UNE SOIREE SUR L EUROTAS
Quelques débris informes, pour la plupart romains, désignent seuls l'emplacement de Sparte,
Les Guides.
J'avais une lettre pour un juge du tribunal de Sparte. Je le priai de me conduire au Platanistas. Il fut perplexe et désira en conférer avec un pharmacien de la grande place. Nous tînmes conseil dans la boutique. Je leur lus ce que dit Joanne.
— En longeant l'Eurotas, si nous laissons à gauche des terrains marécageux et, à droite, le village de Psychiko, nous franchirons un canal qui forme, avec l'Eurotas et la Magoulitza, une sorte d'île triangulaire : c'est, messieurs, votre antique Platanistas.
Cependant que je les instruisais, mon hôte, debout sur une chaise, cherchait parmi ses bocaux une crème vanillée rose :
— La plus nouvelle liqueur de Paris, disait-il en remplissant trois verres.
Je le priai de me remettre quelques cachets de quinine, dont il m'avoua que toute la population se nourrissait.
Ces deux aimables Spartiates se préparaient à visiter l'Exposition de Paris. Tout en me conduisant au Platanistas, mon Joanne à la main, le magistrat me disait sa joie patriotique de voir bientôt la Vénus de Milo. Sous l'action de la crème vanillée, je crus pouvoir lui dire que nous avions aussi nos Vénus nationales, qui n'étaient pas manchotes et qu'il rencontrerait aux Folies-Bergère. Nous devînmes trois amis. Par-dessus trente canaux d'irrigation, à travers des demi-marécages, au milieu d'arbousiers et de plantes grasses, qu'ils appellent sphuro, nous descendîmes dans l'immense lit de gravier où le faible Eurotas dessine ses méandres.
Moitié s'excusant, moitié s'enorgueillissant, mes compagnons me répétaient avec le dur accent grec :
— La voilà, cette fameuse Sparte.
Puis ils vantaient les restaurants de Paris. Je leur fis voir sur l'autre rive de hauts escarpements de sable rouge.
— C'est là, messieurs, que se trouvait le tombeau de votre Ménélas.
Je cassai parmi les roseaux quelques branches de laurier-rose, mais je ne vis nager