‹ Le vuidangeur sensibleChapitre 16 sur 33 · WILLIAM, JONES · texte numérisé non relu

WILLIAM, JONES

Ton contrat de mariage est dressé ; nous avons tout mis en règle. Mais pourquoi n'es-tu pas rentré plus tôt ? Je t'aurois présenté à ta future.

JONES

Je viens de la voir, et toutes ces Dames sont à la promenade, où je n'ai pu les accompagner.

WILLIAM

N'est-ce pas qu'elle est charmante ? Si tu es sage, tu seras l'homme du monde le plus heureux. Avec du bien, des espérances, et une jolie femme, si tu n'es pas content, ce sera ta faute : bien d'honnêtes gens qui étalent leur boutique en plein jour, ne sont point, à beaucoup près, aussi fortunés.

JONES, après avoir réparé de son mieux le désordre de sa parure.

Il me reste à vous remercier, mon père, des peines que vous voulez bien prendre pour moi.

WILLIAM

Mais quoi ! tu me parais sombre, rêveur, et je te trouve l'air embarrassé ?

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JONES

C'est que l'approche du mariage étonne toujours ; on fait des réflexions, et l'avenir cause des inquiétudes.

WILUAM.

Tu as donc réfléchi ? C'est du fruit nouveau.

JONES

Oui, mon père, j'ai beaucoup réfléchi, et Je vous avoue que je ne suis pas sans quelques petits scrupules.

WILLIAM

Des scrupules ! En voici bien d'une autre. Que veux-tu dire? explique-toi ?

JONES

Vous êtes si bon, mon père, que je croîs pouvoir vous confier que j'ai contracté des dettes pressantes, je voudrois les acquitter avant mon mariage; je me ferois conscience de troubler mon beau-père et ma femme.

Tu as raison ; j'approuve de pareils sentimens. Fais-moi un état de tes dettes, tu me le remettras après-demain, et je te promets qu'avant la fin de la semaine, ce que tu dois sera payé, si cela n'est pas trop considérable.

JONES

Il serait plus honnête que je payasse moi-même : de plus, dans le nombre de mes dettes, il y en a de

criardes, de très urgentes : on trouve des créanciers de si mauvaise humeur!... Je tremble à chaque instant qu'on ne me fasse un affront la veille de mes noces.

WILLIAM

On peut attendre deux jours... Mais pour t'ôter ce sujet d'inquiétude, nomme-moi ceux qui sont les plus difficiles; dès demain, je les tranquillise, en leur écrivant.

JONES

Il est à propos que je termine moi-même ; je sais mieux qu'un autre les réductions qu'il est possible d'exiger ; j'y gagnerais quelque chose, si vous vouliez me remettre tout à l'heure l'argent nécessaire pour solder avec mes créanciers.

WILLIAM

Comment, de l'économie ! cela me fait plaisir. Viens demain matin dans ma chambre, nous nous expliquerons ensemble.

JONES

Songez que le moindre retardement peut m'étre funeste, et m'empêche de me livrer à la joie.

WILLIAM

Tu es trop pressé, laisse-moi tranquille et n'en parlons plus. Songes seulement qu'il faut à présent changer totalement ton genre de vie, et devenir un homme tout nouveau.

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JONES

C'est bien mon dessein ; je me flatte que vous n'aurez jamais sujet de regretter vos bontés. (A part.)jQ n'en tirerai rien aujourd'hui ; mais ce sera pour une autre fois.

WILLIAM

Il est temps que j'aie lieu d'être content de toi. Je me flattais que tu serois l'appui de ma vieillesse; mais comment as-tu répondu jusqu'à présent aux soins que tu m'as coûtés ? Tes passions t'ont entraîné dans le désordre ; tu aurois été sage si tu avais toujours écouté mes remontrances. Au reste, je n'ai su de toi que des folies de jeunesse, je m'en suis moins indigné parce que j'ai pensé qu'elles n'auroient qu'un tems.

JONES

Je sens tous mes torts, et je veux les réparer. (^1 part.) C'est le moyen ]d'en faire tout ce que je voudrai.

WILLIAM

Une femme douce et raisonnable va faire le bonheur de ta vie : que l'inconstance ne te rende jamais injuste à son égard. Après avoir acquis le titre d'époux, si tu avais des Maîtresses, et te permettais de fréquenter les libertins, le mariage ne servirait alors qu'à te rendre plus malheureux.

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JONES

O mon père ! vos bontés et vos leçons me touchent infiniment. (-4 pari.) Je sais le prendre.

WILLIAM

Si tu es capable de remords, je commence une nouvelle vie ô mon fils, mon cher Jones ! Que la vertu reprenne pour jamais ses droits sur ton cœur, goûte la douceur de ne te livrer qu'à des plaisirs légitimes. Un naturel trop facile t'a lié avec de jeunes libertins ; fuis-les pour toujours avec le plus grand soin : ces mauvaises sociétés corrompent les mœurs, nous apprennent souvent à ne point rougir du crime, nous rendent fourbes, hypocrites et méchants. Sois un bon mari, tu seras bon père, bon citoyen; tu seras véritablement heureux. Éprouve qu'il n'est de bonheur réel que dans le calme de l'âme, bonheur dont on ne jouit qu'au sein de sa famille.

JONES

Ne craignez point, ô mon père ! de vous rendre garant du désir que j'ai de voir ma femme heureuse. (-4 part.) Il est capable de me croire.

WILLIAM

J'accepte ta promesse; si tu la remplis, je mourrai content... Nos gens vont bientôt revenir de la promenade. (// regarde sa montre.) Il est près de quatre heures; va te mettre en état de te présenter avec décence, et cherche, par toutes sortes de moyens,

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à leur inspirer une idée avantageuse de ta personne.

JONES

Je cours expédier ma toilette pour vous rejoindre au plus tôt. (A part.) J'irai cependant faire un tour dans le Parc. (// embrasse son père, et dit à part, en s''en allant) : le bon père, et le bon homme !

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