‹ Le vrai livre du peupleChapitre 72 sur 77 · TRAVAIL · texte numérisé non relu

TRAVAIL

« Alors; en principe et sauf application convenable, Findividu n'aura plus à se plaindre. En effet, son droit primitif

était le droit au fravml exercé au sein d'un atelier pauvre, au sein de la nature brute ; son droit actuel serait le mtm$ droit exercé dans un atelier mieux pourvu, plus riche^ et où Tactivité individuelle doit être plus productive.

« La condition sine qua non pour la légitimité de la pro* priété est donc que la société reconnaisse au prolétaire le DROIT AU TRAVAIL, et qu'elle lui assure au moins autant de moyens de subsistance pour un exercice d'activité donné, que cet exercice eût pu lui en procurer dans Tétat primi- Uf *. «

Il y a donc un problème à résoudre, c'est le problème de

rORGAMlsÂTION DU TRAVAIL.

L'organisation du travail conduit Fourier et ses disciples à la nécessité de transformer tout à fait la société actuelle.

Us rappellent que les plus hautes intelligences cherchèrent en vain à expliquer le monde sidéral en considérant la terre comme immobile dans l'espace ; on ne parvint à un résultat vrai qu'en prenant un point de départ entièrement oon^ traire.

Au reste, le monde sidéral offre l'image delà plus parfaite harmonie; pourquoi désespérerait*on d'obtenir rharmonie universelle dans la société des hommes ?

« C'est le vœu de Dieu, disent les partisans du système que j'expose. Les prédications du Christ, ses commande* ments de charité et d'amour ont révélé le but que Vhuma* nité devait se proposer.... Il s'en rapportait au développe* ment ultérieur de sa parole» à la puissance logique de son principe, pour que le dogme de l'espérance et de^Vamour se substituât entièrement à l'ancien dogme de la malédiction... Il savait qu'il faudrait du temps avant que son royaume fût de ce monde, avant que les hommes eussent universalisé entre eux l'amour, avant qu'ils eussent, par des moy&as

4 . UtPKoldmg*» jounlal de U science eociftle, liumoro du 4^' jiiin 4S39.

quelconques, constitué l'unité de la famille humaine, et,

par suite, la paix, Tharmonie et le bonheur sur la terre

C'était la rédemption de l'humanité universelle par l'incar*nation universelle de l'amour dans Thumanité, et non pas une rédemption purement individuelle par la souffrance de

Jésus-Christ Les disciples, au lieu de s'attacher à la

doctrine, à l'esprit, au but, à la loi, absorbant tout dans la personnalité et ne comprenant pas que la rédemption, d'après la parole et la pensée de Jésus^ résulterait deFaccompHssement de la loi par les hommes, voulurent qu'elle résultât de l'accomplissement du sacrifice par Jésus Jésus

avait indiqué le but, l'union religieuse de la famille humaine ; la tâche de l'intelligence humaine était de découvrir les institutions sociales capables de réaliser cette union, et voici que le dogme enseignant qu'il fallait abandonner et mépriser tout ce qui concernait la terre, renfermait dans le cercle étroit d'une vaine moralisation individuelle cette grande pensée du Christ, qui ne pouvait devenir féconde qu'à la condition de conduire l'intelligence à la découverte d'une bonne organisation des choses de ce monde... En un mot, loin d'avoir pour objet le salut exceptionnel de l'individu dans l'autre monde, l'objet principal de la doctrine du Christ est le salut social de V humanité dans ce monde aussi bien que dans les autres vies * . »

Partant de ces données générales, Fourier et ses discipies fondent leur monde nouveau sur rASsociATiON.

