DE LA SOCIÉTÉ DE PATRONAGE DES APPRENTIS INDIGENTS
de la ville de Grenoble.
« Considérant que le moyen le plus eflBcace de secourir, démoraliser les enfants appartenant à des familles pauvres, est de leur faire apprendre un état qui soit en rapport avec leur santé physique et leur aptitude naturelle, et d'organiser autour d'eux une surveillance active et paternelle qui les accompagne jusqu'au moment où, gagnant honorablement leur vie, ils prendront place parmi les citoyens utiles à euxmêmes et à leurs semblables ;
« Considérant que divers membres du conseil municipal de Grenoble, désignés par ce conseil et réunis en commission, ont déjà mis une telle institution en pratique, à l'aide d'une allocation inscrite aux budgets de la ville en 1850 et 1851;
« Considérant qu'il importe de compléter cet essai et de
donner à l'institution môme un caractère de force et de sta-
lâité ptopre à confirmer et à étendre les heureux résultats
îui ont été obtenus ;
« Les soussignés, membres de la commission municipale,
ont arrêté les présents statuts :
« Art. 1®'. — ,11 est formé à Grenoble une société libre
^tti prendra le nom de Société de patronage des apprentis
^igents.
« Art. 2. — Cette société se composera des citoyens qui
adaèreront aux présents statuts et s'engageront à payer
^e rétribution annuelle dont le chiffre est abandonné à
l^urbon vouloir.
« Art. 3. — Lorsque les souscripteurs auront atteint le nombre de 300 , ils seront réunis en assemblée générale pour élire parmi eux , au scrutin et à la simple majorité, une commission administrative et executive. Cette commission sera composée de douze membres ; deux membres da conseil municipal, désignés par ce conseil, en feront en outre partie de plein droit ; elle nommera ensuite un président, un secrétaire et un trésorier. Elle pourra choisir en dehors de son sein un employé qui tiendra les écritures et dont elle fixera le salaire.
ic Art. 4. — La commission sera soumise tous les ans à un renouvellement par moitié. Pour la première fois, le sort désignera la moitié sortante. Les membres dont celle-ci se composera pourront être réélus.
« Art. 5. — Le président, le trésorier et le secrétaire de la commission seront aussi nommés pour un an. La commission pourra les maintenir dans leurs fonctions.
« Art. 6. — La commission aura pour mandat de placer chez des industriels de la ville de Grenoble ou chez dei agriculteurs des environs, des apprentis indigents de Funoa de l'autre sexe, choisis parmi ceux qui lui auront adressé des demandes ; d'arrêter les conditions du placement et de l'apprentissage , et d'afifecter à chaque apprenti , sur les fonds de la société , un secours dont elle déterminera b quotité et la forme.
« Art. 7. — La commission désignera à chaque apprêta ou apprentie, parmi les membres de la société, un patron ou une dame patronnesse, qui aura pour devoir de se mettre en rapport avec l'apprenti, de s'enquérir de sa conduite, d» son travail, de ses progrès, de lui adresser fréquenunent dei encouragements ou des remontrances, et en outre, de sur* veiller les relations du maître avec l'apprenti,
« Art. 8. — Tous les mois, chaque patron enverra an président de la commission un rapport écrit renfermant sur
le patronné les divers renseignements nécessaires pour le faire apprécier.
« Art. 9. — Tous les six mois les souscripteurs seront convoqués en assemblée générale. Le président exposera l'état moral de l'institution ; le trésorier rendra compte de sa situation financière. Les noms des apprentis qui se seront signalés par leur sagesse et leurs succès seront proclamés dans cette assemblée et inscrits au procès- verbal, à titre de mention honorable.
« Art. 10. — Dès que les finances de la société le permettront, il sera décerné chaque année , dans la dernière assemblée générale, des prix à un certain nombre d'^apprentis, qui se seront rendus plus particulièrement dignes de cette distinction. Ces prix consisteront en outils de travail, ou autres objets que déterminera la commission.
