Le vrai monument de Champlain [microforme]
La reliure serrée peut caus.r de l'ombre ou de la distorsion le long de la marge intérieure
C] Blank leaves added during restoration may appear within the text. Whenever possible, these have been omitted from filming/ 1 se peut que certaines pages blanches ajoutées lors d’une restauration apparaissent dans i* texte, mais, lorsque cela était possible, ces pages n'ont pas été filmées.
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Les exemplaires originaux dont la couverture en papier est imprimée sont filmés en commençant par le premier plat et en terminant soit par la dernière page qui comporte une empreinte d'impression ou d'illust'ation, soit par le second plat, selon le cas. Tous les autres exemplaires originaux sont filmés en commençant par la première page qui comporte une empreinte d'impression ou d'illustration et en terminant par la dernière page qui comporte une telle empreinte.
Un des symboles suivants apparaîtra sur la dernière image de chaque microfiche, selon le cas: le symbole ——»- signifie “A SUIVRE", le symbole Y signifie FIN”.
Les cartes, planches, tableaux, etc., peuvent être filmés à des taux de réduction différents.
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SECTION L., 1908, (3] Méuoinss 8, R, C,
L.—Le vrai monument de Champlain: ses Œuvres éditées par Laverpièrr,
Par M. l’abbé Auausre GossELIN, docteur ès lettres. (Lu le 26 mai 1908.)
. On a érigé, il Y a quelques années, ur magnifique monument ! à Champlain, sur le promontoire de Québec, tout près de l’emplacement du fort Saint-Louis qu’il fit construire, en 1620, juste au-dessus de l'endroit où, douze ans auparavant, il avait choisi sur le rivage le lieu de son “Habitation”, et jeté les fondements d’une ville qui, dans su pensée, devait être le berceau d’une florissante colonie,
Du haut de son piédestal—où on lui a peut-être donné un peu trop l'attitude des grands Personnages qui posent sur la terrasse du palais de Versailles—le brave et pieux fondateur de Québec, qui fut toujours si admirable de modestie et de simplicité, semble satisfait du développe. ment de son œuvre:
Miratur molem Æneas, magalia quondam, Miratur portas, strepitumque, et strata viarum.?
Ses regards sont tournés du côté de la ville, dont il vit tracer le premier plan par son ami Bourdon,’ et s’aligner les premières rues telles qu’elles sont encore aujourd’hui; vers l'emplacement où il vit construire # le manoir des premiers seigneurs de la colonie, les Cent Associés ;° vers la riante vallée de la rivière Saint-Charles, où tant de fois il descendit rendre visite À ses bons Pères Récollets ; et au delà, vers ces campagnes riches et fertiles qui ont remplacé l'antique forêt. A ses
“TI fut inauguré le 21 septembre 1898. Lord Aberdeen, gouverneur du Canada, et les membres de la Commission internationale anglo-américaine, qui siégeait alors A Québec, assistaient À l'inauguration du monument. Un magnifque volume a été publié en 1902 pour commémorer les grandes fêtes qui eurent
lieu À cette occasion.
* Enéide de Virgile, livre I.
* Voir notre ouvrage Jean Bourdon et son ami l'abbé de Saint-Sauveur, Québec, 1904, p. 63. .
* Dans l'été de 1635, quelques mois avant sa mort,
*“Le roi les a fait seigneurs” de ce pays. (Rel. des Jésuites, 1636, p. 4.) “Personne ne peut plus prétendre aucun droit sur la Nouvelle-France. . .” (Lettre de M, Lamy, secrétaire de la Compagnie, au P. Le Jeune).
& remplacé sa chère N otre-Dame-de-Recouvrance ; et les grands édifices
non vobis...
Le monument de Champlain sera naturellemi des fêtes que l’on Prépare pour le troisième centenaire de la fondation de Québec! Les foules défileront Pressées autour de ce monument ; elles s’arrêteront devant cette œuvre d’art pour en admirer les proportions,
‘la richesse et les intéressants détails;? elles salueront avec respect la &rand Français qui vint ici planter le drapeau fleurdelysé, et dont le
Mais parmi ces milliers de visiteurs accourus de toutes parts, plusieurs probablement de bien loin, com rendre compte de l'intelligence, du savoir et du génie de Champlain, de son caractère, de l’étendue de ses vues, de la noblesse de ses entreprises et de l’immensité de ses travaux? Qui sont ceux faitement en état d'apprécier le mérite de son œuvre, sinon ceux qui ont Parcouru et étudié attentivement ges Œuvres?
