‹ Le vrai monument de Champlain [microforme]Chapitre 3 sur 3 · IT · texte numérisé non relu

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Après avoir rendu à Champlain un hommage que je crois juste et mérité, ne convient-il Pas d’apprécier aussi le travail du savant, doublé d’un artiste, qui lui a érigé un si beau monument par la publication de ses Œuvres ?

Il ne s’agit plus de l’œuvre matérielle et typographique; nous en avons déjà parlé. Mais que dire du travail intellectuel dont Leverdiare

Sec. I., 1908. 2.

4 enrichi les (Œuvres de Champlain? Pour en avoir une idée, il suff d'ouvrir ces magnifiques volumes, et de Parcourir ces notes si nom breuses, quelques-unes très longues, qu’il a mises au bas des pages, et don les plus courtes—;] nous le dit lui-même— ui ont coûté quelquefois des semaines d’un labeur ardu: «

“Nous nous sommes efforcé, écrit-il, d’éclaircir certains passages

temps. Rien de Plus facile que de laisser passer inaperçues les difficultés de ce genre; mais approfondissez la question: il faut étudier les lieux, comparer les plans anciens et modernes, les concilier, les raccorder, recourir aux titres et aux documents primitifs; et, après un travail d’un grand mois, vous n’avez à mettre au bas de la Page qu’une toute petite demi-ligne.” 1

qu’il apportait à l'impression de l'ouvrage, et qui faisaient gémir son

graphiques à corriger, mais souvent de notes essentielles à mettre au bas

Grand nombre de ces notes sont du plus vif intérêt ; quelques-unes, de véritables chefs-d chez Laverdière, d’une Connaissance approfondie de notre histoire. I] la possédait sur Je bout de son doigt et dans les plus petits détails ; et

défaut à beaucoup d’historiens ou prétendus historiens.? Si donc il ge Présentait un doute à son esprit, il ne g’accordait aucun repos qu'il ne Peût éclairci: de là ces soins minutieux et ces lenteurs qu’on Jui a quel-

* Préface, p. VII.

* Voulons-nous un exemple, entre mille, de Ja légèreté impardonnable avec Jaquelle certaines Personnes se mêlent d'écrire l'histoire ? Ouvrons l'Almanacr de Rolland de 1908, à la page 102: voici un chroniqueur qui, dans un petit article intitulé À travers l'histoire du Canada, fait naître Mgr de Laval “À Laval (France) Je 23 novembre 1622 ! » Il en est encore À la biographie de Mer de Laval par Labbé Bois. C'est ce qu’on appelle * faire de Füistoire à reculons.”

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tage le mérite et l'autorité de cet historien; et de suite, : résolut de profiter de toutes les occasions qui se présenteraient Pour revendiquer lhonneur de Champlain et ses droits à la justice de l’histoire, De là ces notes, assez nombreuses, souvent très piquantes, dans lesquelles il prend à partie l’abbé Faillon et démontre l'injustice dont il fait preuve à l'égard du fondatgur de Québec.

11 le surprend quelquefois en flagrant délit de tronquer les textes, comme par exemple—i] s’agit - fois, non de Champlain, mais de Laval—lorsque l'abbé, voulant Prouver que le prélat outrepassait les bornes de son autorité, s’appuie sur le Journal des Jésuites, qu'il cite en le tronquant. Le Journal avait dit: « M. de Pétrée disposa de tout ici-bas (à Québec) et à Montréal souverainement pour le spirituel”; ce qui est tout-à-fait dans l’ordre. L'abbé Faillon cite tout simplement : “M. de Pétrée disposa tout souverainement à Québec et à Montréal”, donnant au texte, par le retranchement des mots Pour le spirituel, un tout autre sens qu’il ne comporte:

“ Comme on le voit, dit Laverdière, citant, lui aussi, mais correctement, le Journal des Jésuites, il ne s’agit ici que de juridiction ecclésiastique, quoi qu’en dise M, l'abbé Faillon, qui tronque ce texte comme suit: “ M. de Pétrée disposa tout souverainement à Québec et à Montréal”. Après avoir ainsi retranché les mots Pour le spirituel, il lui était facile de tirer la conclusion que Mgr de Laval “ crut pouvoir outrepasser les bornes que le roi avait prescrites.” ?

