‹ Le voyage du LevantChapitre 20 sur 32 · XXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXII INTRODUCTION

croisait près de Tatarba:^ardjik la route qui venait de Raguse\

Çà et là nous trouverons dans notre auteur d'autres renseignements intéressant l'histoire du commerce: sur V importance du marché d'Andrinople et sur les produits qui s y vendaient, sur les cultures des Cyclades et de la côte d'Asie, etc.

Il étudie avec soin les populations qu'il rencontre sur son passage. Il essaie de tracer les limites de la Slavonie, de la iKorlaquie; il note que. dans tel monastère, si la religion est grecque, la langue est slave; il décrit la coiffure des femmes bulgares, et les costumes qu'il a rencontrés dans les rues de Stamboul ou de Péra; il nous mène che\ le patriarche Jérémie Tranos, chei l'historien Zygomalas; il nous fait assister à un mariage hellène, à une circoncision, à un marché d'esclaves, aux fêles du Baîram, à la cérémonie du baise-main du Grand Seigneur. Il prend, chaque fois qu'il le peut, contact avec les populations, et cest un bey de Barbarie qui lui expose la façon dont Charles IX aurait pu, à la turque, éviter les guerres de religion.

Mais, avant tout, il y a déjà dans ce jeune homme un véritable politique, soucieux d'étudier le gouvernement des Turcs. Il a la chance d'arriver en Turquie à une date particulièrement intéressante, deux ans à peine après la grande déroute de Lépante; il assiste à tout le travail de reconstitution entrepris par le grand-vi^ir Mehemed Soqolly-pacha.

i. Jirecek, Die Heerstrasse von Belgrad nach C, Prag^ 1S77, îfi'S^.

INTRODUCTION xxxiii

// voit construire les vaisseaux dans r arsenal agrandi: il assiste au départ de la flotte commandée par Piali-pacha. Plus tard dans l'Adriatique, il suit de très près les mouvements de cette grosse force navale, que d'ailleurs il ne souhaite pas rencontrer : les lettres du Grand Seigneur n auraient peut-être pas été pour le navire qui le portait une sauvegarde suffisante.

Son jugement général sur l'empire turc est loin d'être défavorable. Il est très frappé de l'admirable discipline qui règne dans les troupes régulières, des immenses ressources du sultan en argent et en hommes. S'il met à son niveau, c'est-à-dire très bas, Sultan Sélim, il ne croit pas du tout à la ruine prochaine d'un empire qui est très intelligemment gouverné par des ministres de race chrétienne; il ne pense pas^ comme beaucoup de ses contemporains ^ comme son ami La Noue l'écrira une vingtaine d'années plus tardj qu'une croisade suffirait à rejeter les Turcs en Asie. On peut même se demander s'il fait des vœux bien ardents pour la réalisation d'une semblable entreprise.

Ce huguenot est entré en Turquie l'esprit singulièrement libre de préjugés. Il est plus curieux qu'irrité des « delicatei^e turchesche » qui attendent le voyageur au départ de Raguse^ et il finit par trouver que les caravansérails ont du bon. Il s indigne bien contre la a crudeltà turchesca », et ne peut comprendre des gens qui mettent leurs femmes en char tre privée et lâchent leurs bêtes fauves par les rues. Il reconnaît qu'avec quelques aspres on ferait aller un Turc au bout du fnonde, et qu'on peut acheta, en y mettant le prix, même la conscieiwe d'un vizir. Mais cela ne V empêche pas de

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