Les Œuvres de Champlain ont été publiées et mises au jour par Laverdière en 1870. Avant lui, elles étaient Presque inconnues, tant étaient rares les exemplaires de l'édition primitive. Aujourd’hui cette précieuse source historique, la plus importante que l'on ait pour les premiers temps ce la colonie, est à la portée de tout le monde; et en publi-
beau monument possible à la gloïre du fondateur de Québec.
Oui, pour nous, surtout, homme de lettres, voués à l'étude des choses du passé, au culte de notre histoire, les “ Œuvres de Champlain, publiées en 1870, sous le Patronage de l'Université Laval, par l'abbé Charles-Honoré Laverdière, professeur d'histoire à la faculté des
arts, et bibliothécaire de l'université” voilà le vrai monument, le monu
ment
Depuis que ceci a été écrit, les fêtes ont eu lieu, une grande magnificence. Le Prince de G:
ronne, y assistait: et un exemplaire riche lui a été présenté à cette occasion,
?Le monument Champlain est l'œuvre de MM. Uhevré et de Cardonnel, de
et ont été cslébrées avec alles, l'héritier présomptif de la Conment relié des Œuvres de Champlain
Paris.
[aosseuin] LES ŒUVRES DE CHAMPLAIN CL]
œre perennius! de Champlain. N'y at-il pas lieu, à occasion du troisième centenaire de la fondation de Quéher. de nous arrêter un peu en présence de ce merveilleux ouvrage, de l’exa . ner dans son ensemble et ses principaux détails, d’en apprécier la vale, et de rendre hommage tant à l’œuvre même de Champlain, qu’à celle du savant, doublé d’un artiste, qui l’a si bien mise en relief ?
Et d’abord, comment ne pas admirer, Au point de vue typographique, œ bel in-quarto, en sept voluines d'épaisseur inégale, ayant chacun leur pagination spéciale au haut des feu:lles, mais unis ensemble par une pagination inférieure, d. manière à former un tout de quatorze cent soixante-dix-huit (1478) Piges, sans compter la préface et la notice biographique de Champlain ? en tête du premier volume? * Dans cette édition de Champlain par Laverdière, pas de ficritures ni de vains ornements, rien de ce luxe extravagant qu’affichent certaines publications de nos jours et les rend presque inabordables, rien de ce que es Anglais appellent le puff, et qu’ils ne savent pas toujours éviter: mais rien, non plus, de mesquin, ni de vulgaire: tout y est noble, simple et digne; digne de Champlain, digne de la grande institution qui donna son patronage à cette édition, digne du nom canadien : le papier est beau, solide et durable; les caractères, de forme antique, ont un œil net qui se dessine bien ; l'impression ne laisse rien à désirer,
* Horace, ode 24e du livre III.
* Nous avons sous les yeux deux études sur Champlein, publiées À l’occasion du troisième centenaire de la fondation de Québec: l’une est intitulée Samuel Champlain, l'autre, Samuel de Champlain. Chose étrange, que cette divergence sur la manière d'écrire le nom de Champlain! L'un lu: accorde la particule; l'autre la lui refuse:
“Champlain, qui a pris la particule de ass; tard, y avait-il droit?" se demande l'abbé Verreau. Et il répond: “ Oui. sans aucun doute, Il :'en est abstenu tant qu’il n’y a pas eu droit; mais devenu possesseur de la terre de Champlain, à la mort de son père, il a indiqué cette possession en se disant Sieur Je Champlain” (Note intitulée Samuel de Champlain, dans les Mémoires de la Société Royale, 1899, p. 79).
Quoi qu’il en soit, n'est-il pas important de s'entendre sur !: manière d'écrire le nom de Champlain? et si la chose n'est pas possible, omettor.s son prénom, avec la particule qui n'ajoute rien à sa gloire, et écrivons tout simplement : Champlain.