Champlain donne quelque part les raisons de son alliance avec les Hurons contre leurs ennemis: “Il était très nécessaire, dit-il, de les assister, tant pour les obliger davantage à nous aimer, que pour moyenner la facilité de mes entreprises et découvertures, qui ne se pouvaient faire en apparence que par leur moyen, et aussi que cela leur serait comme fun acheminement et préparation au Christianisme.”

“ L'auteur de l'Histoire de la colonie française on Canada, écrit en note Laverdière, a bien soin de tronquer ce texte, et d’en retrancher ce qui non seulement justifie Champlain, mais encore est tout à sa louange.

* Histoire de la colonie française en Canada, Villemarie, Bibliothèqne parole siale, 1865, x ? Journal des Jésuites, p. 264.--Histoire de la colonie française, t. II, p. 346.

20 SOCIL:ÉË ROYALE DU CANADA On conçoit qu’avec de pareils Moyens il est facile de tirer des conclusio

Ailleurs, ji’ se Moque agréablement des SuPpositions du même auter au sujet du prénom de Champlain, Samuel :

“ De ce que le nom de Samuel, donné à Champlain, était, paraît.i inusité alors chez les catholiques, et en honneur chez les protestant:

et la mère de Champlain avaient dû apostasier ; car son père s'appelait ‘Antoine, et sa mère Marguerite, deux noms tout à fait catholiques.”

d’abord une préface générale en tête de son ouvrage face spéciale Pour chaque volume. Ce sont de véritables petits chefs-

mais d’une manière si exacte, qu’elle sera toujours citée comme un mo-

Artiste, Laverdière l'était vraiment dans toute ‘acception du mot : il était Musicien, chantait admirablement, et pouvait lire n’importe quelle partition ;1 ji] était un dessinateur émérite; i] était très entendu en architecture: ou Plutôt que n’était-i] Pas, et que ne savait-i] pas ?

Nous avons rendu hommage à l'artiste, à l'éditeur distingué des Œuvres de Cham plain. Disons Maintenant un mot de l’homme, que nous avons si bien connu et appris À estimer. ]] est resté dans notre mémoire comme le type de l’homme aimable, franc et sans dol, incapable d'aucune bassesse, bon et serviable, à la fois doux et fermi persévérant dans ses réso] utions.

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+ C'est à Laverdière que l'on doit la belle édition du Graduel et du Vespéral romain, imprimée.à Québec chez Desbarats en 1864 ; criles des Chants lithurgiques, du Paroissiea noté, de la Semaine Sainte, ete,

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C'était une nature riche et facile, extrêmement bien douée, pleine de talents et de ressources, et qui pouvait rendre des services inappréciables à une institution comme le séminaire et l’université. M. Casault, qui s'entendait en hommes, n’avait Pas raanqué de se l’attacher comme un précieux auxiliaire,

Son extérieur n’avait cependant rien de brillant; il paraissait même un peu gauche et lourd dans ses allures. Tout en étant d’une conversation facile, dans l'intimité, il n’était nullement doué du don de l’éloquence; il n’avait rien non plus de bien remarquable comme professeur. Sa véritable fonctio-. c’est celle qu’on lui avait confiée, en le nommant bibliothécaire de l’université. Il était }à vraiment à sa place: homme d’ordre et de classification, d’un savoir universel, d'un goût sûr, capable d'apprécier toutes choses à leur juste valeur.

