‹ Le vray mistère de la passionChapitre 51 sur 90 · AI · texte numérisé non relu

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Caïphe.

Je meurs de deuil et de destresse,

si fort l'impiété me touche ;

les dents me serrent en la bouche

et m'enfle le cœur de despit; l:y^

s'il faut que cest homme ait respit

mes jours finiront à douleur.

Vien ça, homme plein de malheur,

mauldite et fourbe créature,

approche de moy : je t'adjure,

par le Dieu vivant qui créa

ciel, terre et tout ce qu'il y a,

que tu me dises en ce lieu

si tu es Christ, le filz de Dieu,

qui des prophètes est prédit?

Jhésus, respons-moi.

k MISTÈRIi:. DK LA PASSION.

Jhésus.

Tu ras dit.

Mais je vous dis bien plus avant que vous verrez d'or en avant le fîlz de rhomme en gloire claire seoir à la dextre Dieu le Père, et venant du lieu supernel dedans les nuées du ciel en puissance et vertu suprême.

Caïphe.

Ai-je entendu pareil blasphème!

qu'est-il besbing d'aller plus loing pour trouver contre luy téraoing?

puisque le fîlz de Dieu se dit, publiquement blasphemavit !

Icy deschire Ca'iphe ses veslemenls.

Vous mesmes le blasphème oyez :

que vous en semble?

Jhéroboam.

Ostez, ostez!

Il est coupable de mort grève.

Caïphe.

Vous vovez comment il s'esiève contre la lov de tous costès :

que vous en sembltî?

Mardochée.

Ostez, ostez!

il est coupable de mort grève.

JIIÉSLS DKVANT CAÏPHK. l'.i

Calphe.

Pour que la sentence s'achève, il faut porter ce cas mortel devant le prevost criminel :

menez l'homme à Ponce-Pilate.

Jhéroboam.

Mettons-nous en la vove en haste.

RouUart.

Vien ça, faux trahi tre enchanteur.

Dragon.

Marche, larron.

Gueulu.

Marche, menteur.

Roullart frappe Jhésiis au visage.

Or prophétise-nous, Jhésus :

qui est-ce qui t'a frappé sus?

Cy se départent les juif x et mènent Jhésus devant Vhoslel de Pilale; et parle ainsy Jkéroboam à l' huissier.

Huissier, monseigneur le prévost peut-il point saillir aussitost à son tribunal de justice?

70 MISTÈRB DK LA PASSION.

Barraquin, huissier de Pilate.

Ce n'est heure certe propice ; vous estes forment^ matineux.

Jhéroboam.

Pour cas liastif et hasardeux à prévost tout heure est d'olfice.

/('// poussent les juifs moiiU ijrand clameun cependant qu'entre Harraquin en Vhoslel de Pilate; et sort bientost Pilate sur le perron et dit :

Pilate, prévosi de Judée.

Qui donc réclame ici justice?

Pourquoy cette gent assemblé et pourquoy suis-je réveillé dans la nuict împortunément ?

quelque trouble soudainement menace-t-il la république ?

Jhéroboam.

Prévost, entends nostre supphque :

c'est un coquin de faulx aloy, maudict de Dieu et de la loy.

Très digne de mort le trouvons, mais pour ce que pouvoir n'avons . de Toccire et expédier, surtout de le crucifier — et c'est ce que nous prétendons nous te le livrons et rendons pour scntencier du méfait.

\. Fortement.

JHESUS DEVANT CAIPHE. 77

Pilât e.

S'il a en votre loy méfait, pourquoi ne le jugez vous-mesmes?

Jhéroboam.

Vous seul avez pouvoirs suprêmes.

Ce fourbe a porté grant meslée en la terre de Galilée; brouilleur, noiseur et schismatique, il gaste la chose publique :

il doit périr vite et très bien.

Pilât e.

Puis donc qu'il est Galiléen , en tant qu'il touche cette marche, c'est à Hérode le tétrarche de juger; je n'y puis rien voir.

Jhéroboam.

Il est certe en vostre pouvoir.

N'estes vous pas prévost commis pour punir tous les ennemis qu'encontre l'empereur ontreuve?

Pilât e.

Qu'Hérode de. ce baille preuve , et je, prévost, le punirai.

Or mes francs archers hélerai pour exécuter la sentence.

Cy se départent les juifs pour conduire Jhésus devant Uérode^ cependant que dict Pilote à Barraquin :

Pilât e.

Barraquin, ne donne audience

78 MISTÈRË DK LA PASSION.

à ces juifs très desloyaux qui sont plus venin que crapauds; je ne les veulx escouter mie.

Mais luMîhe toute ma meignie pour battre ce fol cy avant.

Cy rentre Vilate m son hostel et va Barraquin hue lier les tiranls^,

Barraquin.

Sus! réveillez-vous, le couvent!

Les coquard s sont chauds en leurs plume s,

car ce leur sont vieilles coustumes

de dormir belle matinée. —

Brovfort!

C]l sort Broye/fort de son re'duict moult ensommeillé et dict :

Broyeflfort, premier tirant.

Hola!

Barraquin.

Maie journée, te veuille étrangler Tervagant!

voicy ton patron tout vagant, uussy esseulé qu'un vieil chien, et tu dors cy?

Broyeflfort.

Et je croy bien :

suis-je trop petit pour ce faire?

Barraquin huche.

Claquedent?

Cy sort Claquedent moult lentement du re'duict. 1. Les bourreaux.

JIIÉSUS DBVANT CAÏPIIE. 7\)

Claquedent, deuxième tirant.

Bé, je vien, je vieil.

Barraquin.

Et tu dors cy?

Claquedent.

C'est mon affaire.

Barraquin huche.

Orillart?

Cy sort Orillart.

Orillart, troisième tirant.

Mais qii'as-tu à braire?

Barraquin.

Monseigneur te huche, tien, tien, et tu dors cy?

Orillart.

Or, ai-je rien à matines de mieux à faire?

Barraquin huche.

Brayart, fault sailHr de ta chaire, ainsy commande le prévost.

Cu sort Brayart.

Brayart, quatrième tiraiit.

Est-ce pour escumer le rost?

J'ay ma narine toute preste.

Barraquin.

Voicy meignie* bien honneste!

Mais n'est point saison de bailler, adoubez-voiis à travailler à très dure et maie besogne.

Claquedent.

Peste du maistre sons vergogne !

lault donc parer fouets et verges?

Barraquin.

Oui, fouets, tenailles, flamberges, chevalets et toutes douceurs.

Cy se déparlent les tiranls pour parer lein^s armes et fouets, et cependant Noslre-Dame cherchant 3 hèsus en compagnie dessaincles femmes, se trouvent à Venconlre S. Jehan et dict :

Nostre-Dame.

Mes bonnes dames et mes sœurs, pour Dieu, dites-moy vérité :

où est mon enfant transporté?

j'erre de ruelle en ruelle, hélas! qui me dira nouvelle de mon très benoist fils Jhésus?

S. Jehan.

Pour Dieu, ne m'interrogez plus, ne me demandez plus nouvelle,

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