Autre divergence, au sujet de Mer de Laval, que l'on appelle quelquefois encore François de Laval ‘e Montmorency, tandis que la S. Congrégation des Rites, dans son décret pour l'introduction de la cause de béatification du Prélat, écrit: François de Montmorenoy-Laval. Rien ne nous semble plus autorisé et plus correct que la manière d'écrire de la Sacrée Congrégation.
* Cette préface et cette notice comptent 76 pages,
Tous ceux qui ont collaboré à cette œuvre en comprenaient évidemment l’importance. Se voyant en présence d’une source historique de premier ordre, ils s’en approchèrent avec respect, et se firent un devoir de n’y rien altérer: l'édition nouvelle est la reproduction exacte et scrupuleuse de l'édition primitive: les gravures, les vignettes et les cartes sont absolument telles que les à conçues et exécutées Champlain, avec cæ cachet de vérité et de naïve simplicité qu’il y a mis et qui les rend si attrayantes,
Laverdière, le principal ouvrier de ce monument historique, a tenu à honneur de faire quelque chose qui fût vraiment digne du fondateur de Québec. Et il a réussi. Faucher de Saint-Maurice 1 n’hésitait pas à appeler son édition des Œuvres de Champlain, “le chef-d'œuvre de la typographie canadienne,”
Oui, c’est un monument dont nous devons être fiers, qui nous honore comme Canadiens, et que nous pouvons montrer aux étrangers avec un légitime orgueil.
Cela veut-il dire qu’il est absclument sans défauts, et que l’on ny pourrait trouver la moindre imperfection typographique? Il serait téméraire de l’affirmer. En toutes choses, et surtout en typographie, il faut tenir compte de l’Humanum est errare. I] y a certainement çà ct là quelques fautes typographiques—nous en avons remarqué nous-même ;— mais elles sont si rares qu’elles peuvent être réputées pour rien.
Au bas du titre des Œuvres de Champlain, se lisent ces mots: “ Québec, imprimé au Séminaire par George-E, Desbarats, 1870.” Cela nous donne occasion de faire aussi brièvement que possible Fhistorique de cette édition.
Elle parut, en effet, en 1870; mais il y avait au moins six ans qu’on y travaillait. C’est en 1864 que l’Université Laval ge décida à prendre Pentreprise sous son patronage, et le séminaire à donner un de ses prêtres les plus distingués pour en surveiller l'exécution.
M. Desbarats, le célèbre imprimeur du gouvernement, s’était chargé de l'impression de l'ouvrage. Mais il allait bientôt quitter Québec pour Ot' wa, devenu le sièg de l’administration fédérale, “J1 poussa la libéralité, dit Laverdière, jusqu’à laisser à notre disposition tout un matériel bien assorti de caractères antiques, avec le personnel nécessaire pour compléter l’œuvre sous nos yeux.”
*L'un des membres-fondateurs de notre Société Royale. 11 a raconté luimême d’une manière fort intéressante les origines de la Société dans son Discours d’inauguration prononcé devant la section française le 25 mai 1882, Voir Mémoires de la Société Royale, vol. 1, p. 18.
* L'abbé C.-H. Laverdière, p. 7.
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[aossauin) LES ŒUVRES DE CHAMPLAIN 7
Ce perronnel et ce matériel de caractères furent installés dans cette vieille maison qui se voit encore entre le séminaire et l'évêché, et qui a servi, au cours de son existence, à tant d’objets divers, notamment de secrétariat épiscopal, quand les évêques de Québec demeuraient au séminaire. C’est là, dans cette vieille maison, que s’est fait tout le travail matériel de l'édition de Champlain, depuis la composition jusqu’au cliché. Paul Dumas, chef de l'atelier! faisait constamment la navette entre cette maison et la chambre de M. Laverdière; que de fois nous lavons rencontré en chemin,’ chargé d'épreuves ou de revises, ordinairement de bonne humeur et la face réjouie, quelquefois cependant un peu excité, moins gai que d'ordinaire, maugréant même contre Laverdière qui lui faisait attendre trop souvent et trop longtemps, à son gré, le bon à tirer!
