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ÉCOLE PROFESSIONNELLE

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Une école primaire supérieure fut fondée, à Grenoble, en 1836, par les soins de Tadministration municipale.

Cette école donnait im enseignement conforme aux prescriptions de la loi du S8 juin 1833.

Les élèves y furent admis gratuitement, pendant les deux premières années. A partir de l'année scolaire 1838-30, ils furent soumis à une rétribution annuelle de 60 fr.; mais vingt-quatre places gratuites étaient accordées par tiers, chaque année, à la suite d^un concours, aux meilleurs élèves des écoles communales élémentaires.

Le 9 juillet 18S0, étant maire de Grenoble, je proposai au conseil municipal de convertir Técole primaire supérieure en école professionnelle, d'admettre des élèves internes dans la nouvelle école et de Tinstaller dans une partie du monastère de Sainte-Ursule, que la ville venait d'acquérir par voie d^échange.

Le conseil m'adjoignit une commission, composée de MM. Joseph Arnaud, Michal-Ladichère et Sestier.

Le 29 juillet, au nom de la commission, je présentai au conseil un rapport dans lequel je m'exprimais ainsi :

« Aujourd'hui l'instruction publique se divise en trois degrés : Tinstruction primaire , l'instruction secondaire et l'instruction supérieure.

« L'instruction primaire est destinée aux enfants qui doivent vivre dans les conditions les plus humbles de la société.

« L'instruction secondaire est réservée à ceux qui aspirent à des professions libérales , telles que celles de magistrat , d'avocat, de médecin, d'administrateur, et autres semblables. Mais comme ces professions supposent que les élèves qui les ont choisies ont passé par l'enseignement supérieur , rinstruction secondaire qui se donne dans les lycées , dans les collèges communaux ou dans des établissements particuliers n'est, en quelque sorte , qu'une préparation à l'enseignement supérieur, qui est donné dans les diverses facultés ou dans les écoles spéciales.

« Cette constitution de l'instruction publique présente une grave lacune. Il y a, en effet, toute une classe d'hommes qui n'aspirent pas aux professions libérales et auxquels cependant Vinstruction primaire est loin de suffire. Or, l'instruction secondaire est superflue pour ces hommes, en ce sens qu'ils ne rechercheront point l'enseignement supérieur; en même temps elle est incomplète, car elle ne se compose point d'une manière spéciale des connaissances qui leur seraient nécessaires dans la carrière qu'ils doivent parcourir. En d'autres termes, l'enseignement secondaire leur en apprend tout à la fois trop et trop peu. Ce n'est pas tout: beaucoup d'élèves qui ont achevé leur instruction secondaire ne veulent point , par là même, renoncer à l'enseignement supérieur. Us se jettent ainsi hors des conditions où ils trouveraient la paix et le bien-être. Leurs familles

s'imposent pour eux de ruineux sacriGces , et il vient un moment où les carrières libérales étant encombrées, ces hommes maudissent la société qui ne peut satisfaire tous leurs désirs, toutes leurs ambitions, répondre à toutes leurs espérances et réaliser tous leurs rêves.

« Une école professionnelle est un établissement qui peut conduire immédiatement à une profession lucrative. On y apprend exclusivement le français, Fhistoire, la géographie, la comptabilité commerciale , les parties essentielles des sciences exactes, le dessin linéaire et artistique. On en sort avec un esprit suffisamment formé , avec une intelligence suffisamment élevée , et Ton se trouve spécialement apte à être teneur de livres , caissier, voyageur de commerce, chef d'atelier, conducteur de travaux et bon employé d'une administration.

«Une école professionnelle est ainsi le développement, le perfectionnement d^une école primaire supérieure.

« Votre commission , Messieurs , a reconnu la vérité de toutes ces choses, et vous serez heureux avec elle de ce que la ville de Grenoble va être la première à en faire une application spéciale, et de ce qu'elle marquera mieux encore sa place parmi les cités essentiellement vouées au culte de l'ordre moral et intellectuel.