« Art. 11 . — Le conseil municipal de la ville de Grenoble sera prié de continuer une subvention annuelle à la société. Les citoyens seront également priés de lui venir en aide par des libéralités entre-vifs ou testamentaires.
« Art. 12. — Les présents statuts seront imprimés et portés à la connaissance des citoyens. »
M. Arnaud, qui m'avait succédé à la mairie, réclama des souscriptions par une lettre qui fut répandue à un trèsgrand nombre d'exemplaires, et à laquelle étaient joints le texte des statuts et un bulletin destiné à être garni par les citoyens qui voudraient souscrire.
Les souscripteurs ne se firent pas attendre. Le 18 QUtrs 1852, ils furent réunis en assemblée générale. Us ^optèrent les statuts, en y introduisant cette seule modification, que le maire de la ville serait de droit le président du comité.
L'assemblée procéda immédiatement à l'élection des membres de ce comité. L'ancienne commission fut élue par T 49*
acclamation; les autres membres furent élus au sorutiQ. Le surlendemain, 20 mars, le comité nomma deuxyiee^ présidents, un secrétaire, un trésorier et un agent comptable salarié, pris hors de son sein * .
Désormais la société était constituée et représentent
Depuis lors elle n*a cessé de fonctionn^er avec une régularité parfaite. Le comité s'est fréquemment réuni et a yotésuo* cessivement diverses mesures réglementaires dont VenseDttUa, joint aux statuts, forme le code pratique de Tassociation.
Ainsi, le comité n'admet que les enfants âgés de 13 ans révolus, ayant fait leur première communion, sachant liw et écrire et connaissant les premières règles du calcul.
Chaque apprenti a son dossier. Ces dossiers ae composeat d'abord de la demande d'admission, qui doit toujours être adressée au comité, par écrit, puis du rapport fait sur cette demande par deux membres du comité, rapport qui renferme tous les renseignements nécessaires pour apprécier les titres du candidat; enfin, d'un double du contrat d'apprentissage.
En outre, toutes les délibérations prises par le comité au sujet d'un apprenti, soit pour lui accorder des secours, soit pour toute autre cause , . sont mentionnées par extrait sur le dossier du patronné qu'elles concernent, et tous leslml" letins ou rapports mensuels du patron y sont soigneusement classés.
Chaque patron a un livret sur lequel il insorit tçut ce qui concerne son patronné. Ce livret renferme un extrait deb
4 . M. BeBiamin Giroud, ckef du secpéUriat de la mairie, est tout ik-, fois Tagept comptable e\ \e aecrétaire de la société. Ëtan| mûie, [M pu apprécier le mérite précoce et l'intelligence d'élite de M. Girevii jeune homme plein d^avenir. C'est lui qui a bien voulu rechercher i 11 mairie et au dehors beaucoup de documents que je lui ai demindèi pour la composition de cet ouvrage v Je lui en témoigne id tonte i refioimalsfiaaoe.
loi du 22 février i85i, sur les contrats d'apprentissage, afin de mettre les patrons en position d'user du bénéfice des dispositions de cette loi. Il renferme en outre les statuts du patronage et une instruction ainsi conçue :
« Les patrons ne doivent jamais perdre de vue que si, dans leurs fonctions, ils exercent l'autorité du père de famille, ils ont aussi à en remplir les devoirs. Ils devront donc s'entendre avec les parents de Tapprenti, afin d'assurer le succès de la mission qui leur est confiée.
« Par le fait de leur acceptation , ils s'engagent d'une manière spéciale :
« A faire une visite hebdomadaire au maître de l'apprenti;
« A avoir des relations fréquentes avec ce dernier et à étudier ses besoins ;
« À prendre chaque semaine des notes sur sa conduite et sur son travail ;
« A adresser au comité un bulletin mensuel résumant ces notes ;
« A éclairer l'apprenti, avant le terme de l'apprentissage, sur le choix d'un atelier , et à se concerter avec sa famille pour le placer le plus convenablement possible.
