SCÈNE VI M/^^riM CARLIDGE, JENNI, JONES
MISTRISS CARLIDGE.
Je te trouve donc, à la fin, misérable suborneur I Voilà cent fois que je viens ici, et tu te caches toujours pour ne pas me voir; mais tu ne saurois m'échapper aujourd'hui ; tu me feras raison de toutes tes perfidies à Pégard de ma fille.
JENNI
Ma mère, je vous en prie, parlez lui avec plus de douceur.
MISTRISS CARLIDGE.
Laissez-moi tranquille, petite sotte.
JONES
Doucement, mistriss ; ne nous emportons pas. En quoi, s'il vous plaît, avez vous à vous plaindre de moi ?
MISTRISS CARLIDGE.
Comment, malheureux ! ne l'as-tu pas enjôlée, trompée; et puis tu nous plantes-là. Et ton enfant, ta pauvre petite fille, misérable, parle, qu'en veux-tu faire ?
JONES
Tout ce que vous voudrez. Votre Jenni a beau faire la prude, suis-jele seul qui?...
MISTRISS CARLIDGE.
Ah, scélérat! il faut que je t'arrache les yeux.
jENNi, se mettant entre jones et sa mère.
C'est moi, ma mère, qui mérite toute votre fureur ; sans mon indigne faiblesse à croire à ses serments, et à me contenter d'une promesse de mariage, il n'outrageroit point ma vertu.... Mais il a raison, je mérite ses mépris ; je dois être à ses yeux la plus vile créature.... Puisse mon exemple servir de leçons aux jeunes personnes qui manquent à leur devoir ! {Elle pleure.)
MISTRISS CARLIDGE.
Tu nous feras mourir de chagrin ; elle qui t'a tout sacrifié, et moi, qui avois en main de très bons partis pour elle.
JONES
Mais songez combien vous m'avez coûté l'une et l'autre. J'ai dégagé son frère; j'ai payé l'apprentissage de sa sœur ; enfin, pour ses beaux yeux, j'ai subtilisé ma famille ; je me suis accablé de créanciers. Que voulez vous donc que je fasse encore?
JENNI
O Dieu ! je suis cause que vous vous êtes porté à des actions si basses ! Vous, Jones, vous! voler vos parens, et par rapport à moi ! . . Malheureuse que je suis!...
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MISTRISS CARLIDGE.
Je veux que tu épouses ma Jenni. Sans toi, perfide, elle auroit toujours été sage ; si tu oses encore hésiter, je vais tout déclarer à ton père,.
JONES
Ne faites pas cette sottise ; vous vous ressentiriez de son humeur violente.
MISTRISS CARLIDGE.
Va, je ne le crains point. Je lui dévoilerai toute ta vie libertine : je m'en suis fait instruire. Quand il saura que c'est toi qui l'a volé si souvent, il te fera certainement enfermer pour le reste de tes jours, ainsi que la perronelle pour qui tu quittes ma fille.
JONES
N'en dites point de mal, je vous en prie ; c'est une fille gaie, complaisante, et qui est recherchée par plus de vingt bons partis.
MISTRISS CARLIDGE.
Cela ne l'empêche pas d'en chercher aussi ellemême, elle est parée comme une Actrice; et je suis sûre que c'est plus aux dépens de ton père qu'aux tiens. Oh bien, je l'en avertirai, et dès demain.
JONES
Point de bruit ; vous gâteriez encore plus vos affaires. Mon père veut me marier à toute force, et
m'établir convenablement; je feins d'acquiescer à son projet, afin de mettre la main sur la somme qu'il me destine. Si je réussis, vous vous en ressentirez toutes les deux .
JENNI
Qu'entends-je ! Il se marieroit avec un autre ! Ce serait pour moi le coup de la mort.... Je me suis bien toujours doutée qu'après la faute que j'ai faite, je ne devois plus espérer d'être heureuse.
JONES, touché.
Miss Jenni, ne vous affligez point ; je vousaime toujours.
JENNI
Vous m'aimez et vous m'accablez de mépris !... Âh! si vous lisiez dans mon cœur I
Pardonnez des paroles qui m'échappent dans la colère.
MISTRISS CARLIDGE.
Veux-tu être un honnête homme ? Sois son époux dès aujourd'hui.
JONES
D'honneur, la chose est impossible.
MISTRISS CARLIDGE.
Pourquoi nous dédaignes-tu, misérable? Nous
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valons cent fois mieux que ta famille. Je gagne ma vie par un travail honnête, et ma fille se soutient avec décence, en faisant de la dentelle. Nous devons rougir de t'avoir connu .
JONES
Je crois qu'en effet je ne suis pas digne de votre alliance.
MISTRISS CARLIDGE.
Il te sied bien de nous plaisanter.... Mais puisqu'elle a eu la sottise de t'aimer, elle sera ta femme, ou tu te repentiras toute ta vie de l'avoir trompée.
JENNI
Laissez-le, ma mère ; sortons de cette maison, fe renonce à le voir ; je me charge de nourrir par mon travail le fruit de mon malheureux amour : cette enfant aura un cœur plus tendre et plusreconnoissant que son père.
MISTRISS CARLIDGE.
Ecoute, Jones, je suis au désespoir; ses larmes me font mourir; et toi qui les causes, tu n'en es point touché! Je vais de ce pas déclarer à ton père et à ta future tout ce qui s'est passé entre ma fille et toi.
JONES
Mon père seroit furieux, mon mariage n'auroit plus lieu, je ne toucherois point d'argent, et vousmêmes, vous n'auriez rien du tout.
5o Le Vuidangeur
MISTRISS CARLIDGE.
Il n'importe, c'est le pis-aller. Je m'en vais le trouver, je lui montreroi ta promesse de mariage : s'il me rebute, s'il est aussi injuste, aussi cruel que son fils, j'irai tout de suite chez le Juge de Paix, à qui je détaillerai toute ta vie perverse, et les indignes actions que tu as faites pour entretenir ton libertinage.
JONES
Ne vous avisez pas de cela : mon père dort à présent; on ne vous laissera point entrer dans sa chambre.
MISTRISS CARLIDGE.
Oh ! parbleu ! je forcerai la porte ; nous allons voir.
JENNI
Ma mère, cette violence ne peut que me rendre plus malheureuse .
MISTRISS CARLIDGE.
Non ; c'est inutile.
JONES, V arrêtant.
Eh bien, ma chère Mistriss Carlidge, faisons mieux ; traitons les choses de sang-froid et amicalement. Accordez-moi jusqu'à demain, afin que je prenne les mesures nécessaires ; et je jure d'épouser Miss Jenni.
sensible 5i
JENNI
Seroit-il possible ! Rendrois-tu assez de justice à mon amour ?
MISTRISS CARLIDGE.
Ne me fais pas de mensonge, comme à ton ordinaire.
JONES
Non ; je vous donne ma parole d'honneur.
JENNI
Va, mon cher ami, tous mes instants seront employés à te rendre heureux.
JONES
Retirez-vous actuellement ; je crains qu'on ne VOUS surprenne ici. (// embrasse Jenni.) Adieu, mon amie ; dans un instant j'irai te voir.
MISTRISS CARLIDGE.
Si tu nous trompes encore, j'ai ma vengeance toute prête. (^Elle sort).
JENNI
Je fais ce que je peux pour l'adoucir en ta faveur. Aime-moi comme je t'aime, nous serons tous contens. (^Elle sort).
JONES, seul.
L'innocente créature ! Elle est douce comme un agneau. . J'ai presque des remords, . . Quelle folie!