‹ Le vrai livre du peupleChapitre 52 sur 77 · UN TESTAMENT · texte numérisé non relu

UN TESTAMENT

Quel gracieux coup-d'œil offre Tintérieur d'une salle d'asile I Gomme ils sont jolis à voir ces enfants du peuple, âgés de deux à six ans l Que de candeur et d'innocence sur toutes ces petites figures I Et quel dévouement chez leurs maîtresses, véritables mères de famille, appelées à veiller surtout avec le cœur sur ce précieux trésor I

Les enfants arrivent à Tasile, le matin, à Theure où leurs parents commencent leur journée. Chacun apporte son panier. Mais combien de paniers sont plus ou moins vides ! A Tasile, les enfants trouveront ce qui leur manque. Le bureau de bienfaisance envoie du pain. Des dames patronnesses se cotisent et, grâce à leur ingénieuse charité, il y a toujours des aliments prêts et même des vêtements.

Les enfants ne sont pas tous très-exacts, et le joyeux

essaim n*est guère au complet avant dix heures. Jusqu*i ce moment, les enfants sont réunis dans le préau; on parfile du linge, on tricote, on tresse de la paille ; les petits garçons eux-mêmes font de la tapisserie.

 dix heures, commence la retue de propreté. La maitresse visite les mains, le cou, le visage. Il y a li de petites réprimandes, de grosses caresses, des soins charmants.

La porte de la classe s'ouvre. Les enfants s'avancent, chacun ayant les mains appuyées sur les épaules de celui qui le précède. Ils forment une douhle guirlande, qui se dévide à droite et à gauche. A la tête de chacune d'elles , un enfant marche à reculons, afin de modérer le mouvement. La petite troupe chante un cantique. Par exemple :

li fidèle, 0 moft Sftuvevr l Ma voix t'appelle , Parle à mon cœur.

Que ton enfant, En grandissant, Sache t'aimer Et te piier; Daigne l'insffraiiv De nn devoir.

Et W conduire Par ton pouvoir.

Queja conpreMt Tous tes bienfaits i Qu'il m'en souvienne A tout jamais.

Par ton mour, J'aictafittjMr ^ Force el tuvlè, Paix el galté.

Ta bonté veille Toujours sur moi, Et-je m'éveille fienrevt par Ici

Les enfants arrivent ainsi à leurs bancs rangés le long du mur, de ebaqne c6té de la salle. Ils y prennent place.

Alors, ils se mettent à genoux et chantent une invo* cation r

Mon Diea,qui pouvez tout, écoutez la prière De Tos petits enfants k genoux devant tous ; Car on dit qa*ici-l>as tout est larme et misère, Quand Totra main, Seigneur, se retire de noua.

Aussitôt la prière commence. Elle est faite par tous à haute voix.

Quand la prière est acherée, la maîtresse reprend le commandement.

— Debout. — Asseyez-vous.

S'adressant ensuite aux enfants du banc d'éeritore, la maltresse dit :

— Banc des ardoises, debout -^ regardei l'estrade (Vestrade est placée au fond de la salle) -^ demi-toan

Les enfants se tournent du côté du mur.

— Le pied sur le banc, — Ils le posent sur le banc.

— Montez — décrochez les ardoises. Di prennent les ardoises.

— Demi-tour — front — sautez.

Alors, les moniteurs distribuent les crayons.

Ici, la maîtresse dessine sur un tableau noir une figure quelconque. Les enfants s^ étudient à Vimiter sur l'ardoise.

Pendant qu'ils font ce travail, la maîtresse distribue aux plus petits des gravures qui vont occuper leur attentîoD. A d'autres elle remet des tablettes qu'ils placent sur leurs genoux, puis des pièces de carton destinées à c<Hnposer, par leur assemblage, une maison, un château, un four, une église, un moulin. Ceux qui auront le mieux réussi seront complimentés.

La leçon de lecture va commencer.

— Moniteurs de la lecture, debout — demi-tour. — Banc de lecture, debout — face à Festrade — les mains en Tair, — sur les épaules. — Moniteurs, partez.

Les moniteurs partent en chantant et chacun va se placer à la tète de sa division.

A un coup de claquoir, les divisions partent en ligne ; le moniteur est en tète, marchant à reculons. Chaque moniteur place sa division autour d'un porte- tableau auquel sont suspendus des cartons contenant des lettres imprimées.

— Mains derrière le dos. — Moniteurs, main à la touche — décrochez la touche — portez la touche sur Tépaule gauche. — .Commencez la lecture.

Ici, la lecture commence à voix basse ; elle continue par le chant des lettres.