« Ce mot, disent-ils, caractérise une réunion volontaire de forces agissant dans une direction unitaire pour produire

2. Dettinée ioeiaU parTictor Considérant; vol. i. intermède ^ note A, P^8* ^^ « — ^c puise la plus grande partie de mes citations dans le livre de M. Considérant. C*cst celui 'qui fait le mieux comprendre la vaste pensée de Fonrier, dont les productions originales sont souvent obscures.

un résultat dont les avantages se répartissent aux forces associées proportionnellement au concours de chacune d'elles dans la création de ces avantages * . »

L'association suppose à la fois l'unité de but et d'aetion qui produit l'ordre; le concours volontaire des forces qui correspond à Vidée de liberté; enfin, l'équité de distribution, c'est-à-dire, dans Faction, Tattribution à chaque force du rang qu'elle mérite, et, dans le bénéCce général, l'attribubution d'une part proportionnelle à son concours, ce qui est la source de la justice ^.

Le fouriérisme prend donc cette devise :

« A chacun selon son capital, son travail et son talent. »

Son application se réalise d'abord dans la phalange.

La phalange est une agglomération de deux mille personnes environ répandues sur un territoire d'une lieue carrée.

Ce territoire est exploité comme îlomaine d'un seul homme.

Chaque individu apporte à la masse, à l'exception de Tameublement, du linge et des objets consacrés à un usage personnel, son capital, c'est-à-dire sa propriété mobilière et immobilière.

La propriété est garantie sur des titres d^actions, comme elle l'est aujourd'hui sur des titres d'achat.

Le sol et les immeubles sont ainsi mobilisés et monétisés. Les actions sont des valeurs négociables. La propriété actionnaire sur les phalanges est commode comme les rentes sur rétat.

Les individus qui composent la phalange sont divisés en groupes et séries de groupes.

4. La Phalangêy ioiimal de la science sociale, numéro du 8 novembre i. La Phalange, môme numéro.

Les groupes sont formés d'individus réunis, après un libre choix, par les mêmes goûts, les mômes penchants, les mêmes occupations, selon la loi de V attraction passionnelle.

L'attraction est la loi du monde moral , comme elle est la loi des mondes physiques.

Fourier reconnaît dans F attraction douze passions élémentaires de trois ordres différents : 1^ les passions sensitives, 2^ les passions affectives, 3® les passions distribulives.

Les premières correspondent aux cinq sens. Elles représentent nos appétits physiques. Leur but, c'est le bien-être matériel.

Les secondes sont au nombre de quatre, l'amitié, Y ambition, Y amour et le familisme (lien de parenté). Elles nous portent à rechercher la société de nos semblables ; elles déterminent la formation du groupe, qui est l'association réduite à son expression la plus simple et le fondement primitif de l'association générale.

Les troisièmes sont la papillonne ou Y alternante, *la cabaliste et la composite.

La papillonne, c'est le besoin du changement, de la nouveauté et des contrastes.

La cabaliste, c'est l'émulation et la rivalité.

La composite, c'est l'accord enthousiaste des volontés.

Ces trois dernières passions amènent la distribution des groupes en séries et président à leur mécanisme combiné.

L'agglomération des individus forme le groupe; l'agglomération des groupes forme la série ; l'agglomération des séries constitue la phalange.

Ainsi la série est le genre, le groupe est l'espèce.

Cette organisation favorise le Ubre développement des tendances humaines.

La possibilité pour chacun de passer d'un groupe dans un T 37

autre groupe et de varier ainsi ses occupations satisfait la papillonne.

La cabaliste entretient la rivalité entre les groupes et produit la perfection du travail.

La composite est la source de Ténergie portée à son plus haut point.

Dans le monde actuel, les tendances de Tindividu sont contrariées et comprimées : dans le monde sociétaire, elles sont équilibrées et harmonisées.

LMncohérence et la contrainte produisent tous les maux et

tous les vices. La liberté et Tharmonie utilisent tous les

penchants, accordent toutes les impulsions abandonnées à

, leur direction naturelle, et fondent ainsi l'ordre absolu en

absorbant Tintérèt personnel dans l'intérêt général.

Dans la phalange, on se livre aux travaux agricoles et industriels; on y cultive aussi les lettres, les sciences et les arts.