. « Toutes les dépenses reliitives à un apprenti sont payées parle trésorier entre les mains du patron, et doivent être portées à leur date sur le livret. »
Afin de faciliter l'apprentissage de certaines professions pour lesquelles l'étude du dessin artistique est utile, le comité fait suivre à ceux des patronnés qui le demandent, les cours gratuits de dessin entretenus par la ville. Une heure est spécialement réservée, à cet efiet, dans le contrat d'apprentissage. Le comité se charge des fournitures nécessaires.
JEn outre, le conseil municipal a institué un cours Ai dessin linéaire tout spécial en faveur des patronnés.
Les comptes-rendus ont lieu désormais tous les ans, er assemblée générale et publique. Les enfants, leurs parentSj les patrons, les dames patronnesses assistent à ces réunions, d'autant plus émouvantes qu'elles sont plus simples. Les premiers fonctionnaires s'empressent de s'y rendre, et leui présence est pour tous un honneur et un encouragement.
J'emprunte le passage suivant au compte-rendu fait en 1852, par M. Henri Giroud, notaire :
« Nous avons consulté la liste des souscripteurs, et nous avons acquis la certitude que jamais nos apprentis ne manqueront de patrons. Bien mieux, et les faits sont venus con* firmer notre jugement , nous étions sûrs d'avance de la ponctualité avec laquelle ces fonctions seraient remplies. À de rares exceptions près, les bulletins mensuels ne nous ont pas fait défaut, et nous avons sur nos s^pprentis les renseignements les plus sérieux et les plus consciencieux en même temps qu il soit possible de réunir.
« Cependant, Messieurs, lorsque dans ces derniers jours il a été question de distribuer les récompenses promises, afin de régler cette distribution sur une uniformité de vues et d'observations sans laquelle nous courions le risque d'être injustes, une commission spéciale prise dans le sein du comité a été priée de contrôler toutes les notes remises par les patrons , et d'étendre ses investigations sur toutes les circonstances qui seraient de nature à déterminer la préférence à accorder à tel apprenti sur tel autre.
« Le dépouillement de tous ces éléments réunis met en lumière des particularités pleines d'intérêt qu'il seri(j^t trop long de vous citer :
« Tantôt , c'est un pauvre enfant peu soigné , à peine nourri par un beau-père ou une belle-mère, et qui, grâce
au patronage, va finir par se procurer une existence indépendante ;
« Tantôt, c'est une mère, un frère, une sœur, qui se dévouent au contraire et s'imposent de rudes privations pour rendre votre intervention possible ;
« Ou bien, ce sont de mauvais penchants qui parviennent à être complètement réprimés.
« Souvent aussi, ce sont des organisations tout à fait heureuses qui se révèlent à nous : comme cette jeune fille qui, apprentie tailleuse depuis quelques mois à peine , a déjà trouvé le moyen d'utiliser chaque soir le peu qu'elle a pu apprendre, pour gagner quelques sous et aider aux dépenses de sa famille ; comme cette autre enfant de laquelle on obtient tout, en lui parlant de sa mère qu'elle a perdue. »
Le compte-rendu de 1852 renferme les nouveaux détails qu'on va lire et qui sont non moins intéressants.
« Depuis le mois de décembre 1849, quatre-vingt-dixneuf jeunes gens ont été admis au patronage : soixantequinze garçons et vingt-quatre filles.
« Sur ce nombre, vingt-quatre garçons et dix filles ont terminé leur apprentissage et gagnent aujourd'hui de 1 à2fr. par jour, quelques-uns même davantage. Une chose digne de remarque, c'est que sur les dossiers de presque tous ces enfants se trouve cette annotation bien simple, mais bien touchante : Il remet ce quHl gagne à sa mère.
« Cinq apprentis n'ont pas achevé leur apprentissage, soit à cause du départ de leurs parents, soit pour d'autres motifs indépendants de leur volonté et de la nôtre.
