XXXIV INTRODUCTION
reconnaître aux Turcs bien des qualités, au premier rang desquelles il place une vertu qu'on prétendait essentiellement chrétienne^ la charité. Lorsqu'il parle de la foi de Mahomet, il ose, lui huguenot, appeler cette foi une religion, et pour lui c'est bien Dieu que les musulmans adorent sous le nom d'Allah; quand il raconte qu'en Turquie on ne rend pas un jugement sans qu'un mufti ait prononcé quelques prières et rappelé les juges terrestres au respect du souverain Juge, il qualifie cette coutume de « santa et buona usan^a ». // peut donc y avoir quelque chose de bon, quelque chose de saint, cheT^ ces Turcs en qui les récits de Barthélémy Georgevit^j de Geufroy et de tant d'autres habituaient l'imagination populaire à voir des démons à face humaine. « Leur secte f écrira encore La Noue, est toute pleine d'impiété^ et de blasphèmes contre Dieu, et leur gouvernement la plus horrible et cruelle tyrannie qui fut oncques: estant dressée (ce semble^ plus tost pour renverser les loix, la discipline et Vhonnesteté que pour les maintenir. » Nous voilà bien loin des jugements de Canaye, esprit tout positif et pratique; et f imagine qu'à Lausanne, vers ij8y, les deux amis ne devaient pas toujours être d'accord sur ce point, car l'ancien compagnon de François de Noailles avait vu les Turcs de trop près pour croire que « leur gouvernement politique n'a que le nom, estant bien considéré y>^
Il garda en effet toute sa vie les idées nettes et solides qu'il s'était formées en face des choses elles-mêmes; et chcT^ l'ambassadeur à Venise, en 1601, on retrouve encore la trace de ces observations faites pendant la prime jeunesse. Cest bien le Canaye d'autrefois qui ose conseiller à Henri IV
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d'ouvrir la Frame aux Juifs et Marranes de Portugal, car (c il en tirer oit de la commodité etpeupleroit son royaume de plus de cinquante mille familles de gens ayseï et industrieux »*. Pas plus qu'en i^y} il ne croyait à la ruine prochaine de la Turquie, et il pensait encore qu'un changement de sultan suffirait pour relever î empire^. Moins que jamais il était désireux de voir la France suivre de très chrétiens mais peu prudents conseils, et rompre son alliance séculaire avec le Turc. Son maître de Noailles avait été plus d'une fois irrité contre les seigneurs français qui contrecarraient sa politique en se faisant maladroitement prendre, à Chypre ou ailleurs, dans les rangs des Espagnols ou des Vénitiens; Canaye n'est pas plus tendre pour le duc de Mercœur, qui avait été guerroyer en Hongrie, et voici comment, dans une lettre à M. de Brèves^, il s'exprime sur la mort de ce ligueur repenti :
« Le Grand Seigneur n'aura plus d'occasion de se plaindre de veoir des Princes de France avec ses ennemis; car quelques remonstrances que l'Empereur puisse faire à Sa Majesté, les raisons que vous me contés, Monsieur, sont si fortes et si nécessaires qu'il ne faut pas craindre que Sa Majesté se dispose à rien faire au préjudice de l'ancienne alliance qu'il a avec ledit Seigneur. »
Je dois donner, en terminant, quelques explications sur cette édition elle-même. J'avais présenté au Congrès des