SCÈNE VIII Mistriss tompson, Miss charlotte
MISTRISS tompson.
Ce W^illiam, pour un homme de son état, ne manque ni d'éducation, ni de politesse.
MISS CHARLOTTE
Il paraît un fort honnête homme; malheureusement le préjugé ne parle pas en faveur des gens de sa sorte; ce sont des oiseaux de nuit, qu'on ne voit qu'avec une certaine répugnance pendant le jour.
MISTRISS TOMPSON.
Tu t'accoutumeras peu à peu à les voir; et l'abondance dans ta maison te fera surmonter des dégoûts, qui sont plus dans l'imagination que dans la réalité. Mais comment as-tu trouvé le fils ?
Miss CHARLOTTE.
Il n'a point un certain air de franchise que je désirerais dans mon mari ; il jetait sur moi des regards embarrassés.
MlSTRISS TOMPSON.
Un amant, à la première entrevue, a toujours le maintien timide et décontenancé, ainsi que la jeune personne qui doit être sa femme. Tu jugeras mieux ce soir de ton futur, attendu qu'il sera moins gêné avec toi.
MISS CHARLOTTE
J'ai un sentiment intérieur qui ne me rassure point sur son compte.
MISTRISS TOMPSON.
Bannis ces terreurs enfantines: garçon-là
aura un jour plus de mille livres sterlings.
sensible 83
MISS CHARLOTTE
L'argent ne rend pas toujours les mariages heureux. Différons encore quelque temps de conclure : nous profiterons de ce délai, pour mieux connaître l'homme qui m'est destiné.
MISTRISS TOMPSON.
Bon ! veux-tu nous renvoyer à l'année prochaine? Tout est d'accord; les dots sont sur le point d'être comptées. Saisis de bonne grâce la fortune qui se présente. Viens, on nous attend làdedans ; allons rejoindre toute la famille . Tu t'appercevras en dînant qu'on peut manger des choses ragoûtantes chez ton beau-père, et tu verras dans peu de jours que son argent ne sent pas mauvais...
Miss CHARLOTTE,
Allons, je vous sacrifierai mes répugnances, une fille honnête doit s'empresser d'obéir à sa mère.
{Elles sortent.)