« En présence d'un tel point de départ, votre commission s'est prononcée pour Tadmission d'élèves internes. En effet, des jeunes gens étrangers à Grenoble voudront profiter de notre école professionnelle. Mais il sera impossible à un grand nombre de venir s'étabUr à Grenoble même , pour suivre les cours en qualité d'externes. D'autres y viendront peut-être et y trouveront une liberté funeste. L'internat maintient à Técole professionnelle son véritable caractère et lui permet d'accomplir tout le bien possible, en lui donnant le moyen d'étendre son action bien au-delà de la ville où elle est située. Objectera- t-on queVintemat donne à un établis-

semt^nt un caractère en quelque sorte commercial et qo^ime ville doit s'abstenir de tout ce qui semble être une spéculation? Il suffit de répondre que toute spéculation suppose un désir de bénéfice. Or, Fintemat dans un établissement municipal n^est qu'un moyen de propagation et de discipline. La somme qui devra provenir des prix présumés de pension sera portée en prévision au chapitre des recettes du budget de la ville ; tous les frais seront portés au chapitre des dépenses. L'équilibre sera plus ou moins parfait, sans qu-on puisse dire qu'il y ait bénéfice ou perte, car Tunique but de rétablissement aura été de faire fructifier une idée morale et de former de bons élèves ; et c'est cette conquête, qui aura été plus ou moins large, qui aura coûté plus ou moins cher. D'ailleurs, l'État n'a-t-il pas des internes dans ses lycées f Les départements n'en ont -ils pas dans leurs écoles nor* maies? Les communes n'en ont-elles pas dans leurs collèges communaux? Aujourd'hui, il s'agit donc d'une imitation et non pas d'une innovation étrange ou téméraire. •

Ma proposition du 9 juillet fut adoptée.

Dès le mois de janvier 1851, elle fut pleinement réalisée.

L'école professionnelle possède de vastes salles d'étude et de spacieux dortoirs, d'où la vue se projette sur le riant paysage qui entoure Grenoble^ au nord-est. Au-devant des bâtiments, est un fort joli jardin.

Le personnel de Técole se compose d'un directeur, d'un aumônier, de cinq professeurs adjoints, dont trois sont plus spécialement chargés de la surveillance des élèves internes, de sept professeurs spéciaux, d'un médecin, d'une lingèreinfirmière, d'un concierge et de deux domestiques.

Quoique l'école professionnelle reçoive des internes, elle n'a pas de cuisine et elle est dépourvue du personnel qu une cuisine suppose. Les élèves internes , les professeurs sur-* veillants et les employés sont nourris par l'association

alimentaire , située dans une autre aile du monastère de Sainte-Ursule. L'école fait partie de Tassociation. Un traité *passé entre celle-ci et la ville détermine le prix de la nourriture.

Le prix est, par jour, pour chaque élève, de . . . Of. 90

pour chaque professeursurveillant i SO

pour chaque domestique. . 1 25

pour la lingère i 10

Les aliments sont portés dans un réfectoire, où les élèves prennent leurs repas en commun.

La création de Técole professionnelle et celle de Tassociation alimentaire ont été simultanées; et il est facile de comprendre que Vassociation alimentaire rend un très-grand service à la ville de Grenoble, en dispensant Técole professionnelle de tous les embarras et de toutes les sollicitudes qu'entraînerait la nécessité de pourvoir directement à l'alimentation des élèves internes et des employés entretenus dans la maison.

L'enseignement de l'école professionnelle, divisé en trois années détudes, est réparti de la manière suivante :

1" Â19NÉE. Instruction morale et religieuse. — Lecture expressive. — Grammaire et orthographe. — Belle écriture. — Arithmétique. — Premières notions de géométrie et de dessin linéaire. — Motions générales de géographie et d'histoire de France. — Musique vocale. — Exercices de gymnastique.

S^ Année {subdivisée en deux sections). Instruction morale et.reUgieuse. — Grammaire et orthographe. — Exercices de composition et de style. — Belle écriture. — Comptabilité usuelle. — Arithmétique (com|)I^fwen^ du cours de 1" année.). — Géométrie dans ses applications à V arpentage, au nivelkmmt et au dessin linéaire. — Eléments de pbysi-

que et de mécanique. — ' Géographie et histoire de France.

— Musique, vocale. — Exercices de gymnastique.