C’étuit un heureux caractère, toujours de bonne humeur, toujours prêt à rendre service, et n’avait rien de cet égoïsme qui dépare souvent les plus belles qualités des savants et des érudits. Plein de connaissances, il était d’un accès facile à tons ceux qui vensent le consulter, il .4 éclairait, les soutenait, les encourageait dans leurs travaux. Il était d’une tranquillité d’âme admirable; et lorsque je pense à Laverdière, je ne puis m'empêcher de me rappeler l'impavidum ferient ruinæ d’Horace :,

Ses amusements, c'était son violon, quand le mauvais temps le retenait à sa chambre; c’était surtout sa chaloupe, dans la belle saison. Jes mariniers du port étaient sûrs de le voir arriver à certaines heures de la journée. 11 tendait ses voiles, détachait son embarcation, ct filait une course du côté de Maizerets, ou bien vers le Château-Richer, son Pays natal, où tout le monde est un peu navigateur. Sa chaloupe, diton, lui joua plusieurs fois de mauvais tours, mais il ne s’en vantait pas.

Sa grande passicn, c’était celle de l’histoire, de l’histoire de notre Pays, surtout, qui l’occupait sans cesse, qu’il étudiait et cherchait à approfondir dans les plus petits détails; et lorsque quelque problème se présentait à son esprit, il ne se donnait de repos qu’il n’en eût trouvé la solution.

Il nous semble encore le voir ar iver, un matin, au presbytère de Notre-Dame de Québec? armé d’un pic et d’une pelle, affublé d’une vieille soutane aux manches retroussées, Il venait demander au curé Auclair la permissicn de travailler un peu dans le petit jardin de la cure: “ J’ai espoir, dit-il, d'y trouver Notre-Dame-de-Recouvrance.—Bonne chance, lui répond lexcellent curé” La question de déterminer l’en-

rm,

Ode 8e du livre III.

* Nous étions alors vicaire à la Basilique.

prépare cette admirable petite brochure que l’on connaît et qui fait ] joie des archéologues Canadiens,

L’anné, précédente, il avait localisé avec le même succès, dans l jerdin du séminaire, l’endroit précis où se trouvait la maison de Guil. laume Couillard, maison qui, comme on le sait, fut le berceau du petit séminaire fondé Par Mgr de Laval.

Ah! quelle n’était Pas sa joie, lorsqu'il faisait de pareilles déconvertes. On sait le bonheur qu’il éprouva—il le dit lui-même quelque part ®—lorsqu’il découvrit s à Sillery les fondations de l’ancienne église des jésuites et les vénérables restes du P. Ennemond Masse, qui y avait été inhumé en 1646: “Aujourd’hui, écrit-il, un joli monument, dû principalement à Ja piété des habitants de Sillery, rappelle à la fois la mémoire de ce saint missionnaire et celle du généreux fondateur de cette ancienne réduction.”

tout, que nous devons celle des Relations des Jésuites, qui furent publiées à Québec en 1858 “sous les auspices du S0uvernement canadien” C’est à lui également que nous devons celle du Journal des Jésuites,

Ouvrages, enrichis surtout, comme ils le sont, de magnifiques Tables

alphabétiques, que Laverdière lui-même a faites avec soin, et qui lui ont coûté tant de travail et de recherches, dont nous bénéficions aujour-

* Voir notre ouvrage Henri de Bernières, Qué ce, 1902, p. 123. * Note 8 de la page 44 du Journal des Jésuites. * Le 2 octobre 1863.

ait alors vivesujet. Laverprit, et du pree-Dame-de-Reé le mur à dé adations de la sa chambre, il et qui fait la

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eilles déconême quelque ienne église Qui y avait nt, dû prinfois la méur de cette

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dière, sur- 'urent puanadien”, Jésuites, tion avec ces trois 8 Tables qui lui aujour-

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Certes, en voilà assez, il nous semble, pour rendre la mémoire de Laverdière infiniment chère à tous ceux qui s’occupent d’histoire canadienne, et qui savent apprécier les sources dont il leur a rendu l’accès si facile. N’était-il pas juste de lui rendre quelque hommage? et ne convient-il pas de lui garder un souvenir reconnaisant ?

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