COFFRE GREC
Gravure extraite du Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, De MM. Daremberg et Saglio.
grosses têtes polies et brillantes, répandus en assez grand nombre comme bordure de ces panneaux.
• On relate un meuble extrêmement ancien, remontant à cette époque : c’est le coffre de Kypselas datant du commencement de l’ère Olympique. Il appartenait au temple de Junon, à Olympie, et contenait une immense pièce d’étoffe que l’on offrait à la déesse pour obtenir ses bontés.
Pausanias le donne comme construit en bois de hêtre fort épais, de forme elliptique et décoré sur ses panneaux de belles scènes mythologiques dont une partie était sculptée sur bois et l’autre incrustée en or et en ivoire.
Les coffres grecs, appelés area (as-i/xa), étaient très grands ; on y pouvait tenir à deux personnes, assez commodément dans l’intérieur. Le couvercle se levait et s’abaissait au moyen de deux charnières.
Il est à présumer que ces meubles devaient parfois servir de lit, car on remarque chez quelques uns d’entre eux une tige percée de trous, analogue à celle qui soutient les fenêtres à tabatière dans les mansardes. Il serait donc à supposer qu’on devait s’en servir, de l’intérieur du coffre, pour produire un écartement destiné à laisser pénétrer l’air.
Sur un vase découvert il y a une cinquantaine d’années lors des fouilles exécutées dans les environs de Sparte, on voit, peinte fort distinctement, une scène représentant Danaë et son jeune frère Persée, au moment où un personnage, qu’on croit
être un dieu, les enferme dans un coffre semblable à ceux dont nous avons parlé, pour les jeter dans la mer.
Persée tient à la main un fruit, Danaë, le portant dans ses bras, esquisse un geste pour consoler son jeune frère, tandis que le personnage du premier plan, armé d’un trident dont il a tourné le fer de son côté, soutient avec le manche le lourd couvercle du coffre pour l’empêcher de s’abaisser. (Page 37.)
Le bahut, massivement construit, est orné d’un semis d’étoiles à sept rayons et ses quatre pieds, en forme de pattes d’animaux, s’étalent, grossièrement sculptés.
La fermeture de ces sortes de meubles se faisait au moyen d’une corde nouée d’une façon très compliquée, par un nœud appelé desmos, et dont la rosette employée de nos jours par nos marins « le nœud d’hirondelle-» donne une idée approximative. Ce n’est que plus tard qu’on les scella et qu’on y mit des serrures.
Néanmoins, et contrairement à l’assertion qui précède, il importe que nous signalions différents passages de l’Iliade et de l’Odyssée, qui donnent des détails au sujet du voyage et des instruments dont le divin Homère a dû voir se servir autour de lui. Nous supposons en ce qui nous concerne, que les continuels exodes du chantre des malheurs de Troie lui ont conseillé d’attribuer à ses héros des coutumes qu’il avait observées en pays étrangers.
car nous croyons pouvoir réitérer que les Grecs voyageaient peu ou point avant lui.
Nous voyons dans l’Iliade, chant XVI, vers 220 et suivants :
'' Achille, après avoir envoyé Patrocle et ses Myrmidons défendre les vaisseaux, entre dans sa » tente, ouvre le couvercle d’un coffre précieux, ciselé, dont Thétis avait chargé son navire, après « l’avoir rempli de tuniques, de manteaux moëlleux '< et de tapis. Il y trouve, dans un coin, une coupe où personne ne buvait, dont il ne se servait que '< pour faire des libations en l’honneur de Jupiter. » Iliade n. Vers 190. «Priam partant pour racheter le corps d’Hector, faitpréparer un char sur lequel « s’attachent des paniers. Il y fait mettre douze « voiles, douze tuniques, autant de tapis (couvertures) d’écharpes et de manteaux, dix talents d’or, « deux trépieds, des bassins, une coupe. (Vers 228). « Les fils de Priam mettent le tout dans des paniers '< qu’ils chargent sur une voiture à mules. Lui- « même reçoit une coupe des mains d’Hécube, se « fait verser de l’eau pure sur les mains, lève la « coupe et, debout au milieu de sa cour, invoque « Jupiter en lui demandant un heureux présage. « Celui-ci envoie un aigle voler à sa suite. Priam « alors monte sur un char traîné par deux che- « vaux, qu’il nourrit de ses mains et qu’il a attelés « lui-même. Devant lui marche la voiture aux « mules, que conduit le héraut Idrios. La voiture « était à quatre roues (TfT'ia>tuxr,oi;). »
Odyssée (chant VIII, vers 290). « Les Phéaciens « ont douze rois. Alcinoüs est le treizième. Chacun « d eux donne à Ulysse un voile, une tunique et « un talent d’or. Euryale, qui l’a offensé, y ajoute « un présent. Alcinoüs ajoute une coupe et Acete «fait apporter le meilleur de ses coffres auquel « s’applique un couvercle, le fait voir à Ulysse et «c lui dit de le nouer lui même de peur qu’il ne soit « volé pendant son sommeil. »
Voici un passage qui, à n’en pas douter, établit l’habitude des Hellènes de fermer les meubles de bois à l’aide du «desmos». Temps heureux où la science des Petitjean, des Haffner et des Fichet, n’empêchait point les larrons de dormir !
