HEBREUX
A Bible nous donne de précieux renseignements sur le voyage et les instruments employés par le peuple hébreu, pendant la longue période qui s’étend de la création du monde à la naissance de Jésus-Christ. Assurément, le plus important véhicule, celui qui a laissé le plus de souvenirs chez tous les peuples ayant adopté pour point de départ religieux les croyances juives, est l’arche de Noé. La Genèse (chapitre VI, § 13, 14, 15 et 16) nous édifie sur sa construction :
§ 13. « Dieu dit à Noé : J’ai résolu de faire périr « tous les hommes. Ils ont rempli toute la terre « d’iniquités, et je les exterminerai avec la terre. » § 14. « Faites-vous une arche de pièces de bois
« aplanies. Vous y ferez de petites chambres, et « vous l’enduirez de bitume dedans et dehors.
§ 15. « Voici la forme que vous^ lui donnerez : sa « longueur sera de trois cents coudées ; sa largeur, « de cinquante et sa hauteur, de trente.
§ 16. « Vous ferez à l’arche une fenêtre. Le « comble qui la couvrira sera haut d’une coudée et « vous mettrez la porte de l’arche au côté : vous « ferez un étage tout en bas, un au milieu, et un « troisième. »
On est à peu près certain que l’arche a véritablement existé. En effet, on sait qu’à la rentrée des Hébreux dans leur pays, au retour d’Égypte, un grand nombre d’entre eux qui avaient manifesté une certaine incrédulité aux récits que Moïse leur faisait de leur origine, purent se convaincre de visu de l’existence de nombreux monuments, ouvrages de leurs ancêtres. Tels étaient les autels dressés par les patriarches, leurs tombeaux, les ruines de Sodome et de Gomorrhe et, à Joppé, les débris de l’arche.
C’est la Bible, elle-même, qui nous apprend ce détail ; d’un autre côté, l’historien Josèphe, dans ses Antiquités, dit avec Berose et Nicolas de Damas, non pas précisément que c’est à Joppé que l’arche fut construite, car alors ils se fussent trouvés en contradiction avec la Genèse, mais à Joppé qu’elle s’arrêta. De leur temps, assurent-ils, on montrait encore ses fragments aux voyageurs incrédules, et l’on employait, comme remède efficace en toute
chose, comme dictame universel, la poussière du goudron dont elle avait été enduite.
Ajoutons en terminant sur ce point que Joppé (en phénicien, hauteur) ou Jaffo (en hébreu, beauté) aujourd’hui l’antique Jaffa a été construite avant le déluge, du moins Pomponius Mêla l’affirme-t-il:
Est Joppe ante diluvium condita.
Dans son origine, le peuple hébreu- fut des plus nomades. L’ancien Testament nous enseigne, en effet, qu’Abram, qui plus tard devait s’appeler Abraham, par l’ordre de Dieu et être la souche de la race hébraïque, naquit à Ur, en Chaldée. Par ordre de son père,Tharé, il dut le suivre accompagné de Saraï (Sarah), sa femme, et de Lot, son neveu, pour aller à Haran, dans le pays de Chanaan. Après divers séjours à Béthel et à Haï, il passa en Égypte pour revenir s’établir entre ces deux dernières villes.
Nous ne suivrons pas Abraham dans ses divers voyages, nous constaterons seulement que sa manière de voyager ainsi que celle des pasteurs antiques, ses descendants, est absolument semblable à celle des tribus arabes contemporaines. Les bagages et ballots divers étaient roulés dans la toile des tentes, ou dans les peaux servant à les dresser et ensuite chargés à dos de mule, d’âne ou de chameau.
Dans un splendide tableau représentant le renvoi d’Agar par Abraham, Horace Vernet, dont on
connaît lascrupuleuse conscience artistique, nous a représenté au fond, à gauche de sa toile, la tente du roi-pasteur dressée et abritant Sarah. La femme d’Abraham, à demi couchée sur des coffres et sur des ballots recouverts d’épaisses étoffes, allaite Isaac en regardant l’émoi de sa rivale devant le geste de renvoi du maître qui, d’une main indique l’horizon du désert, tandis que de l’autre il repousse doucement Ismaël dans les bras de sa mère.
Les costumes d’Abraham, d’Agar et de Sarah sont les mêmes, à peu de différences près, que ceux des Arabes nomades d’aujourd’hui. A l’horizon, des chameaux chargés sont entourés de troupeaux.
Les pasteurs hébreux avaient l’habitude de s’établir dans des endroits, autant que possible frais et ombreux, à proximité d’un cours d’eau et recouverts d’herbe pour permettre le pâturage des troupeaux. Dès que les ressources de leur campement semblaient épuisées, ils pliaient leurs tentes et marchaient droit devant eux jusqu’à ce qu’ils eussent trouvé un nouveau lieu de halte présentant toutes les garanties de fertilité qu’ils exigeaient.
