‹ Le voyage de M. DumolletChapitre 4 sur 37 · DEUXIEME OMELETTE DE VOYAGELP.S · texte numérisé non relu

DEUXIEME OMELETTE DE VOYAGELP.S

linge, la miniature d'Estelle, un parapluie et un pistolet. Bien entendu, par crainte des accidents, pas de poudre ni de balles.

Ses amis, très émus, lui firent un bout de conduite jusqu'à Passy et naturellement déjeunèrent longuement et confortablement a^ec lui avant de franchir la barrière.

Le moment de la séparation approchait, déjà les arbres de la vraie campagne verdoyaient par de là les dernières maisons, Dumollet et Coqueluchon sentaient l'émotion se glisser dans leurs cœurs. Coqueluchon aspirait joyeusement l'air, Dumollet pour se donner du courage regardait la miniature d'Estelle.

Son vaillant ami Ducroquet, commis en nouveautés plein d'avenir, faisait siffler sa badine et sonner fièrement ses éperons, pour insuffler à l'àme de Dumollet un peu de celle fermeté qui lui manquait.

— .■Mlons, bon courage et bonne chance, clamait-il en abattant avec sa canne une botte de coquelicots, et revenez-nous bientôt avec la charmante madame Dumollet !

— Et avec Coqueluchon ! dit monsieur Florival.

La barrière était franchie. Dumollet arrêta Coqueluchon pour distribuer des poignées de main à ses amis.

— Allons, Messieurs, dit Ducroquet, poète à ses heures, le couplet d'adieu improvisé en l'honneur de notre ami...

en chœur, Messieurs !

Bon voyage, cher Dumollet, A Saint-JIalo débarquez sans naufrage,

Bon voyage, cher Dumollet, Graissez vos bottes et montez à bauJet!

Juste à ce moment, l'énorme diligence dédaignée par Dumollet, un vrai mastodonte de voiture, lourde, épaisse, ventrue, peinte en jaune, avec une haute bâche de cuir gonflée de malles en haut, des voyageurs à toutes les fenêtres, des voyageurs partout, sur l'impériale et jusque sous la bâche, avec son conducteur armé d'un grand fouet, avec son postillon à petite

BÉJEUNER d'adieu

veste, les jambes perdues dans d'énormes bottes, fit trembler le pavé du roi, en route pour Saint-Malo avec ses seize dégringolades en perspective. C'était l'ennemi, Dumollet rangea vivement son âne.

Le postillon fit claquer son fouet, le conducteur emboucha sa trompette et les voyageurs ricanants entonnèrent avec une ironie évidemment malveillante la chanson des amis de Dumollet.

Bon voyage, Monsieur Dumollet.

Le brave Dumollet se contenta de les regarder tous avec commisération ; il

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