‹ Le voyage depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos joursChapitre 4 sur 29 · PHÉNICIENS · texte numérisé non relu

PHÉNICIENS

La Phénicie, nos lecteurs ne l’ignorent pas, était une contrée de l’Asie située sur les confins de la Syrie et de la Palestine. Elle était renfermée, au Nord et au Sud, entre les rivières Eleuthérus et Chorséus. A l’Est, s’étendaient les montagnes du Liban et à l’Ouest le littoral méditerranéen, tout déchiqueté de petits golfes, d’anses et de baies, incitait à la navigation. Cette côte, qui possédait des ports naturels très sûrs, fut rapidement mise en état et complétée, au point de vue maritime, par le peuple intelligent et apte au progrès qui habitait la Phénicie. D’un autre côté, le sol du pays étant relativement pauvre, il fallait, à tout prix, trouver des moyens d’existence au dehors. Les Phéniciens ne s'en firent point faute, puisqu’il est avéré que

dès le treizième siècle avant Jésus-Christ, ils visitaient déjà la Gaule et fondaient, sur les bords de la Méditerranée, des colonies qui devaient plus tard être prospères. Ils s’avancèrent au Nord-Ouest de l’Europe, jusqu’aux îles Cassitérides et certains historiens ont prétendu qu’ils poussèrent jusque dans la mer Baltique. Ils virent le rivage Ouest de l’Afrique, naviguèrent sur la mer Rouge où Salomon sollicita leur expérience, sur le golfe Persique et dans les mers de l’Inde. Leur plus puissante colonie fut Carthage, la rivale un instant triomphante de Rome sur la civilisation de laquelle nous reviendrons. Par leurs relations avec d’autres peuples, les Phéniciens répandirent les arts et les sciences et firent une foule de découvertes utiles ; ils excellaient dans l’arithmétique, l’astronomie, l’arrimage des navires et la géographie. La construction des galères, suivant les règles de la nautique et l’art de se diriger le jour et la nuit sur mer leur sont dûs. Lorsque Josué se jeta sur la terre de Chanaan, les Phéniciens recueillirent beaucoup de Chananéens mais se maintinrent néanmoins en bonne amitié avec les Hébreux.

Les conquêtes des Babyloniens et des Perses ébranlèrent leur nation ; Alexandre le Grand l’anéantit par la construction d’Alexandrie où affluèrent en masse les négociants de Tyr et de Sidon.

Les Phéniciens furent amenés rapidement par leurs besoins à perfectionnnerles articles de voyage.

Chez eux on remarquait de grands coffres en bois de cèdre quelquefois assez délicatement sculptés au dehors, qui leur servaient à transporter les marchandises précieuses, les étoffes ou les pierres fines. Les ballots plus communs étaient confectionnés avec des peaux d’animaux, cousues ensemble, le poil en dedans. Les livres des Hébreux parlent souvent de leurs chars de guerre et de leurs chariots traînés par des boeufs, qu’on a tout lieu de croire leur avoir été empruntés par les Babyloniens, les Mèdes et les Perses. Les petits fardeaux étaient transportés sur une sorte de brancard composé de deux pièces de bois rondes, réunies à leur milieu par une plate-forme, sur laquelle on plaçait les objets à transporter.

11 n’est, du reste, guère possible de fixer l’époque de l’invention des chars; les peuples bibliques s’en servaient et le roi Salomon, ainsi que nous l’avons dit, en possédait une certaine quantité. Les premiers de ces véhicules aussi bien Phéniciens qu’Israélites, avaient la forme d’un tombereau monté sur deux roues. Les Phrygiens montèrent les leurs sur quatre; certains autres peuples, parmi lesquels nous citerons les Scytes, en adaptèrent jusqu’à six, mais ces voitures pouvaient être considérées comme de véritables maisons roulantes dans lesquelles se réfugiaient leurs femmes et leurs enfants.

