Voy. Du Cange (Hist. By\., p
mais seulement avec un marceau ils frappent sur un fer attaché à une corde1.
De là nous montâmes sur une montagne très haute et très dangereuse à cause des tourmentes de neige qui ensevelissaient hommes et chevaux ensemble ; elle marque la limite du sandjakat de Servie et le sépare de la Bosnie, où nous entrâmes à Milocevatz 2, c'est-à-dire au château du comte Milo qui tua Sultan Amurath sous son pavillon dans la plaine de Pristina, en feignant de vouloir lui baiser la main3. Et ce fut l'origine de l'usage suivi jusqu'à présent que qui veut baiser la main au Grand Seigneur est conduit par deux personnes qui lui tiennent les mains, afin que jamais plus pareil accident n'advienne. Nous arrivâmes ce jour-là à Vaast, caravansérail en plaine.
Le 27 nous eûmes une route plate et des neiges
1. Le même fait frappa vivement Belon, f° 39 : « Tant les uns que les autres [les prêtres grecs du pays vénitien et ceux du pays turc] ont un fer épais de trois doigtz, long comme le bras, et quelque peu voulté en arc, pendu à la porte de l'église, attaché à un clou, lequel rend un son presque semblable à une cloche, ayant le son clair comme un métal : et n'ont point d'autre sonnerie de cloches en la montaigne [d'Athos] que ce fer ».
2. Mileschevo, dans Kiepert, près d'Hissardjik. « Château de Mieles » dans Chesneau. Milosava dans Zeno. — Jirecek, Handehtr., p. 77.
3. D'après une tradition, Mourad Ier, vainqueur des Serbes dans la plaine de Kossovo ou de Pristina en 1389, foulait aux pieds les cadavres des vaincus; l'un d'eux, Milosch Obilitsch, se releva et le frappa d'un coup de poignard. Au contraire, selon Jean Ducas, Milosch aurait demandé une audience au sultan et l'aurait assassiné dans sa tente. C'est cette version qu'a recueillie du Fresne. Le tombeau de Milosch passe pour être à Miloschéva-Bania (Boue, t. II, p. 175), près de Vouschitrn.
très hautes et nous arrivâmes à Novibazar1, ville grande et commerçante, placée entre de hautes montagnes, mais dans un endroit de plaine assez large, où passe une eau belle et claire qui entre ensuite dans la Morava. Monsieur l'ambassadeur y resta deux jours chez M. Aloyse Gylliati, gentilhomme ragusan. Nous y éprouvâmes un froid atroce.
Le 30 à Bagno-buono, caravansérail où il y a des eaux chaudes et des restes d'anciennes églises2. Le jour suivant nous passâmes à Chuvechen, vieux château sur une montagne, et on dit que c'était autrefois une forteresse du roi de Bosnie sur les frontières de la Servie. De là à Mitrovitza, belle bourgade en plaine où il y a une abondance incroyable de fruits'. Nous passâmes l'Ibar, fleuve rapide, peu large, que quelques-uns trompés par la ressemblance des noms croient être l'Hèbre dont nous parlerons plus tard4. Celui-ci court au pied de la montagne
1. Ramberti, f» 126 : « Cioè nuovo mercato... questo è bazar assai célèbre et grande, pieno di mercatantie et di boteghe cosi de Turchi corne di christiani. Vi stanno mercatanti Rhagusei et altri ». — Zeno, p. 207 : « Novbazar è situato in campagna bella, è luogo mercantile, cbe fa un gran mercado da diverse sorti cose, che capitano da diverse bande, et è habitato da Turchi, da Christiani Serviani, da assai Ragusei et da Venetiani [en 1550]. Ha moite moschee et caravanseradi ». — Novipazar, dit Boue, t. II, p. 184, est situé « à la rencontre de dix à onze vallées », et (t. I, p. 185) « précédé par une plaine inculte ».