« Un seul est décédé en apprentissage.
« Enfin, le comité s'est vu dans l'obligation de prononcer l^xclusion de sept apprentis garçons et d'une fille dont il citait déjà plus possible de vaincre les mauvais penchants.
Triste nécessité, Messieurs, qui nous prouve que lorsqu'oi veut se rendre utile à ses semblables, ce n'est pas encore assez de venir Targent à la main et le cœur plein de boi vouloir : faut-il encore arriver à temps, ce qui n'est paj toujours facile.
« Un jour, pourtant, nous avons eu ce bonheur. Un pauvre enfant, fils d'un mendiant, avait commis un^ faute, — h faim est une si dangereuse conseillère! — Cet infortuné s( repentait vainement, car les regrets, dans certains cas, ne peuvent rien réparer. Abandonné de tous, sans ressource aucune, il ne savait que devenir, lorsqu'il fut recueilli pai le patronage et placé chez un de ces hommes de cœur don notre cité abonde. De l'enfant pour ainsi dire perdu cet homme a fait un ouvrier intelligent, qui gagne 1 fr. 75 o par jour et auquel on offre en ce moment 2 fr. ' dans ui autre atelier. Depuis qu'il est patronné, son caractère et s conduite ne laissent rien à désirer. N'est-ce pas un beaupri vilége pour le patronage que de pouvoir, dans une réunio solennelle, proclamer ainsi publiquement la réhabilitation d celui qui a su courageusement effacer un moment de fai blesse? »
A ce récit, j'aime à joindre cet autre fait, cité dans ] compte rendu de 1854.
« Nul ne sait comme nous l'histoire de nos apprentis celle de ce pauvre orphelin, par exemple, amené à Grenok par des saltimbanques, et abandonné par eux sur le pa^ de la ville. On lui demandait son nom, son origine : — Un se souvenait que de sa mère, qui était de Grenoble et qui fi nommait, disait-il, Marguerite. C'était tout. — Le patronag l'a recueilli et bientôt il sera ouvrier. »•
Cependant, le patronage a ses détracteurs, car il y a de personnes, en petit nombre, qu'il faut plaindre plus qu
blâmer et qui ne peuvent comprendre ni ce qui est bon, ni ce qui est beau.
H. Grasson, juge de paix à Grenoble, auteur du compterendu de 1858, leur répond en ces termes, que je suis heureux de reproduire :
« Entendrons-nous encore sortir de quelques bouches ce reproche tant de fois répété : les bonnes œuvres, en se multipliant à Grenoble, ont organisé le paupérisme et lui ont donné le droit de cité ; elles lui apprennent à réclamer comme une dette les secours que la bienfaisance verse à pleines mains. Loin de nous cette pensée que dicte Tégoïsme et qui rendrait V homme cruel envers son semblable. Donner à celui qui souffre, lorsqu'il remplit lui-même les devoirs de sa position, T aider quand il accomplit les efforts qu'exigent ses malheurs, c'est là aussi la noble tâche qui nous est imposée.
« Et s'il nous était permis de rechercher ici-bas la récompense d'un bienfait, quel est celui qui ne s'est pas réjoui, au milieu des agitations politiques, du calme imposant de notre cité ? N'avons-nous pas eu quelquefois la douce consolation de voir des familles étrangères venir s'asseoir à nos foyers pour partager notre paix, fixer leur domicile dans les envil'ons de Grenoble pour profiter du repos qu'une autorité J^espectée procure au département tout entier? Les révolutions s'opèrent, mais dans nos contrées elles ont fait verser peu de larmes et notre couronne est encore vierge de Souillures.