“Mais, nous n’avançons à rien, disait-il! que de temps nous perdons !—Doucement, mon ami, doucement, répliquait Laverdière avec son petit air tranquille. Lorsque Champlain sera terminé, on ne me demandera pas compte du temps que j'aurai mis à l'impression, mais de l’exactitude et de la fidélité de mon travail”
Un jour, Mgr Baillargeon, qui avait souvent remarqué, lui a’:ssi, les allées et venues de Dumas, le rencontre, et de son air narquois: “Dis donc, Dumas, lui dit-il, es-tu agrégé au séminaire? ” Le prote intelligent, de rire, puis de raconter l'incident à ges amis, qui ne manquèrent pas de le féliciter sur son “agrégation”.
Agrégé au séminaire! On aurait pu croire, en effet, qu’il l'était, tant son séjour s’y prolongeait, tant la vue de sa personne était devenue familière à tout le monde!
L'édition de Champlain avançait cependant toujours un peu, doucement, il est vrai, mais sûrement, Les clichés, au fur et à mesure qu'ils étaient prêts, étaient envoyés à Ottawa, où se faisait l'impression défnitive. Enfin la derzière forme allait être imprimée, et bientôt l’ouvrage distribué aux souscripteurs, qui l’attendaient avec impatience, lorsque dans la nuit dr 20 au 21 janvier 1869 nn incendie désastreux dé truisit complètement et de fond en comble Pétablissement de M. Desbarats,® et tout ce qu’il contenait, y compris les clichés et l’édition de
?On lit A la fin du dernier volume des Œuvres de Champlain: “ Noms des principaux ouvriers qui ont travaillé à cette seconde édition des Œuvres de Champlain: MM. Paul Dumas, chef d'atelier, Ignace Fortier, imprimeur, L.-Robert Dupont, compagnon imprimeur, Jacques Darveau, compositeur, Edouard Aubé, compositeur, Leggo et Cie, lithographes et phototypistes.”
* Nous étions A cette époque secrétaire de l'évêché.
“L'imprimerr de la Reine donnait justement ce soir-là un grand bal costumé,.
Champlain. Tout était perdu, tout anéanti. Laissons ici la parole à Faucher de Saint-Maurice :
“Il était neuf heures du matin, dit-il, lorsqu'on vint apporter la . dépêche qui faisait part à M. Laverdière de la terrible catastrophe, “I la prit, la lut tranquillement, puis se tournant vers un ami qui était là:
“—Ceci me cause un grand chagrin, car réellement M. Desbarats ne méritait pas une pareille épreuve.
est-ce que vous n’y songez plus ?
“—Si, si, repartit Vabbé d’ “ Puis, après une pause :
“Tenez, mon ami, pour vous di je ne suis pas fâché de ce qui lui arrive, Par ci, par là, il s’était glissé quelques petites incorrections, une virgule de trop ou de moi je, moi? Mais mon chef d’utelier a eu le bon esprit d’en
revise, et Dieu inspirant M. Desbarats, ma seconde édition n’en sera que plus exacte 1,”
un air rêveur, j’y songe bien encore...
barats, en particulier, sitôt qu’il eût connu le désir de l'Université, du Séminaire, de l’abbé Laverdière, ï i prise, il s’empressa d'écrire à ce dernier :
“Vos raisons et la conduite du Séminaire à mon égard sont trop bonnes pour que je ne cède pas. Champlain, ajoute-t-il résolument, se réimprimera à Québec... Eh bien, Champlain m’aura coûté quelques trois mille louis (60,000 francs)” ?
Cette lettre était datée du 13 février 1869, trois semaines seulement après l'incendie. On se remit à l’œuvre sans retard, et avec plus de courage et d’énergie que jamais.
Dès l’année suivante (1870), la nouvelle édition des Œuvres complètes de Champlain voyait le jour, et ses magnifiques exemplaires se répandaient dans le Pays et à l’étranger, à la réjouissance de tous les
amis des lettres et de ceux qui s'intéressent à l’histoire de la Nouvelle- France.
? L'abbé C.-H. Lanerdière, p. 7. * Préface des Œuvres de Champlain, p. VE
“—Et votre Champlain? vos six années de travaux, reprit l’autre,
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