‹ Le XIXe siècleChapitre 30 sur 74 · LE PORTIER EST TAILLEUR · texte numérisé non relu

LE PORTIER EST TAILLEUR

ces jeunes gens enlèvent l’écriteau, ajoutent quelques lettres et le remettent ainsi modifié : le portier est railleur, — bailleur, — ripailleur, etc...

... Un oncle de Pétrus, curé dans une bonne ville de province, ayant appris que son neveu se trouvait ainsi exposé aux foudres de la loi, a fait payer le créancier de son neveu. Pétrus est furieux, on l’a entendu déclarer à ses amis que son oncle, puisqu’il voulait l’accabler de ses bienfaits, n’avait qu’à lui envoyer personnellement l’argent de sa dette, au moins ce bon argpnt eut été mieux employé.

1834. — Carnaval. Mon locataire Pétrus, pour célébrer la mi-carême, donne un bal masqué à ses amis. Les autres locataires s’étaient endormis sans défiance, lorsque vers onze heures les premiers invités du peintre ont paru dans l’escalier. Une violente dispute sur mon palier m’a fait sortir. C’était mon portier qui défendait l’escalier marche à marche contre deux jeunes personnes habillées en pierrettes, poussées en avant par un monsieur déguisé en sauvage. Je refermai doucement ma porte pour n’avoir pas à intervenir, mais je restai à écouter.

Pour obtenir le passage, les deux pierrettes voulaient absolument embrasser le portier, qui reculait d’étage en étage pendant que le sauvage, formant l’arrière-garde, tenait en respect la portière elle-même armée d’un balai.

D'autres invités de Pétrus survenant, le portier dut regagner sa loge où il se barricada. Et jusqu’au malin la maison fut livrée aux pierrots, pierrettes, débardeurs, débardeuses, sauvages et sauvagesses. Dans le très petit appartement de Pétrus, ils étaient bien vingt-cinq sur nos

L’épicier Goussard.

Le Dix-neuvième Siècle.

têtes qui faisaient du bruit comme deux cents. Confiant dans la solidité de mes plafonds, je finis par m’endormir, et jusqu’au matin je rêvai que je faisais moi-même, déguisé en ribaud, ma partie dans la fête.

Au matin, une députation de mes locataires tranquilles vint me sommer de débarrasser mon immeuble de cet artiste romantique et tapageur, et je dus céder devant la menace d’un déménagement général. Il fut entendu que j’enverrais l’huissier à mon peintre pour le sommer de déguerpir au prochain terme.

15 avril. — Un duel! Goussard et Pétrus se sont rencontrés au bois de Vincennes pour un combat singulier. Singulier est le mot ! Depuis le congé donné à Pétrus à l’instigation de Goussard après le bal de la mi-carême, la guerre était allumée entre mes deux locataires. Pétrus et ses amis avaient couvert les murailles du quartier et jusqu’aux panneaux de sa boutique de dessins représentant un pain de sucre coiffé d’un bonnet à poil, avec cette inscription :

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