« Et quelle est l'œuvre qui est appelée plus que toute «intre à produire de semblables résultats? N'est-ce pas celle ^ni prend l'enfant au sein de sa famille, le relève à ses propres yeux, lui inspire par les sages conseils d'un patron Vhonnéteté et l'amour du travail, et qui, à la fin d'un apprentissage scrupuleusement accompli, le place au nom-
bre de ces hommes qui sont les plus fermes soutiens de Tordre, parce qu'ils savent que les révolutions suppriment le travail, et que c'est à leurs bras vigoureux qu'ils doivent leur existence et celle de leur famille? Ne nous lassons donc point de froiéger V Œuvre du patronage. Les faveurs qu'elle accorde ne sont point un encouragement à la paresse ; elle exige le travail qui régénère, le travail qui sanctifie, lé travail qui ouvre toutes les carrières et appelle, suivant les circonstances, à de hautes destinées. »
Le compte-rendu de 1859, présenté par M. Blandin fils, constate que les recettes se sont élevées, en 1858, à 5,395 fr. 20 cent.-, le produit de 611 souscriptions annuelles figure dans cette somme pour 3,481 fr. 50 cent.
Les dépenses totales ont été de 4,458 fr. 15 cent., de sorte qu'il y avait en caisse 937 fr, 05 cent.
A la fin de 1857, il restait en cours d'apprentissage 53 enfants; en 1858, les admissions se sont élevées à 43; total 96.
Dans le courant de Tannée, ce nombre a été réduit de 42, dont 33 sont devenus ouvriers, dont 4 ont renoncé et dont 6 ont été exclus.
Au 1®' janvier 1859, il restait donc 54apprentiS) savoir : 40 garçons et 14 filles.
On trouve dans le rapport de M. Blandin une heureuse citation, que j'aime à rappeler ici :
« A vous tous enfin, mes enfants, nous dirons en terminant ce que le formulaire des anciennes associations d'ouvriers recommandait à l'apprenti, au moment où il allait quitter le maître de qui il avait appris à travailler :
<t Prends honnêtement congé de ton maître, le dimanche, « après le dîner, jamais dans la semaine; car ce n'est pas rt Tusage d'abandonner l'ouvrage avant le jour indiqué pour « le repos.
•t Dis^Iai : « Maître, je vous remercie de m'avoir appris « un métier honorable ; Dieu veuille que je vous le rende un « jour à vous ou à d'autres. » ^
« Le maître, qui raccompagne, entre autres recomman*' dation^, lui dit alors : « Quand tu rencontreras une fontaine, • bois et ne trouble pas Teau, car un autre pourrait venir « après toi, qui ne serait pas fâché de boire. »
« Ces pensées ne sont que le développement de ce sublime principe de la morale chrétienne dont nous avons parlé souvent, qui dit à tous : « Fais à autrui ce que tu voudrais que « chacun fit pour toi. » '
« Cette recommandation, mes enfants, nous vous demandons de vous la rappeler toujours en souvenir et comme devise du patronage. »
Douze récompenses, et onze mentions ont été accordées aux apprentis dans la solennité de 1859.
Trois récompenses et deux mentions ont été accordées à des ouvriers ou apprentis suivant le cours de dessin.
Enfin, onze mentions honorables ont été accordées à des ouvriers.
Diverses libéralités ont été faites à la société du patronage. ï-iCur histoire est une histoire édifiante.
En 1848, M. Carrère, sous-oflScier de Varmée des Alpes, *lors en garnison à Grenoble, apprit qu'il venait d'être promu au grade de sous-lieutenant. Il était entré au service comme remplaçant. Saisi d'un scrupule honorable, et voulant, en quelque sorte, régénérer par une bonne action l'origine de ses épaulettes, il joignit au prix de son remplacement, qui était encore intact à la caisse d'épargne, tous les intérêts jusqu'au jour de sa nomination, et il déposa son livret entre les mains du maire de la ville, déclarant en feiredon aux ouvriers sans travail. Le montant de ce livret.
arrivant à 2,241 fr. 60 cent., fut laissé à la caisse d'épargne.
En 1850, M. Carrère fut prié de consentir à ce que sa libéralité servit à fonder une dotation spéciale, uniquement affectée au patronage des apprentis indigents. M. Carrère s'empressa d'adhérer à ce vœu.
