‹ Le voyage de M. DumolletChapitre 29 sur 37 · LS MARIAGE DU MAMELCCK · texte numérisé non relu

LS MARIAGE DU MAMELCCK

Saint-Malo ! Le tambour-major Zéphyrin Montauciel à l'honneur de vous faire part de son mariage avec mademoiselle Estelle Valsuzon.

Quand on fat hors de la ville, le colonel ayant commandé : « arme à volonté »,les soldats marchèrent à leur fantaisie sur les deux côtés de la route, en chantant les vieilles chansons de marche.

Le tambour-major mit sa canne sous son bras et prit le bras de son ami pour causer.

— Mon vieux Mahomet, je ne t'ai pas glissé tout à l'heure, vu la délicatesse de la chose, la confidence de certains projets agréables, mais tu sais que je compte sur toi.

— Sur moi ? fit Dumollet étonné.

— Tu sais ce que j'ai été pour toi ?

— Quand j'étais gelé à la Bérésina ?

— Non avant la gelée, à Marseille !

— A. Marseille. Quoi donc ?

— Oui, c'est vrai, j'oubliais le morceau de cervelle gelé à la Bérésina.... j'ai été ton garçon d'honneur, tu sais bien, quand tu as épousé Madame Mahomet !

Eh bien, mon ami, j'ai été le tien, je veux que lu sois le mien, nom d'une botte! Je vais me marier à Saint-Malo, une demoiselle charmante je ne te dis que ça, bon parti, physique aimable....

Dumollet allait dire moi aussi, mais il se retint à cause de sa veuve.

— Oui, mon cher Mahomet! Quand nous étions en garnison à Saint-Brieuc, j'ai été quelquefois chez des amis à Saint-Malo, j'ai été présenté à la demoiselle, j'ai plu, naturellement, elle m'a plu idem et maintenant que nous allons tenir garnison à Saint-Malo, je vole avec elle au pied des autels, comme dit la romance 1

Les quatre lieues entre Dinan et Saint-Malo se firent très tranquillement, Dumollet sentait à chaque pas qu'il faisait en avant, son cœur se dilater de joie. Enfin, ses malheurs étaient terminés, il approchait du terme de son

COQUEl.UCnON AMI DES SAPEUltS

voyage, encore quelques quarts d'heure de roule et il allait pouvoir se jeter aux pieds d'Estelle !

Plus de périls maintenant! Quels dangers pouvaient l'atteindre au milieu de l'armée française, dans les rangs d'un superbe bataillon de grenadiers, à côté de ce brave Zéphyrin Montauciel qui le prenait pour un vieil ami ! Seul Coqueluchon se faisait un peu tirer l'oreille; comme Dumollet marchait en avant avec son ami, un sapeur l'avait tranquillement enfourché.

Zéphyrin parlait beaucoup, il racontait un tas d'événements passés auxquels Mahomet, le timbalier des Mamelucks, avait été mêlé : batailles, charges de

Le Voyage de M. Dnuiollel.

cavalerie, escalades, sacs de ville, maraudes, clc. etc. car c'avait été un homme terrible que ce Mahomet, avant la Bé résina, bien entendu !

DumoUet sentait tous les crins de sa perruque se hérisser d'effroi au récit des hauts faits que le brave major lui attribuait, à lui,

homme tranquille par vocation ! trentecinq batailles rangées! Cinquante menus combats! dix-huit sièges! douze prises d'assaut avec pillage et tout ce qui s'ensuit!... le major trouva le moyen de lui raconter tout cela en

quatre petites lieues, avec des quantités de détails aussi terrifiants que cir-

^'^L'OTHECA

constanciés sur la part que Dumollet y avait prise en qualité de Mameluck.

En avait-il vu, ce MahoiU'it, des Pyramides àliBérésina, et surtout en avait-il fait 1 ! !

Dumollet frissonnant, baissait la tète; il ne se souvenait pas, il l'avouait humblement. Les sapeurs pensaient que c'était modestie pure et le contemplaient avec admiration du fond de leurs bonnets à poils, les tambours se taisaient ébahis, quant à Zéphyrin Montauciel, il mettait cet étonnant défaut de mémoire sur le compte de la cervelle si malencontreusement gelée sur les bords de la terrible Bérésina.

Peu à peu les derniers rubans de chemin s'achevèrent, le régiment avec

MADAME MAHOMET, CAMIMEllE

Dumollet toujours à sa tête, ondula parmi les arbres sur les hauteurs de Saint-Servan, et les tours de Saint-Malo apparurent à peu de distance, rattachées à la terre ferme par une étroite bande de sable jaune hérissée de moulins à vent et semée de rochers sur lesquels les lames de la mer bleue déferlaient doucement et mollement sous le beau soleil, avec une grâce toute méditerranéenne.

Dumollet monta sur un bloc et salua dans un transport de joie le pays d'Estelle.

Ouf! Enfin! Merci, mon Dieu!!! Il était arrivé, plus de périls, plus d'aventures !

Sur un signe du colonel, Zéphyrin Montauciel brandit sa canne, les sapeurs reprirent leur gravité, les tapins firent entendre un rrra-fla énergique et le

Le Voyage de M. Dumollcl

régiment reforma les rangs pour faire une entrée solennelle dans sa nouvelle garnison.

Aux premières maisons, Dumollet très astucieux, chercha à s'éclipser pour courir se débarasser de la peinture noire des Turpinski, mais son ami le tambour major ne l'entendait pas ainsi.

— A la caserne, lui dit-il en le faisant marcher en avant, je suis libre tout de suite et je t'emmène.

Dumollet campé sur Coqueluchon devant la porte du château d'Anne de

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