La civilisation des peuples qui entouraient les vastes plaines de Chanaan était, ainsi qne nous rétablirons plus loin dans le cours de cet ouvrage, infiniment plus avancée qu’en Judée. La Genèse nous apprend que les Égyptiens chez lesquels Joseph, fils de Jacob, avait su se créer une haute situation politique, connaissaient les chariots dès cette époque.
Chapitre XLV. § i6.— «Aussitôt il se répandit « un grand bruit dans toute la cour du roi ; et on « dit publiquement que les frères de Joseph étaient « venus. Pharaon s’en réjouitavec toute sa maison.
§ 17. « Et il dit à Joseph qu’il donnât cet ordre à « ses frères : chargez vos ânes de blé, retournez en « Chanaan.
§ 18. « Amenez de là votre père et toute votre « famille et venez me trouver ; je vous donnerai « tous les biens de l’Égypte et vous serez nourris de « ce qu’il y a de meilleur dans cette terre.
§ 19. « Ordonnezleur aussi d’enmener de l’Égypte « des chariots traînés par des bœufs pour faire « venir leurs femmes avec leurs petits enfants et « dites leur : Amenez votre père, et hâtez-vous « de revenir le plus tôt que vous pourrez.
§ 21 . « Les enfants d’Israël firent ce qui leur avait
« été ordonné et Joseph leur fit donner des cha-
« riots, selon l’ordre qu’il en avait reçu de Pharaon, « et des vivres pour le chemin. »
Et lors des funérailles de Jacob :
Chapitre L. § 22. — «Il y eut aussi des chariots et « des cavaliers qui le suivirent et il se trouva là « une grande multitude de personnes. »
Les Israélites paraissent avoir emprunté aux Egyptiens leur manière de transporter les objets, car lors de leur fuite, l’Exode relate qu’ils chargèrent sur des chars leurs objets les plus précieux pour fuir Aménophis, le Pharaon qui les persécutait.
Un document dont l’authenticité est bien pré-
Caire, le tableau de Murillo représentant « Moïse faisant sortir l’eau du rocher, » montre au dernier plan, à droite, une foule armée entourant des chariots et des chameaux chargés de ballots, de femmes et d’enfants.
Nous sommes arrivés au moment de la construction, par les Hébreux, de l’arche d’alliance, qui renferma les tables de la loi. L’Exode, que nous avons précédemment citée, nous fournit de précieux détails sur sa forme et sur les matières dont on se servit pour l’établir. Elle était en bois de sétim et avait deux coudées et demi de long, une coudée et demie de large et une coudée et demie de hauteur; elle était couverte d’or sans alliage au dedans et au dehors, et était surmontée d’un,e couronne du même métal qui régnait tout autour. Quatre anneaux d’or, deux de chaque côté, permettaient de passer deux bâtons de sétim incrustés de métaux précieux et qui servaient à la porter. Ces bâtons, sous peine de mort, ne pouvaient être retirés des anneaux que pour être remplacés. Quatre chérubins d’or se faisant face aux quatre extrémités du couvercle, les ailes réunies en avant d’eux et se rejoignant, complétaient la décoration supérieure.
L’industrie du voyage et les moyens de transport des objets se perfectionnèrent insensiblement jusqu’au règne de Salomon, fils de David, an 2970 de la création du monde, où la puissance Israélite atteignit à son apogée. Les grands travaux effectués par ce prince pour la construction du Temple et de
son palais, contraignirent les Hébreux à s’adresser à Hiram, roi de Tyr, dont les sujets, riverains de la mer et propriétaires d’immenses forêts de cèdres, leur apportèrent un concours efficace pour le transport des matériaux nécessaires à l’édification d’un monument, dont la splendeur féerique était telle qu’elle lui valut d’être classé parmi les merveilles du monde.
Le cadre étroit que nous nous sommes imposé nous contraint à ne pas nous appesantir sur ce merveilleux édifice, nous n’avons à traiter que des moyens de transport qui furent employés par les gens de Tyr et les Juifs, pour amener leurs matériaux à pied d’œuvre.
Les routes, à cette époque, existaient peu ou point. Trente mille hommes, à raison de dix mille par mois, s’occupèrent à couper les cèdres et les sapins jugés nécessaires, sur les hauteurs du Liban. Soixante-dix mille manœuvres, entourant les fardeaux de cordes lorsqu’ils étaient impossibles à porter sur l’épaule, tramèrent les pièces de charpente et les pierres brutes jusqu’à l’emplacement de la construction, où- les ouvriers d’Hiram les taillèrent suivant les règles de l’art. On ne se servit point de chariots, affirme la Bible, si ce n’est pour transporter les métaux et les pierres précieuses qu’on employa à foison pour la décoration intérieure. Salomon avait commencé à bâtir le Temple dans la quatrième année de son règne, au second mois de l’année (que les Macédo-
niens nommaient arthemisius et les Hébreux 7jiô). La construction en dura sept ans.
