CHAPITRE V
Le Voyage ad l’'Epoque Mérovingienne ET AU MOYEN AGE ss plus anciens écrits qu'on ait pu trou-
14 EME] ver sur cette époque, donnent comme habituelle la coutume de la litière sans
roues, que nous avons précédemment décrite, as-
semblage grossier de quelques pièces de bois, sur lesquelles on transportait les enfants et les vivres. Les Francs envahissant la Gaule, les Goths fuyant devant l'invasion romaine, voyagèrent ainsi. Plus tard, sous le règne de Clovis, les bandes franques adoptèrent le chariot aux roues pleines, aux in-. terstices clissés avec des joncs ou des osiers, dans lequel ils déposaient la partie la plus précieuse de leur butin. À la guerre, ce char, entouré des soldats les plus valeureux, était l’objet de combats sanglants, l'ennemi voulant à tout DHL A6 surer la possession. Nos pères se servaient aussi
. d’une arme offensive qu’ils appelaient chariot de guerre et à laquelle ils durent plusieurs de leurs victoires par l’habileté avec laquelle ils surent la manœuvrer. C'était un lourd véhicule, garni de pointes acérées, attelé de deux chevaux et monté par des guerriers, armés de javelots et d’épées. ‘5 Dans les moments où le danger devenait plus ‘4 R menaçant, les rangs de l'infanterie gauloise s’ouvraient et les chariots étaient lancés à toute TUE vitesse contre les bataillons ennemis. Le choc 7 était le plus souvent irrésistible. L'adresse des conducteurs était merveilleuse : tantôt ils cou- à raient sur le timon, tantôt ils sautaient à terre, | “ pour remonter un instant après avec agilité; ou 4 bien ils arrêtaient net la pesante machine lancée sur une pente et se pliaient à toutes les évolutions 7 qu’exigeaient les péripéties du combat. Les Gaulois LC se servaient des mêmes chariots pour la défense; j* ils en entouraient leur camp et en formaient de solides retranchements en les liant les uns aux | | autres. Attila avait aussi des chariots du même 3 genre, qui constituèrent un rempart inexpugnable à ses hordes après la défaite qu'il essuya dans les champs Catalauniques.
Le frottement continuel des peuplades germaines qui avaient envahi la Gaule, avec les Romains, fit bientôt adopter l'usage des chars de guerre ou ! de transport. Le service public de chariots dont il est question à la fin du chapitre précédent, paraît avoir été continué par les premiers rois francs. En
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effet, Grégoire de Tours, dans ses chroniques, parle de Childebert qui, voulant s'emparer des trésors de Rawching, expédia des ordres et envoya des gens munis de lettres qui mettaient à leur disposition les voitures publiques du royaume (1). A cette époque, néanmoins, les véhicules en question n'étaient que de lourdes charrettes posées sans ressorts sur des essieux de bois, à quatre roues pleines et attelées de chevaux montés par leurs conducteurs. On entassait pêle-mêle, dans la caisse, les coffres et les ballots sur lesquels les voyageurs se plaçaient du mieux qu’ils pouvaient.
Il ne doit y avoir aucun doute sur l'existence des coffres à cette époque, les Francs ayant certainement emprunté cet instrument de voyage aux Romains et aux Gaulois. Cependant nous ne trouvons aucune trace de leur existence dans nos plus anciens documents, avant cet extrait d’une des chroniques de Grégoire de Tours :
« Rigonthe, fille de Chilpéric, proférait souvent « des injures contre sa mère Frédégonde; elle se « disait la maîtresse, prétendait que sa mère devait « la servir, l’accablait fréquemment de toutes : « sortes d’outrages, jusqu’à en venir avec elle aux « coups de poing et aux soufflets. Sa mère lui dit « enfin : « — Pourquoi me tourmentes-tu, ma
(1) Qui cum ad fuisset (Rawching), priusquam cum rex suo jusiset adstare conspectui, datis litteris, et pueris déstinatis cum evecéione publica qui res ejus per loca singula deberent capere... (Grégoire de Æisz, Franc. lb. IX.)
(Grégoire de Tours, Hist. IX, 34)
fille ? Voilà les biens de ton père que je possède ; prends-les et fais-en ce que tu voudras. » Puis, entrant dans le réduit qui renfermait le trésor, elle ouvrit un coffre rempli de colliers et d’autres ornements précieux; et après en avoir pendant longtemps retiré, en présence de sa fille, divers objets qu’elle lui remettait : « — Je suis fatiguée, lui dit-elle: enfonce toi-même la main dans le coffre et tires-en ce que tu voudras. » Pendant que, le bras enfoncé dans le coffre, celle-ci en tirait les objets, sa mère prit le couvercle et le lui rabattit sur 1a tête, puis pesa dessus avec tant de force que la planche inférieure lui pressa le cou au point que les yeux étaient près de lui sortir de la tête. Une des servantes qui était en dehors cria de toutes ses forces : Accourez, je vous prie, accourez! ma maîtresse est étranglée par sa mère. >» Ceux quiattendaient devant la porte qu’elles sortissent se précipitent alors dans la chambre, délivrent Rigonthe d’une mort imminente et l’entraînent dehors, Dans la suite, il éclata entre ces deux femmes de violentes inimitiés qui eurent pour cause principale des adultères auxquels se livrait Rigonthe ; c'étaient des disputes et des coups continuels. »
Les deux coffres les plus anciens qu’on connaisse
et datant sûrement de l’époque mérovingienne sont,
par ordre d’ancienneté, premièrement le coffret en bronze, de fabrication franque, trouvé à Envermeu
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