NE ME FAITES PAS DE MAL ! CRIA-T-ELLE
bourrasque et fouettés par une pluie torrentielle, essayant malgré le déchaînement des éléments d'atteindre Dinan.
Dumollet s'aperçut bientôt que la pluie agissait sur sa peinture, il déteignait, ses mains étaient un peu moins noires et en avant de sa figure un point blanc paraissait qui le faisait un peu loucher. C'était son nez, blanchi au bout par l'averse. Malheureusement la pluie ne suffisait pas, elle blanchissait légèrement mais n'enlevait pas toute la couleur. Dumollet n'avait plus la noirceur intense de Mokodingo, mais il était encore trop nègre. Il fallait du savon et pour avoir du savon, il fallait atteindre Dinan !
Vers dix heures du matin, la pluie cessa tout d'un coup, le ciel se dégagea,
les gros nuages filèrent rapidement vers l'est et le soleil reparut. En une demie heure Dumollet fut sec et à peu près convenable, à part la couleur, pour entrer dans la ville de Dinan, dont les clochers se profilaient à l'horizon parmi de gros bouquets d'arbres, en haut d'une colline couronnée de tours et escaladée par plusieurs files de maisons à grands pignons qui semblaient monter à l'assaut en bon ordre, des bords pittoresques de la Rance illustrée par M. de Chateaubriand, aux remparts jadis si bien défendus par le grand Du Guesclin.
C'était la dernière étape avant Saint-Malo. Dumollet sentit son cœur bondir de joie, il touchait au port. Estelle n'était plus loin.
Et il entra d'un pas allègre dans la ville, en tirant Coqueluchon fatigué par la bride. Son plan était simple, il se faufilait dans les petites rues pour ne pas se faire remarquer, cherchait un épicier, achetait du savon et de la potasse, allait à l'auberge, se débarbouillait, dînait et repartait dans l'aprèsmidi pour Saint-Malo.
Maintenant il se croyait à l'abri de tout péril et certain d'arriver. Encore quatre petites lieues à parcourir et il se jetait aux pieds d'Estelle !
AnillVEi; A [llNAN
HeliQo- Dujardin
En état de Vag'abondag^e.
Dumollet apprend
avec stupeur qu'il a été gelé
à la Bérésina !