‹ Le voyage de SparteChapitre 27 sur 39 · LE ROCHER DES APOTHÈTES · texte numérisé non relu

LE ROCHER DES APOTHÈTES

Je ne me lassais point d'errer, à l'ouest de la ville, dans les campagnes comprises entre l'Eurotas et la chaîne du Taygète. Des bosquets d'oliviers, de sycomores et de platanes, des mûriers enlacés de vignes laissent pousser dans leur ombre claire de l'orge, des maïs, tous les légumes et toutes les fleurs. A chaque pas murmurent et fraîchissent de petites rigoles, par où la neige, qui blanchit les cimes du Taygète et qui ruisselle impatiente sur tous ses flancs, vient tremper cette terre brûlante. Mais ce paradis est un cimetière. Les cyprès y commémorent le plus illustre des deuils.

Sur cette scène étroite, une race extraordinaire a donné sa représentation. Ces vallons, ces torrents et ces ruines, qui sous des flots de jeune lumière offrent les marques de l'ancienne domination, émeuvent, comme des Grecques captives dans le sérail des pachas. Ils disposent une jeune âme à recueillir ces

traditions doriennes, graves et vigoureuses, que le nouveau royaume doit s'approprier, s'il veut, comme c'est nécessaire, se purger de ses turqueries.

Si j'étais un riche Grec, je ne fonderais pas d'hôpital, ni de collège dans Athènes ; je doterais la malheureuse Sparte. Je dessinerais sur ces collines des pèlerinages civiques. J'y enverrais les jeunes Albanais venus en Grèce pour être Grecs, et je voudrais qu'ils fissent leur plus longue méditation au seuil de la brèche éclatante de Parori.

On y visite, dans les premiers escarpements du Taygète, le haut rocher des Apothètes, d'où Sparte précipitait tout enfant incapable de faire un guerrier vigoureux. C'est excellent de décourager les fausses vocations.

Sparte a prétendu diriger la reproduction de ses citoyens. Les jeunes reproducteurs étaient formés par des danses et des luttes ; puis on retardait et comprimait de plusieurs manières leurs rêves voluptueux. Les vierges s'exposaient sans voiles ; il fallait que le garçon enlevât par force la fille qu'il voulait épouser : au soir du mariage, la femme était vêtue de l'habit d'un homme, et chaque fois, ensuite, elle devait être saisie à la dérobée, par une violence furtive, tant le législateur redoutait la mollesse et la satiété. Sitôt enceinte, on entourait la jeune épouse des

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