Ce vœu émanait du conseil municipal, qui délibéra, à ce sujet, le 9 septembre 1850, que tous les legs, donations et libéralités quelconques qui seraient faits pour augmenter cette dotation seraient convertis en rentes surTétat; que le produit de toutes ces rentes serait seul dépensé chaque année et figurerait au budget des dépenses en un seul article, sous le titre de : Dotation du patronage des apprentis in- i digents.
Par son testament du 11 décembre 1850, M"® Annette Berriat, de Grenoble, a légué à la dotation du patronage 200 fr.
Dans le mois de juin 1853, les citoyens qui avaient composé la 2"* compagnie du 1*' bataillon de la garde nationale ont donné une somme de 400 fr. Ce capital avait été offert à la compagnie, enl84?8, par une personne voulant venir en aide aux gardes nationaux qui ne pouvaient pourvoir à leur équipement, et il était resté sans emploi.
Le 4 février 1854, l'Association alimentaire a fait remettre . au comité une somme de 100 fr. * .
La commission d'organisation de la cavalcade^ aujourd'hui dissoute, a compris la société du patronage dans la répartition des sommes recueillies par elle, savoir :
En 1853 pour 250 fr.
A reporter. . . . 500 fr.
4. Déjk, le 17 février 4853, rAssociation alimentaire avait mis ^ >* disposition du comité 500 jetons de soupe et de légumes.
Report. ... 900 fr.
Ë» 1855 pour 235
Total ...... 2,035 fr.
En 1856, la banque de France acheta de la ville de
Grenoble vin emplacement, pour y construire un hôtel.
Lorsqu'on débattait le prix de cette acquisition, deux délibé^
rations furent prises simultanément, Tune, à Paris, par
laquelle la banque renonçait à un rabais de 3,000 fr. qu'elle
avait demandé ; Vautre, à Grenoble, par laquelle le conseil
mimicipal accordait le rabais, Quelle était celle de ces deux
délibérations qui devait prévaloir? La banque de France
trancha noblement la question, en donnant les 3,000 fr,
aux pauvres de la ville. Le patronage fut compris dans ce
don pour 300 fr.
La somme de rentes sur TEtat appartenant à la dotation, au 8 mai 1859, était de 460 fr.
Le 28 février 1855, le comité a décidé que tous les memï^ï'es de la société, qui, à quelque époque que ce soit, auraient *«tît partie du comité, seraient appelés à assister à ses séan- ^os, lorsque des questions importantes devraient y être ^^battues et que la majorité de ses membres réclamerait ur présence ; ils y ont voix délibérative, et le comité, dans cas, prend la dénomination de Conseil de famille.
Telle est l'œuvre à la création de laquelle je suis heureux
^''avoir concouru, dont la loge des Arts-Réunis fit la première
application, dont M. Hippolyte Bouvier fut le principal
f^ondateur, que MM. Arnaud etCrozet, maires, otll constam--
ment entourée de leurs vives sympathies, à laquelle le coas^i' municipal n'a cessé d'accorder son appui intelligent et eio^ pressé, que M. Leborgne, négociant, vice-président cï^ comité, dirige avec le zèle et le dévouement le plus dign^^ d'éloges, et que les citoyens de Grenoble soutiennent cï^ leurs dons généreux.
La société du patronage des apprentis indigents est l'un^ des institutions dont la ville de Grenoble a le plus justement le droit d'être fière. Douée d'un caractère essentiellement préventif, elle fait le bien en s' attaquant à la source même du mal, et elle donne le touchant spectacle, non-seulement du riche s' empressant d'intervenir dans l'intérêt du pauvre, mais encore de toutes les classes de la population, animées d'une même pensée de charité et de désintéressement, sachant unir leur action et confondre leurs efforts pour secourir et moraliser ceux de qui le divin Maître a dit : Laissez venir à moi les petits enfants.
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