Tout travail est un plaisir parce qu41 est exécuté, en courtes séances, par des groupes librement formés sous Tinfluence des passions affectives.

Il y a une habitation commune : c'est le phalanstère \ vaste bâtiment où sont déposés les récoltes et les produits du canton, qui renferme des appartements somptueux et des chambres modestes, des ateliers pour tous les travaux, des salles pour toutes les industries et pour tous les plaisirs. Un phalanstère de dix-huit cents imes ne coûtera guère plus à construire que les quatre cents habitations plus ou moins difformes d'une commune actuelle égale en population.

Sa vaste solidité rendra inutiles les réparations incessantes que réclament les maisons de la commune.

4 . Phàlaniiirê^ habitation de la phalange, comme numasiire, habitation du moine, et prtthytire^ habitation du prêtre.

Une immense cave remplacera quatre cents caves, un vaste grenier quatre cents greniers, une seule cuisine quatre cents cuisines.

Au dehors de l'édifice, la campagne conserve son aspect gracieux. Plus de haies, plus de fossés, plus de palissades, plus de murailles. La propriété morcelée entretient seule les défiances et traîne à sa suite ce luxe hideux de rebutantes précautions .

Dans la phalange, les rangs et les mérites sont désignés par rélection.

Chaque groupe ne peut élire qu'un membre du groupe lui*méme. Un mathématicien n^est nommé que par des mathématiciens, un chimiste n'est nommé que par des chimistes, un agriculteur que par des agriculteurs.

De cette manière, Féiecteur est compétent sur les matières du jugement et sur le mérite des candidats. En outre, il est compétent par T intérêt individuel et par F intérêt du groupe auquel il appartient.

Le jugement des pairs et des cotravailleurs assure donc i chacun sa véritable place.

D'un autre côté, le salaire est aboli. Les intérêts du capital et les émoluments des coopérateurs en travail et en talent augmentent en proportion de Vaccroissement du produit total dont ils sont copartageants.

« L'intérêt immédiat que tous les membres de la phalange ont à Taccroissement du produit total garantit dans chaque industrie spéciale, à chaque fonctionnaire, une influence et un rang proportionnels à son talent et à sa capacité dans cette industrie; et dans chaque industrie, comme dans toute la phalange, Faction individuelle est tenue en bride par la surveillance éclairée de la masse des sociétaires.

« La propriété n'est plus menacée par le prolétaire devenu associé aux bénéfices, et qui, au contrahre, serait le premier

à la défendre à l'avenant , comme aujourd'hui le fermier qui fait par moitié et à long bail. D'ailleurs, le prolétaire place ses économies dans la phalange, qui fait pour lui fonctions de caisse d'épargnes lucrative, et, l'élevant ainsi au rôle de propriétaire, développe chez lui l'esprit d'ordre et de stabilité.

« Cette transformation de la propriété réunit les avantages simultanés de la grande et de la petite propriété, en évitant leurs vices, qui sont, pour la petite , l'aveuglement, l'ignorance , la pénurie et le manque des avances nécessaires, la complication et la ' multiplicité des rouages, tandis que la grande propriété, avec son unité d'action et ses grands moyens, pèche aujourd'hui par cela qu'elle emploie des

salariés non intéressés au succès * . »

Dans la répartition, quatre douzièmes sont attribués au capital, cinq douzièmes au travail , et trois douzièmes au talent.

La part du travail manuel passe donc avant celle des œuvres de rintelligence.

Toutefois, les grands artistes, les industriels qui auront rendu d*importants services, et les savants illustres, sont en dehors de la loi commune. Ils appartiennent à Thumanité. Un jury leur décernera, au nom du globe, des rémunérations exceptionnelles.

Les enfants appartiennent à la phalange. L'éducation est commune; elle tend à développer les vocations; elle les épie de bonne heure, elle suit et seconde toutes les attractions.

Des groupes de bonnes passionnées pour les enfants leur donnent des soins dès leur naissance.

La mère qui veut soigner son enfant doit s'enrôler dans la série des bonnes.

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