‹ Le vrai livre du peupleChapitre 60 sur 77 · LE REPOS · texte numérisé non relu

LE REPOS

« Mes enfants ,

« Le repos diff&re essentiellement de l'oisiveté. L'oisiveté est l'inaction de l'esprit, l'engourdissement du cœur, la suppression de la vie intellectuelle et morale. Le repos est, si je puis m'exprimer ainsi, une variété du travail. C'est un travail moins régulier, moins assujetti aux nécessités d'une discipline et ne relevant que de lui-même. L'oisif s'ennuie ; il mesure avec amertume le temps qu'il a perdu, celui qu'il perd, et il s'effraie d'avance du poids de la vie stérile à laquelle il est condamné. Dans le repos, la pensée vit, respire et agit -, l'homme qui se repose porte avec lui la paix de Tàme ; il songe avec une douce jouissance au labeur qu'il a accompU, au labeur qu'il accomplira ; placé ainsi entre les

choses utiles qu'il a faites et celles qu'il doit faire, il est doublement heureux des souvenirs du passé et des promesses de ravenir.

« If avez-YOus jamais vu, mes enfants, le voyageur aasb sous les grands arbres du chemin ? H se repose, c'est-i-dire qu'il songe aux lieux qu'il a parcourus, aux observations qu'il a recueillies ; et il est impatient de marcher, de voir et d'étudier encore.

« Le moissonneur qui, le soir, revient lentement de la plaine, va se livrer au sommeil; déjà il se repose en redisant le nombre des gerbes qu'il a coupées, en admirant les splendeurs du ciel qui l'abrite» et en priant Dieu de bénir son travail du lendemain.

« Le citoyen qui consacre sa vie aux choses publiques se repose en méditant sur les graves intérêts auxquels il est mêlé et en recherchant les entretiens où il peut répandre les conseils et les leçons de son expérience.

« Je connais des maîtres qui se reposent en souhaitant à leurs élèves succès et sagesse, et qui, les suivant déjà par la pensée au milieu des écueils d'un autre âge, n'envient rien tant que de les voir un jour hommes de bien, citoyens dévoués à toutes les libertés de leur patrie. Ces maîtres, mes enfants, ce sont les vôtres. .

« Reposez-vous, mes enfants, pendant ces vacances qui vous sont accordées ; mais en croyant vous reposer, n'allez pas vous abandonner à une oisiveté coupable. Reposez- vous en lisant les livres qui vont vous être donnés comme prix de votre travail et de votre bonne conduite, et que vous )[iouvez vous prêter entre vous. Les uns feront passer sous vos yeux de touchants exemples de piété Çliale, de généreux dévouements inspirés par l'amitié ou de hautes vertus chrétiennes. D'autres vous instruiront des mœurs de peuples lointains ; d'autres vous raconteront les richesses et les merveilles de la nature. Gardez soigneusement en vous les

impressions douces ou utiles que de tels loisirs vous laisseront ; confiez ces impressions tantôt à la mémoire de Tintelligence, tantôt à la mémoire du cœur. Reposez-vous en songeant à vos couronnes, afin d'ajouter chaque année un nouvel anneau à cette chaîne qui engage. Reposez-vous en songeant aussi à ces revers, qui sont pour vous un grand événement , en recherchant leur cause, en vous promettant d^ avoir plus de zèle et d'entreprendre de plus sérieux efibrts. Reposezvous en prodiguant plus de soins, plus d'égards, plus de tendresse à vos bons parents, qui ne se reposent pas, parce que vous êtes Fincessant objet de leur sollicitude, de leurs fatigues, de leurs sacrifices. Vous réparerez ainsi vos forces sans les énerver ; puis, sans qu'il vous en coûte un regret, vous viendrez reprendre le cours interrompu, mais non brisé, de vos travaux et de vos luttes, et chaque année vous aurez mieux appris que le temps est un capital précieux que Dieu nous donna pour le faire valoir sur la terre et dont un jour il nous demandera compte. »

•««w>AAAAAAA^

Page 1