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Le voyage de M. Dumollet

Pour un charmant jeune homme, — certes, en cette belle année 18.., monsieur Narcisse Dumollet était un charmant jeune homme ! Et cela, malgré ses trente neuf printemps et ses quarante automnes.

Le Voyage de M. Dumollel.

Celle collection de printemps et d'automnes n'est pas portée si facilement par tout un chacun ; les uns blanchissent, les autres, dès leur majorité, arborent des crânes à faire rêver les professeurs de billard ; monsieur Narcisse Dumollet était resté tel qu'à l'âge tendre de 18 ans, un très charmant jeune homme.

On pouvait le trouver un peu gros, un peu joufflu, mais il tenait cela de naissance ; venu au monde bien perlant, il avait tenu à rester bien portant ; il n'était ni gris, ni blanc, ni chauve, vu que. presque de naissance encore et par coquetterie, il porlait perruque, une perruque artistique due au talent

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d'un illustre perruquier de l'ancien régime, qui vous perruquail les hommes non pas n'importe comment, au hasard de l'inspiration ou suivant les caprices de la mode,mais bien d'après les caractères et les âmes ; aussi l'illustre perruquier observateur, ayant deviné chez Dumollet une âme candide et guillerette, avait orné le front de son client d'une perruque candide et guillerette.

Du reste, disons le tout de suite pour la postérité anxieuse de connaître les traits de Narcisse Dumollet, il doit exister quelque part dans les greniers du Louvre, un portrait de ce grand homme, dû au magistral pinceau de Jean-Baptiste Pinxit, élève de David, prix de Rome en 18H, l'année de la comète ; si le grand Pinxit consentit, en 1815, à interrompre une mort d'Epaminondas pour entreprendre, la rage au cœur, la reproduction des traits peu classiques de monsieur Dumollet , moyennant

soixante francs plus douze francs de couleurs, ce fut parce que les guerriers grecs et romains commençaient à se sentir sérieusement atteints par le marasme et qu'ils communiquaient ce marasme aux finances de l'artiste.

Bien des fois pendant la confection du portrait de notre héros, le grand Pinxit eut la coupable tentation de saisir un des glaives romains accrochés aux murailles de son atelier pour en percer le sein de l'innocent Dumollet; mais il résista, les soixante francs n'étant pas paj'és d'avance.

Au doux mois de mai 18..., monsieur Dumollet, malgré ses trente neuf printemps, malgré son poétique prénom de Narcisse, était encore célibataire, mais il ne l'était plus pour longtemps.

A plusieurs reprises déjà, sa main avait été sollicitée par des demoiselles ou

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