nord, le port de Timon à l'ouest, le port Suni, le port Spile en la bouche du fleuve de mesme nom, puis le port Euripe ainsi appellé de la riviere Euripe qui entre en mer en cest endroit. Surtout est bien muny celuy de la ville de Corphou qui jamais n'est depourveu d’'armement de trois ou quatre galeres pour faire la voltige autour de ceste isle. En la ville de Corphou et autres lieux de lisle, la plus part des marchans sont juifs qui trafiquent de toutes parts; mais dans les forts n'y entre personne que les chrestiens Latins, d'autant qu’il ne se faict pas guieres bon fier au Grec ny au Juif. Le peuple est icy beaucoup plus simple et bonace que ne sont les Candiots et ne sont si farrouches aux estrangiers. On y parle grec, mais fort corrompu à cause du meslange de diverses langages qui se fourrent parmy eux. J’ay observé en ceste coste voisine de Corphou qu'il y a grande rareté de

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