Vers cette époque, le grand roi dota son armée de chariots pour transporter les bagages et équipa de nombreux chars de guerre, suivant la coutume de ses voisins. Il arma aussi une flotte à Asion- Gaber, près d’Elath, en Idumée, sur les bords de la mer Rouge et, l’ayant équipée de marins fournis par Hiram, son allié, il l’envoya à Ophir, où elle conquit quatre cent vingt talents d’or, qu’elle lui rapporta (soit trente millions de francs).
La fortune de Salomon était immense, si on la compare à l’étendue du royaume auquel il commandait. Il avait d’abord les énormes trésors amassés par son père, puis ceux dont il se faisait un revenu annuel qui s’élevait à six cent soixantesix talents d’or, sans compter les droits dont on frappait les marchandises, le tribut des gouverneurs, des princes et des rois de l’Arabie, ce qui faisait plus de cent millions de notre monnaie. Il eut, ensuite, une seconde flotte qui avait également Asion-Gaber comme port d’attache, et qui lui rapportait ces perles si estimées de l’antiquité, ces harpes et ces lyres indiennes auxquelles la Grèce devait emprunter leurs formes, ces dents d’éléphants qui fournissaient l’ivoire en telle profusion que tous les lambris de son palais en étaient incrustés ; des singes et des paons, animaux si rares que Salomon seul en possédait. Il avait enfin les dons que lui faisait volontairement le royaume et par-
ticulièrement la ville, dons si considérables de la part de cette dernière, que, d’une seule de ces offrandes, il se fit faire un char d’or sur lequel on lisait cette phrase, écrite tout en diamants :
« Je t’aime, ô ma chère Jérusalem ! »
Sa gloire se répandit si loin que la reine de Saba, qui régnait au fond de l’ Arabie-Heureuse, et qui se croyait la plus riche et la plus puissante reine du monde, le voulut voir de ses yeux. Nos lecteurs nous sauront gré de leur relater ici ce voyage somptueux, où la pompe orientale éclate dans toute sa fastueuse magnificence.
Mahomet, le prophète arabe, fondateur de la religion musulmane, dans le chapitre du Koran, intitulé la Fourmi, écrit ceci ;
« Une huppe arrive du royaume de Saba et « annonce à Salomon que Nicaulis, la reine du « Midi, a quitté ses États pour venir le visiter. « Alors, Salomon, dont l'anneau commande aux « génies, ordonne à l’un d’eux d’aller chercher à « Saba le trône de la reine, afin que la présence de « ce trône qui l’attend, lui soit une preuve que « rien n’est caché à celui à qui Dieu fit don de la « Sagesse. Lorsque la belle Nicaulis descend de « son éléphant et qu’elle est introduite dans le pa- « lais du roi, prenant pour de l’eau le pavé, qui est « de verre poli, elle découvre sa jambe et lève le « bas de sa robe de peur de se mouiller. »
Derrière l’éléphant delà reine venait une longue suite de serviteurs, conduisant des chameaux de Madian et des dromadaires d’Epha,tout chargés des offrandes destinées au prince que visitait sa royale sœur ; des parfums, des aromates, des pierres précieuses et cent vingt talents d’or (sept millions de francsj.
La reine, qui croyait éblouir, fut éblouie et, quand elle eut monté avec Salomon les six marches qui, entre deux lionceaux d’or, conduisaient au trône magnifique d’où il rendait ses jugements, elle se prosterna à ses genoux en exaltant sa puissance.
Et quand Nicaulis s’en alla comblée à son tour des présents de celui qu’elle était venue pour enrichir; quand partout, sur sa route, elle trouva le royaume * heureux et florissant, elle s’étonnait, à chaque pas, d’une si profonde paix et d’une si grande prospérité ; « car, dit le troisième livre des Rois, Israël et « Juda vivaient sans nulle crainte, chacun sous son « figuier ou sous sa vigne, depuis Dan jusqu’à Ber- « sabée. »
Sur la fin de sa vie, Salomon établit en permanence une armée considérable :
§ 26. « Et Salomon rassembla un grand nombre « de chariots et de gens de cheval ; il eut mille « quatre cents chariots, douze mille hommes de « cavalerie et il les distribua dans les villes « fortes...
§ 29. « On lui amenait un attelage de quatre che-
« vaux d’Égypte pour six cents sicles d’argent, et /< un cheval pour cent cinquante. Et tous les rois « des Hébreux et de Syrie lui vendaient aussi des « chevaux. » (Les Rois. Livre III, chapitre X.)
Le peuple hébreu, à dater de cette époque, demeura stationnaire dans ses manières de voyager, jusqu’à la chute de Jérusalem.