Acte IY
Armand. — Laquelle 1
Daniel. — Je me suis laissé glisser .... exprès ! dans une petite crevasse .... pas méchante.
Armand. — Exprès 1
Daniel. — Vous ne comprenez pas 1 Donner à un car- 5 rossier l'occasion de sauver son semblable, sans danger pour lui, c'est un coup de maître ! Aussi, depuis ce jour, je suis sa joie, son triomphe, son fait d'armes ! Dès que je parais, sa figure s'épanouit, son estomac se gonfle, il lui pousse des plumes de paon dans sa redingote .... Je le tiens ! 10 comme la vanité tient l'homme .... Quand il se refroidit, je le ranime, je le souffle. ... je l'imprime dans le journal .... à trois francs la ligne !
Armand. — Ah bah ! c'est vous 1
Daniel. — Parbleu! Demain je le fais peindre à l'huile 15 .... en tête-à-tête avec le mont Blanc ! J'ai demandé un tout petit mont Blanc et un immense Perrichon ! Enfin, mon ami, retenez bien ceci .... et surtout gardez-moi le secret : les hommes ne s'attachent point à nous en raison des services que nous leur rendons, mais en raison de ceux 20 qu'ils nous rendent !
Armand. — Les hommes .... c'est possible .... mais les femmes 1
Daniel. — Eh bien, les femmes. ...
Armand. — Elles comprennent la reconnaissance, elles 25 savent garder au fond du cœur le souvenir du bienfait.
Daniel. — Dieu ! la jolie phrase !
Armand. — Heureusement, madame Perrichon, ne partage pas les sentiments de son mari.
Daniel. — La mama^n est peut-être pour vous .... mais 30 j'ai pour moi l'orgueil du papa. ... du haut du Montanvert ma crevasse me protège !