Le char le mieux établi fut sans contredit celui des Égyptiens, qui l’inventèrent probablement eux-

mêmes. Il était excessivement léger, le bout de son timon était fixé à Tessieu et le col était attaché sur le devant par une courroie en cuir. Ce véhicule n’avait pas de siège, sa partie inférieure était composée de lanières et de cordes entrelacées de façon à éviter la secousse produite par les cahots qui étaient fréquents et durs, l’essieu ne se trouvant pas sous le centre de gravité du char mais bien à son extrémité postérieure. Ces chars étaient le plus souvent dépourvus de cochers, l’usage étant de conduire soi-même. Les Grecs, ainsi qu’on le verra plus loin, surent profiter des découvertes égyptiennes.

Les Babyloniens durent à leur voisinage avec la Phénicie et aux relations continuelles qu'ils entretenaient avec ce pays, leur prompte initiation aux manières policées qui étaient coutumières chez leurs voisins. Leur grande reine Sémiramis leur en' donnait ouvertement l’exemple : n’était-elle pas née en Phénicie ?

La déesse Ceto, dont parle Pline, colitur fahulosa Ceto, et dont les historiens ont fait Derceto, était le nom que la tradition donnait à la mère inconnue de Sémiramis.

Diodore de Sicile raconte l’histoire de cette mère inconnue avec ce charme antique qui poétise la fable sans lui enlever sa sensualité.

« Il y a, dit-il, dans la Syrie, une ville nommée

Ascalon, dominant un lac grand et profond dans

lequel les poissons abondent et près duquel est

« un temple dédié à une célèbre déesse que les « Syriens appellent Derceto.

« Elle a le visage et la tête d’une femme ; tout le « reste est d’un poisson. Les savants de la nation « disent que Vénus ayant été offensée par Derceto, « lui inspira pour un jeune sacrificateur une de ces passions comme elle en inspirait à Phèdre et à Sapho. Derceto eut de lui une fille; elle -conçut 'iC de sa faute une si grande honte qu’elle fit dispa- '' raître le jeune homme, exposa l’enfant dans un « lieu désert et plein de rochers, et se jeta ellemême dans le lac où son corps fut métamorphosé « en sirène.

« Cependant la petite fille fut sauvée et nourrie « par des colombes qui venaient en grand nombre « faire leurs nids dans les rochers où elle avait été « exposée.

Un berger la recueillit et l’éleva avec autant '< d’amour que si elle eût été son enfant et la '< nomma Sémiramis , c’est-à-dire la fille des 'c colombes, v

C’est sans doute à ses gracieuses mères ailées que la fière Sémiramis, cette épouse et cette meurtrière de Ninus, qui fortifia Babylone et qui suspendit à son faîte ces magnifiques jardins qui faisaient l’admiration du monde antique, dut son goût immodéré pour les voyages. Diodore de Sicile nous raconte la pompe de ses équipages, suivant l’éléphant qui portait le palanquin décoré d’étoffes brodées d’or et enrichies de pierres précieuses, dans

lequel elle cachait sa beauté aux profanes. Arrivée au comble de la puissance, ayant soumis l’Arabie d’Égypte, une partie de l’Éthiopie, de la Lybie et toute l’Asie jusqu’à l’Indus, il lui avait fallu inventer, pour ses voyages, un costume à la fois commode et élégant, avec lequel on pût, non seulement accomplir les actes ordinaires de la vie, mais encore monter à cheval et combattre. Ce costume qui fut adopté par tous les peuples qu’elle conquit, est resté l’habillement des Orientaux jusqu’à aujourd’hui.

'i Elle était si belle, dit Valère Maxime, qu’un « jour une sédition ayant éclaté dans sa capitale, « au moment où elle était à sa toilette, elle n’eut « qu’à se montrer, demi-nue et les cheveux épars, « pour que tout aussitôt rentrât dans'i’ordre. »

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