— Moniteurs, accrochez la touche — à la tète de vos divisions.

— Les mains et les crayons en Fair (ce commandement s'adresse aussi au banc d'écriture) — les mains sur les épaules.

Les divisions de lecture retournent à leurs places.

— Demi-tour — asseyez-vous.

— Banc d'écriture debout — > face au mur — le pied sur le banc — montez — accrochez vos ardoises — les mains derrière le dos — demi-tour — sautez.

A ce moment, les enfants ont quitté ardoises, cartons, gravures. Ils regardent tous la maîtresse.

A un commandement, les moniteurs s'approchent. La maîtresse les décore d*une brassière rouge. Ils partent en chantant et montent les degrés de Testrade, où chacun va attendre sa division. Les enfants arrivent i l'estrade, en file, les garçons d'un côté, les filles de l'autre; tous chantent. Chaque division rejoint son moniteur. Les gradins se garnissent l'un après Fautre. A un coup de sifflet, les enfants saluent le Christ, placé au sommet de l'estrade ; ils se retour-

nent et saluent la maîtresse. Ceux qui n'ont pas été sages ont été laissés sur un banc isolé.

Ici, les enfants entonnent un chant à Fange gardien :

Bon ange qui veilles sur moi, Je veux TOUS faire ma prière.

Je ne puis tous Toir, mais j'ai foi Dans TOtre bonté tutélaire.

On dit que tous êtes bien bsau, .

Que tous ayez de blanches ailes Qui s'étendent sur mon berceau, Gomme deux gardiennes fidèles.

On dit que pendant mon sommeil Vous éloignez de moi Forage , Que vous bénissez' mon réveil.

Pour que tout le jour je sois sage.

Il me semble bien quelquefois, Quand je suis tenté de mal faire , Que j'entends une douce voix Qui me dit bas : « Pense à ta mère ! »

Si je suis désobéissant.

Cette voix dit encor : « Prends garde, Car Dieu te voit, petit enfant.

Et ton bon ange te regarde ! »

Quand je souffre ou lorsque j'ai peur, La douce voix me dit : « Courage ! v Et puis je l'entends dans mon cœur^ Qui dit : « C'est bien ! » quand je suis sage.

C'est donc vous qui donnez ainsi Protection, avis, louange.

Oh ! que vous (*tcs bon ! Morci î Veillez toujours sur moi, bon anf^e !

Les enfants s'asseyent. C'est le moment de la leçon de catéchisme et d'histoire sainte, faite par la maltresse; celle-ci interroge et les enfants répondent tous à la fois. Il est évident que, dans le principe, la maîtresse a dû faire souvent elle-même la question et la réponse. Pendant la leçon consacrée à Fhistoire sainte, les enfants ont devant les yeux des gravures, placées sur un chevalet, qui en représentent les traits principaux.

Durant le cours de ces leçons, il y a des interruptions remplies par des jeux. Les jeux consistent à imiter des professions manuelles. L'un simule le menuisier. Vautre le forgeron ; celui-là le tailleur de pierre, celui-ci le cordonnier. C'est une variété infinie de petites singeries, de gracieux mouvements.

Vient ensuite la leçon de lecture générale, qui s'accomplit par le chant des lettres, puis par le chant des syllabes.

Après ce chant, la maîtresse place dans son tablier des lettres mobiles. Elle appelle un enfant et lui demande avec quelles lettres il faut composer tel mot. L'enfant monté sur un petit banc assemble les lettres sur un chevalet. Tous les autres suivent des yeux cet exercice.

Cette leçon terminée, la mal tresse raconte une histoire: par exemple, la multiplication des pains. Jésus-Christ dit : Ramassez les morceaux. La maîtresse demande aux enfants quelle est la morale de cette histoire. Les enfants en tirent cette morale qu'il ne faut jamais jeter son pain.

D'autrefois , la maltresse leur fait une leçon de choses, c'est-à-dire les interroge sur l'utilité d'un objet qu'elle leur montre.

On fait alors un peu de géographie sur une grande carte.

À midi moins un quart, c'est le dîner. On descend des gradins en chantant. Par exemple : « Petits garçons, petites filles, dites toujours la vérité.

« Un jour, le petit Jean, pour s'amuser, se mit i crier : »

Yen moî, mes tniis, aecour«E, J'ai la jambe et le bras cassés.

Set camandea Tenteiidaut Près de lui vinrent en courant.

Mais se dressant sur ses deux piads Jean se mit k leur rire au nez.

Jean un mois après en sautant Se casse la cuisse en tombant.

