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CHAPITRE III

PREMIÈRE VISITE A l'aCROPOLE

Je fis ma première visite au Parthénon une heure après mon débarquement dans Athènes.

Encore mal débarrassé du sel marin et de la poussière du Pirée, je me tenais sur le perron de l'hôtel et m'orientais vers l'Acropole, quand de grands cris m' étonnèrent.

Une voiture paysanne, sa roue rompue, venait de verser ; douze officieux accourus ramassaient un enfant, et sur son petit front le malheureuse serrait ses mains instantanément sanglantes. Une émotion d'horreur anéantit ma joie. Un cocher empoigna l'enfant, courut vers son fiacre, le mit sur le siège à son côté et fouetta vers quelque pharmacie ; mais la victime, qu'il tenait d'une seule main et que le sang couvrait de plus en plus, faillit à un tournant retomber. Le beau ciel me révolta. « Je vais goûter, me disais-je, un plaisir d'art, le plus grand, je crois, de ma vie ; que ne puis-je en le sa-

crifiant racheter la peine de ce faible ! » Tandis que je gravissais l'Acropole, non par la route carrossable, que je n'avais pas su trouver, mais à travers les masures des pentes et sur les vieux sentiers turcs, ma pensée, mise en mouvement par ce drame de la rue, s'en alla, je me le rappelle, vers ces enfants que la République, peu avant Platée, lapida parce que leur père proposait d'accepter les avances des Perses.

C'est peut-être puéril que je teinte avec le sang de ce petit écrasé ma première image du Parthénon, mais c'est un fait, et grâce auquel le Parthénon m'a tout de suite été une émotion vivante. Si je fus sur l'Acropole d'esprit médiocre ou peu rapide, du moins n'y ai-je pas conduit des nerfs enveloppés, protégés par la poussière des livres. Sur la haute terrasse, les Propylées franchies, dans le premier émoi d'un spectacle longuement annoncé, et quand l'harmonie des monuments avec le cercle des montagnes ébranlait en moi ces ressources de respect que nous autres, bons Celtes, nous promènerons toujours à travers les hommes et les choses, je me tournai d'instinct vers Salamine et vers Marathon pour remercier les soldats, les tueurs, qui permirent à la pensée grecque, à la perfection, d'exister. « Non seulement leur pays conserve leurs noms gravés sur des colonnes, mais, jusque dans les régions les plus loin-

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