YOU-LI
Moi, je vais réfléchir, en reg-ardant mon musée; puisque je ne peux pas tout prendre, je choisirai quelque chose qui fasse sensation à Paris.
LiOU-MIA.
C'est bien! Allez vite, enfants. (Ils sortent.)
LiOU-LI.
Voilà les robes pliées, maîtresse; mais je ne vois pas la plus belle, celle que vous mettez les jours de grande cérémonie, vous savez., celle qui a de si jolis dessins, des croissants, des lunes, des oiseaux...
LiOU-MIA.
Non, ce n'est pas la peine, je n'emporte que des robes de voyage. A Paris, nous nous habillerons à la française; moi, du moins, j'en ai une envie folle. Je ne regrette qu'une chose, c'est de ne pouvoir mettre des bottines comme les dames de Paris. (Elle avance le pied.) Avec mon pied chinois, c'est impossible.
Liou-Li (avec dédain).
Oh! les pieds des Françaises sont hideux, vraiment! Celui de maîtresse est une perle, un bijou; il est un des plus réputés de Pékin! Ah! pauvre Liou-li, si j'avais un pied comme celui-là!...
LiOU-MU.
Eh bien?
LiOU-LI.
Eh bien! maîtresse, j'aurais déjà trouvé dix maris.
LiOU-MIA.
Ah ! ah ! tu crois, ma pauvre fille ! (Se penchant vers la fenêtre.) Tiens, voici mon frère qui rentre plus tôt qu'à l'ordinaire...