Ses amis l'entendant crier

Dirent : C'est Jean qui veut tromper.

Ce fut trop tard qu'on arriva Et qu'un médecin le pansa.

Le pauvre petit malheureux Est demeuré toujours boiteux.

Rappelex-vous que le malheur Frappe tôt ou tard le menteur.

On passe ainsi de k classe dans le préau. Là, tous les paniers sont déposés sur les bancs qui entourent la table. Arrivés dans le préau, les enfants chantent TAngelus. Gba^ cun, en passant, prend son panier. Tous marchent jusqu'à ce que tous les paniers soient ainsi recueillis. A un coup de sifflet, tous les enfants s'arrêtent et font face à la table. A un commandement, ils ouvrent leurs paniers et placent leurs aliments sur la table. A un autre commandement, ils s'éloignent de la table et attendent que la maltresse ait fait rinspection des mets. Celle-ci enlève plus d'une fois des mets g^tés, des fruits verts et les remplace par d'autres. A un troisième commandement, les enfants se rapprochent de la table et s'y placent. A un quatrième commandement, ils font la prière. Puis ils mettent leurs mains derrière le dos

et attendent que des aliments qui ont été portés sur le feu soient replacés sur la table. Alors, les moniteurs distribuent des serviettes. Enfin , à un cinquième commandement, les enfants se mettent à manger. On leur sert à boire. Après le dtner, c'est une nouvelle prière. Puis vient la récréation, qui a lieu dans le préau ou dans le jardin. Pendant les grosses chaleurs, beaucoup emploient leur récréation à dormir. Ceux qui dorment sont assis devant la table, sur laquelle ils appuient leur tète. Les plus éveillés ont bien soin alors de ne pas faire trop de bruit.

A deux heures, ce sont des soins de propreté. Chaque enfant reçoit une éponge de son moniteur et se présente devant la maîtresse, qui lui lave le visage. L'enfant se sèche avec un linge que tient celle-ci. Puis, il va se laver les mains.

Alors les exercices recommencent, semblables a ceux du matin.

A quatre heures, on goûte, dans le préau, mais sans se mettre à table. Pendant la belle saison, on va goûter au jardin.

Ainsi s'achève la journée, toute faite d'impressions pures, toute remplie de douces leçonsde religion, de sagesse, d'obéissance, de discipline.

Voici deux traits charmants :

* Une plante de fraise avait poussé par hasard dans le jardin

de Tune des salles d'asile de Grenoble. Au printemps, survint une fleur; après la fleur, un fruit; le fruit se revêtît peu à peu de ses plus séduisantes couleurs. Tous les jours, pendant les récréations, des groupes d'enfants admiraient la fleur, le fruit vert, le fruit mûr. Que de tentations!.... La maltresse avait défendu d'y toucher. Le fruit convoité, mais rcspcclc, se dessécha sur la plante.

Quelle leçon de respect de la propriété publique !

Il y a quelques jours, j'entrai à l'asile Cornélie, dont je parlerai bientôt. N'entretenant avecla directrice, je lui donnai quelques détails sur les Petites Sceurs des pauvres, qui venaient d'arriver à Grenoble * . Bientôt, la directrice raconta leur histoire aux enfants de Fasile. Le lendemain, un grand nombre d'enfants apportèrent cinq centimes dans leur poche. — Tenez, dame, voilà pour les pauvres vieux, pour les pauvres vieilles. — La maîtresse les loua de leur bon cœur et offrit à chacun quelques pastilles de gomme. — Non ! non! s'écrièrent-ils, c'est pour les pauvres vieux, pour les pauvres vieilles. Et le jour même, j'étais chargé de transmettre aux Petites Sœurs la somme de 3 fr. 3S cent, et un grand cornet de pastilles.... pour les pauvres vieux, pour les pauvres vieilles.

Admirable offrande !. . . Pauvres petits enfants 1. . .

Les heureuses influences de la salle d'asile réagissent sur la famille elle-même. Plus d'une fois, les parents ont reçu de leurs enfants des enseignements salutaires.

Un jour, les enfants de l'asile Comélie jouaient dans le jardin. Un petit garçon, âgé de cinq ans, voyait passer dans la rue son père et sa mère, s'approcha de la grille. La mère demanda à l'enfant si, le matin, il était allé au café avec son père. Le père, entendant la question, fit signe à l'enfant de répondre que non. L'enfant se mit à chanter : « Petits garçons, petites filles, dites toujours la vérité. » La mère comprit, et le père continua son chemin, tout confus.

Voici une délicieuse histoire racontée par M"* Julie Gou-

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