‹ Le vray mistère de la passionChapitre 10 sur 90 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

mais en très grant fragilité,

de vouloir prompt, de chair débile,

tenté de toute chose vile.

Si Lucifer le glorieux,

avec ses anges, chut des cieux,

peux-tu à rtiumaine faiblesse

ne pas condouloir en simplesse?

L'homme n'est-il assez puni

par travail, mort, douleur; banni

du haut séjour célestial

et enclos au limbe infernal?

Voy d'icy tout le genre humain,

Adam, chef-d'œuvre de ta main,

implorant, en chartre dolente,

la Rédemption, las! trop lente

que promit ton vouloir divin.

toi que nul n'invoque en vain,

doulce fontaine de concorde,

h tes pieds, je. Miséricorde,

supplie et requiers le pardon.

Les anges chantent.

Mercy octroyez, ô Dieu bon!

Les déables chantent.

Oncques ne briserez nos fers !

Cl/ paroisl en leCiel^ à la dextre Dieu le Père, la Saincte ymafjn de Nostre Saulveur dans sa gloire. Et monseigneur S. Michel en une blanche armure s'aduance et dict, cependant que les déables grondent sourdement en V enfer :

S. MicheL

Terre, cieulx et damnés enfers, passés et présents univers,

8 MISTÈRU DK LA PASSlUN.

adorez celui qui se nomme

le fils de Dieu, le fils de l'Homme !

Les âmes.

Le fils de Dieu, le fils de l'Homme :

Noël! c'est le doulx Messias !

Les déables.

Hélas! hélas! hélas! hélas!

Leur liesse est nostre souffrance.

Les prophètes chantent.

De Dieu la henoite clémence Nous vient de monstrer le Saulveur, Chantons, (|u'une sainctc» démence Dise nostre joie et ferveur.

Jéhovah! seigneur suprême, gloire à tes éternels desseins, voici venir l'oint du saint-chréme, ployez genoux, anges et saints.

Les âmes chantent.

Noël aux éternels desseins!

Menons feste et chœurs plantureux à ceste nouvelle apportée qui a toute réconfortée l'assemblée des douloureux en l'espoir du doulx Messias.

Les déables chatitoit.

Hélas! hélas! héJas! hélas!

Cy fine le Prologue du Mystère de la Passion

LE r TABLEAU

En lequel on veoit la perfide conjuration des Juifs et la triomphante venue de Jhesus en Jherusalem au jour des Rameaux.

El notez que doibt VeschaffauU figurer à désire la salle du conseil des Pharisiens et à senestre la porte de la cité. Et cependant que s*entend sourdre le refrain d'enfer^ premier a^tdvance Sathan et dict :

Sathan.

Diables de l'infernal déluge En cruels tourmens estendus, serpens damnés et confondus en feu ardant et perdurable, maudits sous peine interminable, tant qu'éternité aura cours, venez moi bientost à secours, car la rage m'a pénétré :

Le doubte en mon cœur est entré sur ce Jhésus ceint de mystère qui brigue mon pouvoir sur terre, sur ce Jhésus tant espié, tant poursuivy, tant costoyé :

Plus le regarde, plus le crains,

tant il excède* tous humains.

Est-il homnie, est-il ange on Dieu, lui qui in'escha[)pe dans tout lieu; lui qu'en vain je tente au désert, lui qu'orgueil ni péché ne perd?

Icy, dans mon notable empire, sa vertu m'ose contredire :

il confond les pharisiens, les manants se proclament siens, féaulx subjects et hommes liges, et, par très damnables prestiges, il se fait prince en vérité dans Jhérusalem la cité.

Lucifer, mon maistre et mon roy, toi qui m'as commise ta foy pour perdre cest homme damné, ha! ne me laisse abandonné!

Et vous, servants, fils malheureux, diables^ obscurs et ténébreux, tourbe despiteuse et vilaine, soufflez une infernale haine au cœur de tous ses ennemis :

qu'il soit en maies mains remis, bafoué, conspué, meurdry et de vile mort amoindry.

Mort, mort, où es-tu enserrée?

Jette l'œil au deuil où je suis :

ma fille de moy engendrée, toy que je quiers et qui me fuis, toy, l'emperière des enfers

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