ESPÉRANCES. — LE DEVOIR DU SANG. — REPTILES
A bord du Taijgête, le 27 avril 1892.
Ma chère maman,
Eh bien! nous voilà donc partis, et la fameuse expédition qui devait se tourner en queue de poisson commence sous de très heureux auspices. Jusqu'à présent la traversée est excellente et personne n'est malade, sauf un ou deux tirailleurs, qui ont eu un peu mal aux cheveux après le temps qu'ils ont passé à Marseille. Nous avons, tous, été très émus, au départ, moi surtout, et je vous assure que le premier quart d'heure a été un des plus désagréables que j"aie jamais passés. Mais maintenant l'espérance est revenue et je suis fermement décidé à marcher et surtoutà réussir. Nous partons, tous, confiants dans le succès et enchantés d'avoir à faire quelque chose de beau, de grand, et qui peut être utile à la France et à l'Humanité!
Du jour où j'ai décidé de partir et où j'ai été convaincu que ce voyage était dans mon existence comme un but sérieux qui révolutionnerait ma vie tout entière ; du jour surtout où vous avez si noblement compris le projet et m'avez donné les moyens de l'exécuter, je n'ai jamais varié et n'ai eu qu'une idée : celle de réussir. J'ai trouvé là un vrai moyen de prouver que je n'étais pas dégénéré et que je pouvais encore montrer ([ue je suis vraiment le descendant d'une race où il n'y a que des homme.^
braves et dignes de leur nom, et dont vous avez encore vous-même relevé Téclat, après la mort prématurée de mon pauvre père!
J'espère que tous les serpents cpii parlent contre nousvoni jiouvoir se taire et ne plus dire que vous m'envoyez me faire tuer là-bas. On sait bien que, seul, j'ai aouIu partir, et que vous n'avez fait que m'en procurer les moyens.