Maisou, doiucslicité
JHÉSUS DBVANT CAÏPHE. 81
car mon cœur débat et sautelle, mes yeux pleurent, ma bouche plainct, et suis de douleur sy coutrainct qu'à peine me puis soustenir.
N.-Dame.
A quel deuil, las! dois-je venir?
Ne me celez rien, je vous prie, car si ja Tlieure est accomplie que mon fîlz doit mort endurer, plus ne doit mon cœur murmurer, autant de douleur soit espris.
S. Jehan.
Ah! ma dame, mon maistre est pris, bafoué, insulté, meurtris, sans avoir l'ayde de personne :
on l'injurie, et mot ne sonne ; on le lie, et ses deux bras tend; on le bat, point ne se défend; on le mène, point ne rebelle.
Oncques prise si fort cruelle ne se fit sur homme mortel.
N.-Dame.
O Père puissant éternel, en ceste douleur très amère, conforte la dolente mère que traites à tant de rigueur.
Madeleine.
Dame, dame, prenez bon cœur, ayez pensée* plus hautaine
l. Ve muet se prononce.
82 MISTÈRK DK LA PASSION.
que vostre affection humaine, car Dieu veult qu'ainsy se parfasse.
Hault de sir vostre deuil efface :
contemplez les divins mystères enclos es douleurs très amères que vostre cher enfant soutient.
N.-Dame.
Ohéir à Dieu il convient, tel deuil son hault vouloir amène.
Mais je suis femmelette humaine, la plus simple de tout le monde où amour si très grant abonde envers mon fîlz que tant désire!
Merveille n'est si je soupire, merveille n'est si mon cœur fend, et si Dieu fort ne me défend, je succomberai sous le faix.
Lorsque mes sens sont tant défaits, je me vouldrai mettre en prière devant la divine lumière, pour qu'elle veuille nous sauver et mon cher enfant préserver.
Cy se met Nos fre- Dame en pri(}re, et cependant harpent les hatpeurs,
Dieu glorieux,
père généreux,
ô divine essence ([ui de vostre doulce clémence m'avez départi et donné
fils tant bienheureux,
fils tant précieux,
de liaulte excellence ,
JHÉSUS DIîVANT CAÏPHE. SIJ
or vous requiers pour sa défense :
ne le laissez abandonné ; c'est mon filz, mon unique né.
Ce fut par Ja bonté divine que dans mon sein il prit racine ; mon désir onc ne le requit n'oncques ne me réputai digne d'avoir un filz de si bault signe ; mais, puisqu'à douleur il nacquit, puisqu'avec moult inquiétudes relevai en sollicitudes, ô père du ciel triomphant, veuillez huy garder mon enfant de ceste gent dure et vilaine.
C// se despart Nostre-Dame avec S. Jehan et les saincies femmes. El Von entend la moult lointaine plaincte des âmes qw., du Limbe^ parvient jusqu'en la terre oit va Jhésus, pour la Rédemption des hommes^ souffrir maint cruelles douleurs.
Les âmes chantent.
Quand viendras4u, doulx Messias, voir la peine qui nous abonde !
Autres âmes.
Quand viendras-tu, Saulveur du monde, nous apporter joie et soûlas?
Cy respondent par haineux refrains les déahles à la plaincte des âmes.
Les diables chantent.
La dure mort éternelle, c'est la chanson des damnés ; bien nous tient à sa cordelle la dure mort éternelle ;
la dure mort éternelle c'est la chanson des damnés.
C// arrive Salhan moult joyeux en la place.
Sathan.
Haro! comme joyeux je suis et que j'ay liesse entraînée, confite de rage enflammée d'avoir si très bien besogné.
J'ay tout gagné! j'ay tout gagné! et ay parfait un hault chef d'oeuvre tel qu'aucun diable jamais n'œuvre.
Pilate va juger Jésus; les bourreaulx lui courent jà sus.
En enfer m'en vais tout battant, moitié hurlant, moitié chantant, car, quand Lucifer le saura, liesse éternelle il aura de si belle et noble besogne.
Icy Sathan huche Lucifer,
Lucifer, horrible cigogne, au nid d'orgueil sans fin couvant, réveillez-vous, venez avant ouïr miracle que vais faire!
Cy paroit Lucifer et lui dict Sathan .*
Eh dea! Jhésus nostre adversaire est pris, lié, battu, rendu,
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et tost en croix haulte pendu; si le diable n'y met la patte, ou par Hérode ou par Pilate il aura maie passion.
Icy parais t au ciel Monseigneur S, Michel.
S. Michel.
Reprenez consolation, amis de Dieu infortunés, vous qui semblez abandonnés en dures chartes ténébreuses, cessez vos plaintes douloureuses :
le fils de Dieu très bienheureux, Jhésus, le doulx et gracieux, s'est livré de gré vohmtaires au pouvoir de ses adversaires, et s'humilie* sous leurs mains pour te délivrer, genre humain, d'enfer et d'éternelle mort.
Tiuclter parle à Sathan.
Cependant qu'on entend moult profondément les chants de liesse des dmes du Limbe,
Ha! traistre, qu'est-ce qui t'amord, de me faire si meschant compte; vassal félon tout plein de honte, nous as-tu cecy rapporté !
Faulx Sathan, tu as tout gasté, faulx ennemy terrible et noir, tu as destruit nostre manoir.
Si tu ne trouves le moven que de ce faict cy ne soit rien,