LA CONSCIENCE
« Mes enfants,
« L'homme qui a pratiqué le bien en est récompensé par les douces émotions de sa conscience satisfaite. A celui qui a commis le mal, la conscience impose le regret, qui le poursuit; le remords, qui Voppresse.
« La conscience, mes enfants, n'est pas une chose qui s'étudie, qui s'apprenne. La conscience naît avec nous, elle vit en nous, elle grandit en même temps que nous, elle est inséparable de nous. Elle donne à tous les mêmes conseils ; elle dicte à tous les mêmes inspirations; elle a pour tous des sentences infaillibles. Elle abaisse le riche au niveau du plus modeste artisan, elle élève l'artisan au niveau de l'homme le plus riche ; elle nous fait tous égaux devant Dieu, qui Tinsti tua comme une loi commune. L'homme a beau essayer de fuir la conscience ; quelle que soif la direction qu'il prenne, elle marche devant lui ; il a beau grandir ses désirs, enfler son ambition, la conscience monte encore plus haut que lui. Le plus puissant monarque assis sur son trône s'imaginerait en vain avoir laissé sa conscience à ses pieds ; elle a franchi les degrés du trône avec lui, elle en redescend en même temps que lui ; elle règne sur lui bien plus qu'il ne règne sur ses peuples. Vous avez lu, mes enfants, dans l'Histoire sainte, la tentative insensée de ces hommes qui voulurent construire une tour d'une hauteur infinie, afin* de défier un nouveau déluge ; la confusion se mit parmi eux et leur œuvre resta inachevée. C'est peut-être là une image de la vanité des efforts *de l'homme contre la conscience.
« A côté de la conscience privée, individuelle, Dieu, mes enfants, a créé la conscience publique, la conscience générale, ce grand juge qui rend ses arrêts de la part de tous, cette grande voix des sociétés humaines, qui retentit au travers des siècles, inflige au crime la célébrité d'une honte authentique, raconte aux générations, comme un souvenir béni, les actions généreuses, les dévouements utiles, et qui, plus puissante que l'erreur et les préjugés, consacre tôt ou tard les droits de la justice, les privilèges de la vertu.
« A votre âge, mes enfants, vous dépendez déjàdela conscience. Elle vous dit : Aimez et servez Dieu; aimez, respectez, honorez vos parents, qui représentent Dieu sur la
terre. Elle vous dit aussi : Aimez la cité qui vous a vus naître et à qui Vous devez le bienfait inappréciable de Tinstruction; aimez-la comme on aime la maison paternelle, comme on aime le portrait de sa mère ; préparez-vous par la pureté de vosjjBunes années aux austères devoirs civiques de l'avenir. Elle vous dit encore : Recherchez les récréations paisibles, innocentes, fuyez les délassements déshonnôtes. Elle vous dit enfin : Soyez reconnaissants envers ces bons Frères, vos dignes maîtres, dont vous occupez sans cesse le cœur, dont vous remplissez la vie.
« Aujourd'hui, mes amis, c'est la fête de la conscience. Un prix décerné à un enfant signifie qu'il a obéi à sa conscience, et 1 hommage que reçoit ici la conscience privée est accepté avec bonheur par la conscience publique. A plusieurs d'entre vous, la conscience adresse en ce moment de plus amers reproches; elle leur crie de toute sa force d'être plus laborieux et plus sages à l'avenir. A d'autres, elle défend de se décourager, en leur enseignant que tôt ou tard, il y a des couronnes pour la persévérance.
« Bientôt, quand cette solennité sera finie, la conscience vous jettera dans les bras de vos parents ; là, mes enfants, il y aura pour tous, des joies, des consolations ou des encouragements.
« S'il s'en trouve parmi vous que Dieu ait privés de bonne heure d'un père, d'une mère, qu'ils s'acheminent silencieusement vers le lieu du repos suprême ; qu'ils cherchent des tombes modestes et qu'ils leur parlent; la tombe ne répond pas, mais elle entend, elle comprend. Les succès qu'on lui offre sont de ceux que l'on veut mériter toujours ; les promesses qu'on lui fait, deux fois consacrées, par la piété du souvenir et par la religion de la conscience, sont de celles qu'on ne trahit jamais. »