‹ Le voyageChapitre 13 sur 42 · AE À · texte numérisé non relu

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décorées, incrustées d'ivoire et d’or et portées par six ou huit esclaves, la poitrine ornée de plaques d’or ou d’argent poli, en forme de croissant, les bras et les jambes entourés d’anneaux du même métal. Voulait-on descendre? Un esclave apportait un petit escalier de bois recouvert d’un tapis brodé et que l’on accrochait à deux anneaux ménagés à cet effet.

Les chars couverts dont se servaient les flamines chez les Romaïns, ne différaient des autre que par la capote placée au-dessus. Quant aux véhicules qui paraissaient dans les spectacles du cirque, car, avec le temps, la mode des courses de chars était passée d’Olympia à Rome, ils étaient très légers, ouverts par derrière, le devant relevé en demi cercle presque jusqu’à hauteur d'appui. Quatre chevaux vigoureux attelés de front à un de ces chars, l’entraînaient avec une rapidité merveilleuse, qui n’était pas exempte de dangers; le mouvement des roues étant très rapide, en tournant, pour peu qu'on manquât de prendre le tour au bout de la carrière, le char heurtait la borne et volait en éclats. On se rappelle l’ode d'Horace à Mécène, dont les premiers vers constatent en quel honneur étaient, au commencement du siècle d’Auguste, les courses en chars:

Sunt quos curriculo pulverem Olympicum Collegisse juvat, metaque fervidis

Evilata rotis, polmaque nobilis

Terrarum dominos evehit ad deos.

Onse servitégalement duchar danslestriomphes.

Cet usage fut, dit-on, introduit par Tarquin l’Ancien, d’aucuns prétendent, par Romulus. Le char de triomphe était doré, haut sur roues, et de forme ronde; le triomphateur tenait lui-même les rênes des chevaux.

Les Romains avaient dix-huit espèces de chars qui avaient chacun une dénomination particulière et une différence marquée, voici leurs noms :

1° Le char simple ou carrus; 2° le char à deux chevaux nommé biga; 3° le quadrige où char à quatre chevaux; 4° le petoritum, char à quatre roues; 5° le carpentum ou char léger; 6° la rheda, qui était une variété du carpentum, tous deux à quatre roues; 7° le cisium ; 8 le birotum et 9° le synoris, qui formaient trois espèces différentes de petits chars à deux roues; 1o°le carruca, grand char en usage à la campagne; 11° le sarracum, char solide, grossièrement établi pour le transports des fardeaux pesants; 12° le planstrum, char dont on se servait aux champs, 13° l'arcina, petit char; 14° l’epichedium et 15° l’'arcera, chars couverts; 16° le covinus, char emprunté aux Celtes et qu'on munissait de faulx, quand il était employé pour la guerre; 17° le #heusa, char plat sur lequel on portait les statues des dieux; et 18° le cantherium ou cantherinum, char de forme particulière consacré à Bacchus. Aucun de ces chars n'était suspendu.

Sous les Consuls, ainsi que nous l’avons dit plus haut, les chars dont on se servait, soit pour le triomphe, soit pour les grandes cérémonies, étaient

dorés. Sous les empereurs ils étaient d’ivoire ou même d’or. On les arrosait de sang pour leur donner un aspect martial; certains guerriers, même, les ornaient des têtes ou des dépouilles des vaincus. Ne vit-on pas Turnus attacher à son char les

têtes d’'Amicus et de Diorès, ses deux frères, et

César traîner Vercingétorix derrière le sien? Pour le transport des denrées, les Romains usaient de chariots à peu près analogues à ceux

dont nos maraîchers se servent aujourd’hui. Un

curieux bas-relief, trouvé à Dijon, nous montre un chariot rectangulaire, dont la partie inférieure est en bois et la moitié supérieure construite en osier tressé, à la façon des paniers usités encore aujourd’hui en carrosserie, pour les voitures légères. Les roues sont à sent rayons et la sculpture permet de supposer qu’un brancard-flèche devait servir à la traction. Une chambrière se trouve au milieu du dessous de la voiture, placée verticalement, tandis qu’un personnage vêtu à la romaine, monté dans le véhicule a l’air d'inviter à jeter un

coup d’œil sur son étalage roulant.

Une seconde sculpture, trouvée dans la même ville, représente un chariot .attelé de deux chevaux, porteurs tous les deux, d’un collier d’attelage. La voiture a la forme d’un cuveau à lessive et est également tissée en osier. Le marchand, monté dans sa charette, mesure à l’aide d’un boisseau, les denrées qu'il a apportées, tandis qu'un second personnage s'éloigne en emportant sur son

‘épaule la marchandise qu’il vient d'acheter. Cette sculpture, en assez bon état, est surmontée de cette inscription : |

NAVTA. ARARICUS

Les Romains connurent certainement, pendant la période gallo-romaine, tout au moins, une voiture de poste assez semblable à nos omnibus. Sur un bas relief en marbre provenant d’un tombeau de Vaison et conservé au musée d'Avignon, on

remarque une voiture à quatre roues rayonnées, la

caisse est couverte et, par une portière, on aperçoit un personnage assis, tandis que sur le véhicule, une sorte d’impériale supporte plusieurs voyageurs. Le harnachement du cheval présente ceci de particulier que son collier s'élève en deux montants gracieusement recourbés en avant, dans une forme qui rappelle celle du collier de cheval russe, placé au milieu des trois bêtes d'attelage d’une troïka. Ausone (Décius Magnus Ausonius), écrivain renommé qui devint le professeur de Gratien, le fils de l’empereur Valentinien, vers 365 après J.-C., a laissé quelques récits qui sont fort est1més. Attaché à la cour, il fit à la suite de l’armée une campagne contre les Barbares de la Germanie et, au retour, il reçut pour sa part de butin une jeune captive blonde, aux yeux bleus, pour laquelle le précepteur, qui n'était plus jeune, fit bientôt des vers galants : «Captive, puis affranchie,

« dit-il, Bissuba règne sur le bonheur de celui « dont elle était la proie par le sort des armes. » À la fin de cette poésie qui, du reste, est infiniment gracieuse et délicate, il vante à sa maîtresse les délices de sa maison de campagne située près la ville de Saintes, en ajoutant qu'il est facile de s'y rendre de Bordeaux (son pays), par la voiture qui transporte les voyageurs et ce, moyennant argent.

Cette courte citation vient appuyer notre description de la voiture du tombeau de Vaison et nous paraît démontrer victorieusement qu’à l’époque de leur puissance expirante, les Romains avaient trouvé mieux que le char antique découvert, qui exposait Le voyageur à toutes les intem- péries des saisons.

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