3* Année. Instruction morale et religieuse. — Exercices de composition et de style. — Grammaire avec de nou« veaux développements. — Écriture dans tous les genres.

— Comptabilité commerciale. — Arithmétique dans ses applications pratiques. — Éléments d'algèbre. — Géométrie {campUmmt du cours de 2* année.) — Dessin linéaire. — Éléments de physique et de mécanique. — Géographie détaillée de la France. — Histoire de France. — Musique vocale. — Exercices de gynmastique.

Éléments de géométrie descriptive.

Notions d'horticulture et d'arboriculture.

Motions de chimie appliquée aux arts industriels et a r agriculture.

Dessin artistique comprenant la Ute, Vomement, Vacadémie et la bosse.

.Chaque cours est fait par un professeur spécial. Les instructions religieuses sont faites par Faumônier attaché à rétablissement.

L'école reçoit des élèves internes et externes depuis Fàge de douze ans jusqu'à seize. Nul n'est admis comme élève, soit interne, soit externe, s'il n'est prouvé par le résultat d'un examen qu'il sait lire et écrire couramment , qu'il possède assez bien l'orthographe et l'histoire sacrée, et qu il a reçu les premières notions de Vhistoire de France et du calcul.

La rétribution annuelle des élèves externes est fixée i80 f., payables par cinquième.

Le prix de pension des élèves internes, pour toute la

durée de Tannée scolaire, est fixé à 5K0 fr. , payables par cinquième et d'avance. L'école prend à sa charge les frais de blanchissage et de raccommodage du linge de ces élèves.

Les élèves internes doivent être pourvus du trousseau suivant : Un matelas, un traversin, deux couvertures, trois paires de draps, six serviettes, sixessuie^mains, une douzaine de chemises, une douzaine de paires de bas, une douzaine de mouchoirs de poche, six cravates et six bonnets de nuit.

Une mise propre et décente est exigée de ces élèves pour les jours de promenade et de sortie.

Indépendamment des interrogations journalières faites par les professeurs dans chacun des cours, il y a, aux mois d'avril et d'août de chaque année, des examens généraux faits par une commission spéciale.

Au mois d'avril et au mois d'août, le Directeur adresse aux parents un bulletin renfermant le résultat de ces examens et un extrait des notes des professeurs sur la conduite et l'application des élèves.

Les sorties ont lieu, pour les élèves internes, le premier dimanche de chaque mois, sur la demande des parents ou correspondants. Us sortent le matin à dix heures et demie, et doivent être rentrés à huit heures en hiver et à huit heures et demie en été.

Je dois faire remarquer que les cours de physique et de chimie sont faits par le professeur de physique de la faculté des sciences. Ces cours ont lieu dans l'établissement ; mais les expériences et les manipulations se font dans les laboratoires mêmes de la faculté, où Içs élèves sont conduits une fois par semaine .

Quant au cours d'horticulture et d'arboriculture, il est fait par M. Verlot, jardinier en chef de là ville, qui a transformé le jardin de l'école en jardin d'étude.

Les cours sont faits en vue de la destination des élèves ; de telle sorte que ceux-ci reçoivent une instruction direc* tement applicable aux diverses carrières qu'ils se proposent d'embrasser. C'est en cela que rétablissement justifie son titre d'école professionnelle.

Parmi les élèves qui sont sortis de l'école, on compte plusieurs employés d'administrations publiques, des caissiers et des teneurs de livres dans des maisons de banque et de commerce, des voyageurs de commerce, des conducteurs des ponts et chaussées, des chefs de section dans les chemins de fer, des entrepreneurs de travaux, des commis architectes, des gérants d'usines, etc. Plusieurs élèves de l'école ont embrassé la carrière militaire et sont parvenus au grade d'officier, même dans le génie et Tartillerie.

Le conseil général du département de Vlsère inscrit, chaque année, au budget une somme de 2,750 fr. pour le service de dix demi-bourses d'internes à l'école professionnelle.

La ville n'entretient pas de bourses d'internes. Mais elle continue à accorder vingt-quatre places gratuites à des externes, ainsi que cela se pratiquait , comme je Tai dit précédemment, à l'école primaire supérieure.

Le budget de la ville de Grenoble renfermait les prévisions suivantes dans son budget de 1 859 ;

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