‹ Le vuidangeur sensibleChapitre 25 sur 33 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

WILLIAM, seul.

Je ne serai donc qu'un objet de compassion! ce ne sera que pour être plaint, que je reverrai les personnes qui composent ma société ! Mon fils est exposé à porter publiquement la peine méritée d'un forfait ; et l'opprobre dont son nom sera couvert, rejaillira sur le mien, sur celui de ma famille : les fautes sont personnelles parmi nous, le supplice ne déshonore que le criminel, on le dit ainsi ; mais il n'est que trop vrai qu'on ne voit plus du même œil un père dont le fils s'est souillé de crimes. Et

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quand l'usage de mon pays aurait pour moi toute l'indulgence possible, mon cœur, mon propre cœur, se soulèverait toujours contre moi. Puis-je me dissimuler qu'en matière d'honneur, mon fils et moi nous sommes solidaires, et que nous en sommes comptables l'un à l'autre?,.. J'ai désiré ardemment d'être père : ce titre si doux n'est pour moi qu'un titre d'humiliation et d'infamie... Ahl j'ai trop vécu... Dieu tout-puissant! pourquoi ne m'as-tu pas enlevé, dès sa première jeunesse, cet enfant qui devait me porter les coups les plus sensibles? J'adore tes décrets sans murmurer, mais par quel crime ai-je mérité que tu m'envoyasses ce fléau, qui remplit mon cœur d'amertume, qui couvre ma vieillesse du dernier opprobre?... Quoi! mon fils périrait sur un échafaud!... Je frémis d'horreur à la seule idée de son supplice.... Il en est tems encore, prévenons un funeste arrêt ; dans le choix d'une mort nécessaire, préférons la moins ignominieuse... soyons moimême son bourreau.... Oui, que l'honneur révolté étouffe la tendresse paternelle!... Mais peut-il m'être permis d'ôter à mon fils la vie que je lui ai donnée ? La Nature s'y refuse... Je frémis.... L'honneur n'a-t-il pas ses droits? La bassesse du rang n'exclut ni le courage, ni la vertu. Quoique relégué dans la dernière classe des citoyens, on est homme; l'âme est toujours elle-même, et n'attend que les circonstances pour se développer : celle où je me trouve n'est que trop propre à faire éclater ses

sentiments. Armons nous donc de fermeté, et, par un effort généreux, sacrifions la Nature à l'honneur. Après ce sacrifice nécessaire et douloureux, je le sens, je vais traîner le reste de mes jours dans la langueur et accuser la mort de venir trop tard terminer mes peines. Mais je préfère une vie malheureuse à une vie déshonorée... J'aperçois ma femme... Oh Dieu ! craignons qu'elle ne découvre mon dessein.

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