‹ Le voyage de SparteChapitre 16 sur 39 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

LE CHEVAL AILÉ SUR l' A C RO -CO RINTHE

Le long de la côte, en vue de Salamine, je vais par le chemin de fer d'Eleusis à Mégare et jusqu'à Corinthe.

Des champs d'une orge médiocre, quelques chevaux épars, un bois d'oliviers, ou, comme nous dirions, un verger auprès de la mer. Seules, les montagnes dénudées, à formes pleines, sévères, gracieuses donnent sur tous les horizons la marque grecque. Leur élégance et leur dignité pourraient tout de même ennuyer, par un temps couvert. C'est un paysage peu nouveau, une route de notre Provence maritime.

La route de la Corniche devait être quelque chose d'analogue avant que les rastaquouères du monde entier nous forçassent à grouper dessus des idées communes. Ici du moins nulle architecture prétentieuse, nulle végétation exotique. Des herbes sauvages parmi des pierrailles, et, sur des terres mêlées de rose, d'immobiles petits vieux oliviers Cette mono-

tonie du sol, avec la double monotonie de la mer et des montagnes, a la beauté des espaces pleins en architecture qui laissent d'autant mieux chanter le motif principal.

Le motif principal, en Grèce, c*est toujours la lumière. Qui n'a pas vu, ce matin, le golfe .Saronique ignore ce que peut être un champ de coquelicots. Pourpre joyeuse comme les larges blessures d'un héros. Plus loin, voilà des nappes d'or. Par masses, c'est le mieux pour jouir des fleurs. Étincellement que la lumière donne aux montagnes, en même temps qu'elle opalise les eaux ! Fraîches coulées d'argent dans le bleu de la mer !

Est-ce de la joie que nous ressentons?

Nous prenons notre équilibre. Les angoisses, les tourments, les délires ont leur siège dans la nuit ; la lumière les dissipe et nous pacifie. Un chroniqueur grec du moyen âge, pour exprimer son dédain envers l'un de nos chevaliers croisés, dit qu'il était « en tout un homme passionné ». Chez nous, ce pourrait être un compliment ; ici, rien ne semble meilleur qu'un homme qui se possède.

Cette raison pourtant, chez l'Hellène, ne gêne pas l'inconscient et ces beaux imprévus qui nous viennent de notre fantaisie profonde. Depuis que je suis en Grèce, je sens ce qu'a de guindé l'hellénisme parnassien. Leconte de Lisle s'exagère l'éminente dignité du rôle de la volonté dans l'art. Il nous con-

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