‹ Le voyage de M. DumolletChapitre 15 sur 37 · PAR · texte numérisé non relu

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Ici le Jocrisse s'arrêta et interrogea la Colombine, madame Turpinski.

— C'est Monsieur qui fait le nègre, quel nom meltrai-je sur l'affiche ?

— C'est vrai, fit madame Turpinski, comment vous appelezvous ?

— Moi, dit Dumollet effrayé, mettre mon nom sur l'affiche ?

— Dites-nous voire

nom, nous le traduirons en nègre ; votre prédécesseur s'appelait tout simplement Nicolas et nous l'avons baptisé Carcassou.

— Je m'appelle Narcisse, répondit Dumollet désireux de garder l'incognito.

— Mauvais pour un nègre, nous vous appellerons... Mokodingo, c'est beaucoup plus sauvage.

nnAMBRES A COUCHER DES ARTISTES

— Allons-y, dit le Jocrisse.

Par MOKODINGO

Nègro sauvage et anthropophage qui se nourrit de lapins vivants

— Et à propos, dit madame Turpinski en s'inlerrompant enlre deux reprises, et les appointements? Nous n'avons pas réglé la question des appointements de M. Narcisse.

— C'est vrai, rugit le gros Hercule en tirant l'aiguille.

— Je n'en demande pas, fit Dumollet, je reste avec vous pour quelques jours... en amateur...

— Nous ne pouvons pas accepter ça ! Réglons tout de suite... Que pensezvous d'une cinquantaine de francs par mois ?

— C'est trop, Madame !

— Non, Monsieur, ce n'est que juste! Donc, voilà qui est entendu, vous restez avec nous, ainsi que Coqueluchon, et vous nous donnez cinquante francs par mois.

— Comment, c'est moi qui vous les donne? s'écria Dumollet.

— Mais sans doute !... Comme indemnité ! Vous avez détruit notre magnifique serpent à sonnettes, notre instrument de travail, il est juste que vous nous serviez des dommages-intérêts ! Je ne vous demande même rien pour les leçons d'art dramatique que nous allons vous donner et qui feront de vous

un homme moins bête en société que le reste des bourgeois !

Lorsque, dans le silence de la nuit, on entendit au loin le clocher de Dreux sonner le couvrefeu, madame Turpinski emballa soigneusement son ouvrage.

— Allons, mes enfants, voilà l'heure de dormir, dit-elle; demain au petit jour tout le monde debout pour nos derniers préparatifs, et, à neuf heures, entrée solennelle dans la ville ! Voyons, oîi allons-nous ranger M. Narcisse?

— Dans l'ancien lit de Carcassou, naturellement, dit le gros Turpinski ; j'ai logé ailleurs

la chienne Zelma et ses quatre petits... ils ont réclamé, mais je leur ai expliqué que c'était pour un artiste à deux pattes.

Travail à l'aiguille par le célèbre Turpinski.

Dumollet n'avait jamais vu l'intérieur d'une de ces maisons roulantes avec lesquelles les saltimbanques, plus intelligents que le reste des citoyens, courent le monde si commodément, au gré de leur caprice, à travers monts et vallées, sans voisins ennuyeux, ni entraves d'aucune sorte. Il ne se doutait aucunement de la quantité de meubles et d'objets quelconques et biscornus contenus dans ces logis ambulants, ni du nombre d'habitants qui trouvaient là leur case et leur lit. M. Turpinski, son patron, l'introduisit dans la plus petite des voitures, divisée en trois compartiments : un magasin qui pouvait sersir en même temps de salon et de chambre à coucher, une armoire avec une tablette en haut servant également de chambre à coucher, et une cuisine. L'Hercule maigre et le Jocrisse couchaient dans le salon; leur lit était

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