11 existait aussi de petits meubles portatifs, des coffrets que l’on gardait avec soi en dehors de la demeure. Les femmes y conservaient leurs parfums, des petits objets de toilette et de luxe, des épices ; les enfants, pour aller à l’école, y mettaient leurs rouleaux de papyrus et les jetons dont ils se servaient pour apprendre à compter. Ils se portaient à l’aide de petites chaînettes ou de cordes, de façon à pendre sur le côté. Les écoliers ont peu changé dans leurs façons ainsi qu’on le voit.
Les orateurs étaient souvent représentés avec ce coffret appelé capsa (xaTrua) à côté d’eux, ils y plaçaient leurs rouleaux. Presque tous les écrits anciens que nous possédons nous sont parvenus enfermés dans ces capsa. N’oublions pas non plus.
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COFFRE-FORT GREC, EN BRONZE du temps de Périolés (Dict. de Daremberg et Saglio.)
la théca dans laquelle on enfermait les livres, d’où est venu le mot bibliothèque.
La fermeture des capsa consista d’abord en une bande d’étoffe nouée solidement. Plus tard, on assura les extrémités du coffret avec de la terre glaise humide ou de la cire; enfin, dans une époque plus rapprochée de nos jours, on y appliqua un anneau à cacheter. Les Grecs cependant connurent les verrous et les serrures, car on a retrouvé des clefs dont la petitesse prouve qu’elles ne fermaient que des capsa.
On suppose que les premiers coffres avec serrure (page 43) ont dû être construits du temps de Périclès. Celui que représente la gravure était tout en bronze et les ornements que l’on voit sur sa face principale étaient ciselés en creux. La serrure affecte, à son entrée, la même forme que les dessins qui l’encadrent à droite et à gauche. Une branche de feuillage, placée au centre du panneau, forme la décoration la plus importante.
Ce coffre était d’un poids considérable et c’était sa massiveté même qui était sa principale sauvegarde contre les larrons. Il servait à renfermer l’argent et les bijoux en même temps que les étoffes précieuses et le nard, ce fameux parfum asiatique qu’on prétend avoir été versé par Marie-Madeleine sur les pieds du Sauveur.
Des coffres du même genre abritaient les objets de valeur qui constituaient le trésor des temples. Leur place était dans l’épisthodome (xiSwto;), sorte
de réduit secret pratiqué derrière le sanctuaire et où le public ne pénétrait pas ; c’était la sacristie de l’antiquité.
Dans les maisons particulières, c’était dans l’endroit le plus reculé de la maison, dans le gynécée, à côté du lit conjugal que l’on mettait le coffre (acp'|uïïio6-/iv't) où l’on déposait l’argent et ce que l’on possédait de précieux. Dans ce lieu se tenait la mère de famille avec ses filles et ses servantes, là elle recevait ses intimes amies.
Un curieux exemple nous en est resté (Page 47): sur un coffre en bois de hêtre, orné de clous alignés en rangées symétriques, une femme du temps d’Alexandre est assise en toilette de ville, ornée de sa plus belle coiffure, parée de son collier et de ses bracelets. Cette femme est certainement venue faire visite à une de ses amies, car, après avoir collationné légèrement, elle tend son assiette vide à une personne invisible.
Le coffre sur lequel la belle visiteuse s’est assise est en bois avec incrustations en fer. Il contenait tout spécialement le linge et les habits et on le tenait rangé le long du mur, où il servait tantôt de table, tantôt de banc.
Un des plus beaux coffres grecs que l’on ait conservés est celui dont nous donnons la gravure (page 51). Le meuble est ouvert et contient deux personnages, un homme et une femme, assis dans son intérieur et causant. Il est monté sur quatre pieds griffés et ornés, sur la face principale, de