‹ Le voyage des petits chinois; comédie en trois actesChapitre 3 sur 15 · LES MÊMES, LE MANDARIN · texte numérisé non relu

LES MÊMES, LE MANDARIN

Bonsoir, Liou-mia! Bonsoir, mes enfants! Je me sens en appétit ce soir, et je bénis le ciel qui avait inspiré à mon père le g-oût des voyages. Chaque fois que je prends mes repas avec vous je ne puis m'em pécher d'y penser, (il s'assied.)

LE VOYAGE DES PhTlTS CHINOIS 329

Liou-Li (lui versant du thé dans une tasse). Assez, seigneur?

Le Mandarin.

Oui, assez!

LO-LO

Pourquoi pensez-vous à cela, maintenant, mon père?

Le Mandarin.

Pourquoi, parce que si mon père n'avait pas voyagé, il aurait gardé l'habitude de tous les Chinois, il n'aurait pas mangé avec sa famille, ce qui est un usage des pays d'Europe. Vous savez bien que chez nos amis, nos parents, nos voisins, les hommes mangent seuls et que les femmes ne paraissent jamais, avec eux, à table. Moi, j'ai suivi la tradition de mon père et j'éprouve un bonheur bien doux, chaque soir, à me retrouver à table avec vous, mes enfants, et avec vous, ma sçeur, qui remplacez leur mère. •

TCHAO-LI

Votre père vous emmenait quelquefois dans ses voyages, mon père?

YOM-LING

Mais oui, quelquefois. C'était pour moi une grande joie, allez I

Fleur-de-Thé.

Vous devriez faire comme lui et nous emmener, aussi, mon père?

Le Mandarin.

Ah! nous y voilà!

Liou-Li (à part).

Voyez- vous ces enfants !

LiOU-MIA.

Fleur-de-Thé a raison, mon frère! D'ailleurs les voyages sont excellents pour la santé.

Le Mandarin.

Alors, vous voudriez venir aussi, Liou-mia? Je vois cela! Eh hien, je vais vous annoncer une nouvelle qui vous réjouira tous. On prépare en France, à Paris, une grande exposition, et...

Liou-mia.

Et?... Achevez donc vite? Vous irez peut-être?... Nous...

Le Mandarin (appuyant sur les mots).

Nous irons, oui, ma sœur. Vous, les enfants, et môme Liou-li, je vous emmènerai tous à Paris.

Liou-Li (laissant tomber une lasse qui se brise). A Paris !

Liou-MiA (se retournant.) Qu'est-ce que c'est!...

Tous (se retournant).

Eh bien, Liou-li, que fais-tu?

Liou-Li (ramassant les morceaux de l'assiette). C'est!... c'est l'émotion d'aller à Paris.

Le Mandarin.

N'es-tu pas contente, ina fille?

LiOU-LI.

Si ! si ! mais j'ai peur !

Les Enfants.

Peur! Et de quoi"*

LiOU-LI. .

Si les Français allaient nous manger

Tous (riant).

Ah î ah ! ah ! quelle idée !

Le Mandarin.

Tu es folle! (Aux enfants.) Voilà ce que c'est que l'ignorance, mes enfants. Allons, va à ton travail, les Français ne te mangeront pas, tu peux être tranquille; il ne t' arrivera rien avec nous et je le promets de te ramener en Chine. (Aux enfants.) Maintenant songez à vos préparatifs de départ. Laissez-moi, j'ai quelques affaires à régler avant de nous mettre en route. Nous partirons dans quinze jours. (Ils se lèvent tous de table).

Les enfants (embrassant leur père.) Merci, merci, papa. (Ils sautent de joie.) Quel bonheur de voir Paris!

Liou-MiA (se tâtant les jambes).

C'est extraordinaire, je ne sens plus aucune douleur. Moi, si j'étais médecin, je dirais aux malades : Pour les rhumatismes, le remède infaillible, croyez-moi, c'est le voyage! Voilà mon ordonnance!

{La toile se baisse.)

FiN DU PREMIER ACTE

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